Ile Maurice: Le désengagement scientifique des élèves, un défi stratégique pour l'avenir du pays

À l'heure où les avancées scientifiques et technologiques façonnent les économies modernes, une tendance préoccupante se dessine à Maurice : un nombre croissant d'élèves choisit de ne pas poursuivre des études en sciences dès que ces matières deviennent optionnelles. Une étude récente menée par Dayachand Balgobin, chercheur formé à l'Open University et en poste au Rajiv Gandhi Science Centre, met en lumière les raisons de ce désengagement progressif.

Depuis l'Indépendance, en 1968, Maurice a profondément transformé son modèle économique. De l'industrie sucrière, le pays s'est tourné vers des secteurs diversifiés tels que les services financiers, le tourisme, les technologies de l'information et les énergies renouvelables. Cette transition repose sur un élément clé : la disponibilité d'une main-d'oeuvre qualifiée dans les domaines des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques (STEM).

Or, plusieurs indicateurs pointent vers une pénurie croissante de profils scientifiques, soulevant ainsi la question du renouvellement des compétences.

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L'étude s'appuie sur une enquête menée auprès de plus de 1 200 élèves des Grades 7 à 9, issus d'établissements publics et privés. Les résultats révèlent une tendance nette : l'intérêt pour les sciences diminue au fil des années. Les élèves de Grade 7 affichent un niveau élevé de motivation, de curiosité et de confiance. Dès le Grade 9, en revanche, une baisse significative est observée, notamment quand le choix de matières devient déterminant pour leur parcours académique.

Contrairement à certaines idées reçues, les facteurs externes - tels que l'environnement familial ou scolaire - restent relativement stables. Ce sont surtout des facteurs internes, tels que la confiance en soi et le plaisir d'apprendre, qui évoluent négativement.

Les entretiens menés avec des élèves ayant abandonné les sciences mettent en évidence un élément central : la perception de la difficulté. Beaucoup d'élèves décrivent une rupture entre le primaire et le secondaire. Les sciences, autrefois perçues comme accessibles et ludiques, deviennent plus abstraites, exigeantes et parfois décourageantes. La charge de travail et la nécessité de maîtriser des concepts complexes contribuent à renforcer cette perception. Certains élèves évoquent même un sentiment d'auto-exclusion, estimant ne pas avoir les capacités requises pour réussir dans cette filière.

L'étude souligne également l'importance des pratiques pédagogiques.

Les élèves interrogés expriment un intérêt marqué pour les activités pratiques, telles que les expériences et les démonstrations. À l'inverse, un enseignement jugé trop théorique et centré sur la mémorisation tend à réduire l'engagement. La qualité de l'expérience en classe apparaît ainsi comme un facteur déterminant dans le maintien ou non de l'intérêt pour les sciences.

Enjeu stratégique

Une seconde enquête, menée auprès de plus de 800 élèves de Grades 9 et 10, identifie les principaux éléments influençant les choix de matières. Parmi eux, on dénote : l'intérêt personnel pour la discipline, la motivation individuelle, la perception des débouchés professionnels ainsi que les perspectives d'emploi et de rémunération. Les influences sociales, telles que les stéréotypes de genre, semblent en revanche moins déterminantes qu'attendu, même si les garçons affichent une légère confiance supérieure dans leurs capacités scientifiques.

Si certains élèves restent attirés par les sciences, notamment pour leur dimension exploratoire et leur lien avec des métiers utiles à la société, d'autres privilégient des domaines dans lesquels ils se sentent plus à l'aise. Les choix d'orientation reflètent ainsi un équilibre entre aspirations personnelles, perception de ses propres compétences et vision de l'avenir.

Les conclusions de cette recherche mettent en évidence la nécessité d'agir dès les premières années du secondaire. Maintenir l'intérêt des élèves, renforcer leur confiance et proposer des approches pédagogiques plus interactives pourraient contribuer à inverser la tendance. Au-delà du système éducatif, la question touche directement au développement du pays.

Dans un contexte où l'innovation et la technologie jouent un rôle central, encourager les vocations scientifiques apparaît comme un enjeu stratégique pour l'avenir de Maurice.

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