Ethiopie: Un scrutin sans suspense

En Ethiopie, pays peuplé de la corne de l'Afrique, un peu plus de cinquante millions d'électeurs sont allés aux urnes, hier lundi 1er juin 2026, pour renouveler les 547 sièges du Parlement.

Si, à Addis-Abeba et dans d'autres localités, les électeurs ont pu accomplir leur devoir civique, ce n'est pas le cas dans plusieurs circonscriptions de la région de l'Amhara et de l'Oromia à cause des conflits armés et plus particulièrement dans le Tigré. En 2021, le vote n'avait pas eu lieu dans cette région séparatiste.

Le même scenario se répète cette année, malgré la signature de l'accord de paix de Pretoria en 2022. Cette fois-ci, les tensions entre l'armée régulière et les forces tigréennes, constatées ces derniers mois, ont compromis l'organisation du scrutin dans le Tigré. Autant dire, que tous les Ethiopiens n'ont pas la chance d'exercer leur vote et de participer de fait au choix des futurs députés et par-delà du Premier ministre, plus haute fonction dans le pays. En effet, ces législatives doivent consacrer la désignation d'un nouveau chef du gouvernement par la majorité élue.

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En poste depuis huit ans, l'actuel Premier ministre, Abiy Ahmed, est candidat à sa propre succession, sous la bannière du parti au pouvoir, le Parti de la prospérité (PP), ultra-favori de ces élections. Sauf chamboulement dans les urnes, ce qui reste peu probable, le PP devrait encore montrer sa domination sur la scène politique, puisqu'il détenait 96% des députés dans l'Assemblée sortante. Face à une opposition fragmentée, sans grands moyens financiers et logistiques et très peu représentée sur le territoire national, le PP est quasiment assuré de faire un raz-de-marée à ces législatives.

Le poste d'Abiy Ahmed est loin d'être menacé, lui qui, après toutes ces années, a acquis une parfaite maitrise de l'appareil d'Etat et s'est fait des assises politiques solides. Le Premier ministre éthiopien a battu campagne, en exhibant plusieurs avancées, dont la modernisation de la capitale, la construction de grands complexes touristiques et la réalisation du grand barrage de la Renaissance sur le Nil. Abiy Ahmed s'est targué de ces acquis qui contribuent au développement socioéconomique du pays, mais il est attendu sur d'autres sujets, sa réélection étant prévisible.

L'insécurité est le plus gros défi auquel il doit s'attaquer. La question du Tigré demeure une épine à ses pieds, en témoigne l'évolution de l'actualité. Un regain de violences a été noté dans la région, les rebelles étant convaincus que le gouvernement éthiopien prépare une offensive à grande échelle contre leurs positions. Dans ces conditions, l'accord de paix de Pretoria risque de voler en éclats, alors qu'il avait laissé naitre des lueurs d'espoir. La situation sécuritaire est également très préoccupante dans les régions d'Amhara et de l'Oromia, où l'armée éthiopienne combat respectivement les groupes armés voulant renverser le régime, les Fano et le Front de libération Oromo.

Pacifier le pays n'est pas une option pour le chef du gouvernement éthiopien, c'est une nécessité absolue. Il faut faire taire les armes, pour rassurer ses compatriotes qui ont du mal à cacher leur anxiété. La lutte contre la « vie chère », marquée par une forte inflation depuis plusieurs années et la pauvreté s'imposent également dans la liste des actions prioritaires d'Abiy Ahmed qui devrait avoir la faveur des urnes avec son PP. Il devra conserver le pouvoir, pas pour son propre bien-être, mais pour travailler efficacement à soulager les souffrances de ses compatriotes.

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