Sénégal: Publication de la liste du premier gouvernement Lo - Le choix de l'autonomie

Dix jours après la nomination de Ahmadou Al Aminou Lo à la Primature, le Sénégal s'est finalement doté d'un gouvernement de trente membres dont la composition éclaire les nouvelles lignes du pouvoir. Au-delà de la simple redistribution des portefeuilles, cette équipe apparaît comme le produit d'une rupture entre le Président de la République et le parti qui l'a porté au pouvoir.

Quelques heures avant la publication de la liste gouvernementale, le président de Pastef, Ousmane Sonko, publiait un communiqué dont la portée politique a été décisive. Il y indiquait que plusieurs échanges avaient été engagés entre les instances du parti et le chef de l'État afin de discuter de la composition du futur gouvernement.

Il révélait surtout l'existence de divergences profondes sur « la place et le rôle de la majorité dans le dispositif exécutif ». « Ce matin s'est tenu un long entretien entre le Président de la République et moi, Président du parti, au cours duquel des convergences ont certes été confirmées, mais aussi et surtout des points de désaccord », écrivait-il.

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Après avoir évoqué l'échec des dernières propositions soumises au chef de l'État, il concluait sans ambiguïté : « En conséquence, Pastef-Les Patriotes ne participera pas au prochain gouvernement et n'y sera représenté par aucun ministre. » Ce communiqué constitue probablement la principale clé de lecture du premier gouvernement Lo. Il explique l'absence de figures de premier plan de Pastef dans l'attelage gouvernemental alors même que le parti est majoritaire à l'Assemblée nationale. Il éclaire également le choix d'une équipe largement composée de technocrates, de hauts fonctionnaires et de personnalités issues de formations alliées.

UNE ARCHITECTURE PROFONDEMENT REMANIEE

La première caractéristique du nouveau gouvernement se trouve dans sa réorganisation administrative. L'exécutif a choisi de réduire le nombre de départements ministériels tout en regroupant plusieurs compétences jugées complémentaires. Le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan traduit cette volonté de concentration des centres de pilotage économique.

La fusion de ces compétences sous l'autorité de Cheikh Diba traduit, selon le Premier ministre la recherche d'une meilleure cohérence dans la conduite des politiques publiques à un moment où les équilibres budgétaires et financiers constituent un enjeu majeur. Ce n'est pas la première fois que dans l'histoire gouvernementale que ce ministère regroupe à la fois l'Economie, les Finances et le Plan.

Sous Abdou Diouf, Moussa Touré (avril 1990- avril 1991), Famara Ibrahima Sagna (avril 1991 à juin 1993) et Papa Ousmane Sakho (juin 1993 à janvier 1998 ), ont tous été ministres de l'Economie, des Finances et du Plan. Amadou Ba, l'a été sous le régime de Macky Sall de septembre 2023 -avril 2019). Le secteur énergétique connait également d'une nouvelle organisation. L'Énergie et le Pétrole sont désormais dissociés des Mines et de la Géologie. L'autonomisation du ministère des Télécommunications et du Numérique procède de la même logique.

Le ministère de la Communication regroupe désormais les Relations avec les Institutions et le porte-parolat du gouvernement. L'une des principales innovations se trouve dans l'apparition de ministres placés auprès de ministres, une configuration absente de l'équipe sortante. Cette nouvelle formule renforce certains départements sans multiplier les portefeuilles ministériels.

Au ministère de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba reconduit sera désormais épaulé par deux ministres délégués. L'un chargé du Budget, et l'autre de l'Économie, du Plan et de la Coopération. Le ministère de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Élevage adopte la même formule. Cheikh Oumar Ba sera assisté par Ousmane Diagne, nommé ministre auprès du ministre, chargé de l'Élevage.

Contrairement à l'équipe précédente qui comptait 6 secrétaires d'État, la nouvelle équipe gouvernementale ne compte aucun Secrétariat d'État. Dans l'ensemble, cette nouvelle architecture privilégie la rationalisation administrative plutôt que la multiplication des structures gouvernementales. Au-delà des changements d'hommes, ces nominations traduisent une volonté de renforcer le pilotage de secteurs jugés prioritaires à travers une organisation plus hiérarchisée et plus spécialisée de l'action gouvernementale a fait savoir le Premier ministre.

LA MAJORITE ABSENTE DU GOUVERNEMENT

La principale singularité de cette équipe est son rapport avec la majorité parlementaire. Pour la première fois depuis l'accession au pouvoir du tandem Diomaye-Sonko, le principal parti politique soutenant l'action présidentielle se trouve absent du gouvernement.

Cette situation est d'autant plus remarquable qu'elle ne résulte pas d'une exclusion mais d'une décision assumée et publiquement revendiquée par les dirigeants de Pastef.

Le gouvernement Lo apparaît dès lors comme une équipe de mission davantage qu'un gouvernement partisan. Cette orientation confèrerait peut-être au Premier ministre une marge de manoeuvre plus importante, mais elle crée par ailleurs une situation politique inédite où le principal parti du pouvoir se retrouve à l'extérieur du gouvernement tout en demeurant la force dominante de la majorité parlementaire.

QUID DE LA REPRESENTATION FEMININE ?

La composition gouvernementale soulève néanmoins des interrogations sur la place accordée aux femmes. Avec seulement quelques ministres femmes sur trente portefeuilles, la représentation féminine reste une fois encore, limitée. Leur présence reste numériquement faible au regard des ambitions affichées par le Sénégal depuis plusieurs années en matière de parité.

UN GOUVERNEMENT DE TRANSITION INSTITUTIONNELLE

Au final, le premier gouvernement de Ahmadou Al Aminou Lo marque l'ouverture d'une nouvelle phase politique caractérisée par la coexistence d'un président de la République, d'un Premier ministre technocrate et d'un parti majoritaire qui choisit volontairement de demeurer à distance de l'exécutif. L'enseignement principal est que ce gouvernement est le premier né d'une divergence assumée entre le chef de l'État et le parti qui l'a porté au pouvoir.

Dès lors, son succès ou son échec dépendra moins des équilibres politiques qui ont présidé à sa formation que de sa capacité à produire des résultats tangibles dans les domaines économiques, social et institutionnel, dans un environnement de fortes attentes populaires.

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