Ile Maurice: Renganaden Padayachy, entendu par le CCID - «L'économie n'est pas une science figée»

Trois semaines après avoir publié une vidéo sur les réseaux sociaux mettant en cause la Banque de Maurice (BoM) en alléguant que cette instance avait imprimé, en 2025, Rs 83 milliards de billets, qui auraient été injectés dans l'économie, l'ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a été convoqué hier, par le Central Criminal Investigation Department (CCID). Une plainte de la Banque centrale a suffi à transformer une polémique économique en procédure judiciaire.

À l'issue d'environ trois heures d'interrogatoire, l'ancien Grand Argentier a dénoncé ce qu'il considère comme une atteinte à la liberté du débat économique. «Il faut arrêter de porter plainte quand il y a un débat économique qui devrait avoir lieu. Qu'il s'agisse de politique monétaire ou de politique fiscale.», a-t-il déclaré aux journalistes. Renganaden Padayachy a rappelé son parcours au sein des institutions économiques du pays pour justifier sa prise de parole.

«J'ai été gouverneur adjoint de la BoM, j'ai été ministre des Finances. Je n'ai jamais porté plainte contre qui que ce soit concernant un sujet économique... J'ai été formé pour cela. L'économie c'est un débat permanent et contradictoire.Ce n'est pas une science figée», a-t-il soutenu.

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Selon lui, le recours à des plaintes dans ce type de controverse risque d'avoir un effet dissuasif sur la liberté d'expression. «Si l'on commence à empêcher un ancien ministre des Finances d'émettre des opinions, imaginez ce qu'il adviendra d'un simple citoyen qui souhaite s'exprimer sur l'économie. Cette personne n'aura plus le droit de parler», a-t-il affirmé.

L'ancien ministre a également adressé une critique à l'actuel gouvernement, estimant qu'après deux années au pouvoir, les autorités privilégient désormais les actions judiciaires à la confrontation d'idées. «Malheureusement, après deux ans de pouvoir, on commence à attaquer les économistes qui expriment des opinions», a-t-il déclaré. Son avocat, Me Raouf Gulbul, s'est contenté d'indiquer qu'une enquête est en cours et que son client avait pleinement collaboré avec les enquêteurs du CCID.

C'est le 11 mai que Renganaden Padayachy a publié sur sa page Facebook une vidéo dans laquelle il a affirmé que la BoM avait imprimé Rs 83 milliards en 2025. L'affirmation a circulé largement avant que la Banque centrale ne la démente publiquement dans un communiqué. Le 16 mai, l'institution a déposé une plainte officielle auprès du CCID. Ce qui a abouti à son interrogatoire hier.

La riposte du gouvernement n'a pas tardé. Interpellé à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Navin Ramgoolam a qualifié les accusations de Renganaden Padayachy de «totalement fausses, infondées et malveillantes». Il a retourné l'argument contre l'ancien régime, indiquant que c'est sous le gouvernement du Mouvement socialiste militant, entre 2019 et 2024, que la BoM aurait procédé à une impression monétaire de Rs 181,5 milliards, dont Rs 97 milliards ont été transférées au gouvernement et Rs 81 milliards dirigées vers la Mauritius Investment Corporation.

Deux séries de chiffres s'affrontent donc, portées par deux camps aux intérêts opposés, l'un visant à fragiliser la crédibilité de l'actuel gouvernement sur la gestion monétaire, l'autre à rappeler l'héritage contesté de l'ère Pravind Jugnauth.

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