Sa sortie n'est pas un effacement. C'est une déclaration de principes. Au lendemain de la publication de la liste du nouveau gouvernement, Abdourahmane Sarr, ex-ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération, a pris la parole non pour exprimer de l'amertume, mais pour réaffirmer, avec une clarté désarmante, les convictions qui l'ont guidé tout au long de son passage à la tête de l'un des ministères les plus stratégiques du pays.
La gratitude avant la nostalgie
Dans une déclaration sobre et maîtrisée, l'ancien ministre commence par là où beaucoup auraient terminé : la reconnaissance. Il exprime sa gratitude au Président de la République Bassirou Diomaye Faye et à l'ancien Premier Ministre Ousmane Sonko, désormais Président de l'Assemblée nationale, pour la confiance placée en lui. Pas de règlements de compte, pas de sous-entendus. Une élégance qui, en politique sénégalaise, mérite d'être soulignée.
Pourtant, derrière cette retenue se lit quelque chose de plus profond : la conscience d'un homme qui sait pourquoi il est entré en fonction et pourquoi il en sort la tête haute.
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Un bilan qu'il refuse de s'approprier
Abdourahmane Sarr dresse l'inventaire de son passage au gouvernement avec une humilité peu commune. Il évoque pêle-mêle l'élaboration de la Vision Sénégal 2050 et sa déclinaison quinquennale 2025-2029, la stratégie nationale de développement du secteur privé, le renforcement de la transparence macroéconomique, la promotion des partenariats public-privé par le recyclage d'actifs, les approches innovantes de financement par la diaspora, ou encore la vision territoriale fondée sur les pôles de développement et leurs villes épicentres.
Mais il s'empresse d'ajouter : « Ces chantiers ne m'appartiennent pas. Ils appartiennent au Sénégal. » Une formule qui résume l'état d'esprit d'un technocrate qui a toujours semblé mettre l'intérêt général avant la posture politique.
Le socle idéologique d'un homme libre
C'est peut-être le coeur de sa déclaration. En quelques mots bien choisis, Abdourahmane Sarr rappelle le fil conducteur de son engagement : la liberté économique, la responsabilité, la discipline macroéconomique, l'initiative privée, la concurrence, l'innovation et la souveraineté économique.
Ces valeurs ne sont pas des slogans de circonstance. Elles constituent, depuis des années, le socle intellectuel de cet économiste qui a traversé des cercles académiques, des institutions financières et maintenant les couloirs du pouvoir sans jamais sembler renier ses fondamentaux.
« Les fonctions publiques passent. Les idées demeurent », écrit-il dans ce qui constitue sans doute la phrase la plus percutante de sa déclaration. Une formule lapidaire qui sonne comme un avertissement autant que comme une promesse : il sera là, dehors, à penser, à proposer, à interpeller si nécessaire.