Le 8 juin, c'est la Journée mondiale des tumeurs cérébrales, qui se manifestent par des symptômes précis. «L'express» fait le point sur le sujet avec le Dr Kiran Kumar Devarakonda, chirurgien oncologue à l'Aegle Cancer Hospital.
Quels sont les signes précurseurs d'une tumeur au cerveau que le public ne doit absolument pas ignorer ?
Les signes d'alerte d'une tumeur cérébrale varient selon sa taille, sa localisation et sa vitesse de croissance. En se développant dans l'espace restreint du crâne, la tumeur peut exercer une pression sur différentes structures du cerveau et provoquer plusieurs symptômes. Parmi les plus fréquents figurent des maux de tête inhabituels ou persistants, souvent plus intenses le matin ou lors d'un effort physique.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Le public doit également être attentif à l'apparition de troubles de la vision, comme une vision floue ou une perte partielle de la vue, ainsi qu'à une perte d'équilibre ou des difficultés de coordination. D'autres signes importants peuvent se manifester, notamment des nausées, des vomissements, l'apparition soudaine de crises d'épilepsie ou encore des changements cognitifs et comportementaux. Des pertes de mémoire, de la confusion, des sautes d'humeur ou des difficultés à parler et à comprendre peuvent également survenir. La présence de tels symptômes justifie une consultation médicale rapide.
Nombreuses sont les personnes qui pensent qu'un simple mal de tête n'est jamais grave. Comment différencier une migraine classique d'un symptôme pouvant révéler une tumeur cérébrale ?
Il est important de rappeler que toute migraine sévère et persistante ne doit jamais être banalisée. Les maux de tête ordinaires sont généralement intermittents, connus de la personne et soulagés par les traitements habituels. En revanche, une migraine pouvant révéler une tumeur cérébrale apparaît souvent de façon nouvelle, devient progressivement plus intense et résiste aux analgésiques. Elle peut être plus marquée le matin, perturber le sommeil ou s'aggraver lors de la toux, d'un effort ou en se penchant.
Dans votre pratique quotidienne de chirurgien oncologue, observez-vous encore des diagnostics tardifs de tumeurs cérébrales ?
Quels sont les principaux obstacles à une détection précoce ? Malheureusement, le diagnostic tardif des tumeurs cérébrales demeure une réalité, en particulier chez les patients présentant des tumeurs à croissance lente ou des symptômes non spécifiques. Les obstacles majeurs à une détection précoce sont multiples. On note tout d'abord un accès rapide limité à l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ainsi qu'un manque de ressources hautement spécialisées en neuro-oncologie.
À cela s'ajoutent des barrières financières et sociales : de nombreux patients continuent de travailler malgré l'apparition de signes neurologiques ou choisissent de se tourner en premier lieu vers des remèdes alternatifs. L'anxiété liée au diagnostic pousse également certaines personnes à éviter les examens d'imagerie. Enfin, le déficit de sensibilisation du grand public face aux signaux d'alarme neurologiques freine considérablement une prise en charge rapide.
Vous insistez sur l'importance de l'imagerie cérébrale précoce et d'un diagnostic rapide. En quoi une prise en charge précoce peut-elle transformer les taux de survie et l'efficacité des traitements ?
Le comportement des tumeurs cérébrales diffère radicalement de celui des autres cancers. En raison de l'espace restreint et inextensible à l'intérieur de la boîte crânienne, une lésion, même relativement petite, peut rapidement altérer des fonctions neurologiques vitales, ce qui fait de la détection précoce la clé de voûte de la prise en charge. Plus la tumeur est identifiée tôt, plus les chances de procéder à une exérèse chirurgicale complète (l'acte d'enlever la tumeur) ou quasi complète sont élevées.
Un diagnostic précoce permet en outre de préserver les fonctions neurologiques du patient, de réduire l'intensité des traitements lourds et d'améliorer significativement les taux de survie. En agissant rapidement, on garantit une meilleure qualité de vie, tout en minimisant les séquelles invalidantes et la lourdeur de la réadaptation fonctionnelle future.
Aegle Cancer Hospital dispose notamment du seul plateau technique de PET scan à Maurice. En quoi cette technologie constitue-t-elle un atout dans le dépistage et le suivi des cancers, y compris des tumeurs cérébrales ?
Aegle Cancer Hospital est le seul centre de cancérologie de classe internationale à Maurice à proposer une prise en charge complète sous un même toit, incluant le seul PET-CT scan disponible dans le pays. Cette technologie d'imagerie médicale de pointe permet d'analyser l'activité métabolique des cellules, offrant ainsi des informations précieuses, qui vont au-delà des examens conventionnels. Elle joue un rôle essentiel dans le dépistage précoce des cancers, l'évaluation de leur stade d'évolution ainsi que le suivi de l'efficacité des traitements, notamment la chimiothérapie et la radiothérapie.
Dans le cas des tumeurs cérébrales, le PET-CT scan vient compléter les données obtenues par l'IRM. Il aide les spécialistes à mieux caractériser la tumeur, à en délimiter précisément les contours et à planifier de manière optimale les interventions chirurgicales ou les traitements par radiothérapie. Cet examen est également particulièrement utile après le traitement afin de détecter rapidement une éventuelle récidive.
Aegle Cancer Hospital dispose également de la radiothérapie 4D, une technologie avancée permettant de cibler, avec une grande précision, la zone tumorale, tout en préservant au maximum les tissus sains. Grâce à cette combinaison d'outils de pointe, les spécialistes peuvent élaborer des traitements personnalisés et adaptés aux besoins de chaque patient.
Avec plus de dix ans d'expérience, comment décrivez-vous l'évolution de la chirurgie oncologique et l'approche multidisciplinaire mise en place à l'Aegle Cancer Hospital ?
La chirurgie oncologique évolue à un rythme soutenu grâce aux innovations technologiques et à une meilleure compréhension de la biologie tumorale. Face à l'augmentation des cas de cancer dans l'île, Aegle Cancer Hospital a modernisé ses soins avec l'intégration d'équipements de pointe et le recours systématique à la laparoscopie ainsi qu'à d'autres techniques mini-invasives, qui nous permettent désormais de réaliser des résections de tumeurs complexes par de petites incisions. Cela réduit de manière significative le traumatisme opératoire et permet de guérir beaucoup plus vite.
De plus, pour augmenter les chances de réussite, les médecins donnent souvent des traitements (comme la chimiothérapie ou une immunothérapie) avant l'opération pour rétrécir la tumeur et la rendre plus facile à extraire. Enfin, le grand changement est le travail d'équipe. Le chirurgien ne décide plus tout seul. Il se réunit avec d'autres spécialistes du cancer, au sein de comités de concertation pluridisciplinaire, associant chirurgiens, oncologues médicaux et pathologistes afin de décider du meilleur traitement possible pour chaque patient, en adoptant une approche holistique.