La décision du comité de politique monétaire de donner un léger tour de vis monétaire déchaîne les passions depuis ces deux dernières semaines. Les observateurs économiques et politiques sont divisés : certains sont d'opinion que le relèvement du Key Rate de 25 points de base va rendre le service de la dette plus onéreux aussi bien pour les entreprises que pour les ménages et d'autres que la Banque de Maurice devait agir impérativement compte tenu des effets inflationnistes sous-jacents et de la forte pression exercée sur la roupie depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient.
Qui a tort, qui a raison ? Cette question est délicate. Considérons d'abord la posture de la Banque de Maurice. En tant qu'autorité monétaire, l'un de ses principaux mandats est de veiller à la stabilité des prix et de maintenir l'inflation dans une fourchette cible comprise entre 2 % et 5 %. Parallèlement, il est du devoir de l'institution de défendre la roupie. Ce mandat, clairement défini dans la Section 4(1) du Bank of Mauritius Act, a fait pencher la balance quand il a fallu faire le difficile arbitrage entre la croissance et l'inflation.
La Gouverneure, Dre Pricilla Muthoora Thakoor, se devait de garder la tête froide. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz, les prix des produits pétroliers et des biens de consommation courante sont en train de flamber. Les négociations entre Washington et Téhéran donnent le tournis aux marchés. D'un côté comme de l'autre, on souffle le chaud et le froid.
Aujourd'hui, on évoque la fin du conflit et la réouverture, et dès le lendemain on annonce qu'un protocole d'accord vient de capoter. Ce petit jeu dure depuis des semaines. Si depuis le début de mai la pression s'est quelque peu relâchée sur les cours pétroliers, toujours est-il que ceux-ci demeurent encore élevés, avec le Brent s'échangeant autour de 94 dollars le lundi 1er juin.
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En raison de cette extrême volatilité et du fait que l'inflation CORE2, qui indique les pressions des prix sur l'économie, est déjà calculé à 6,1 % à fin avril, la Banque centrale n'a eu d'autre choix que de resserrer les conditions monétaires.
L'autre élément pris en considération est certainement le taux de change dollar-roupie. Depuis fin février, le dollar se raffermit parce que les marchés asiatiques fortement dépendants du détroit d'Ormuz pour leurs importations de produits pétroliers se rabattent sur les obligations américaines. Une conjoncture néfaste pour la roupie qui avait perdu 2,7 % de sa valeur face au dollar du 27 février au 20 mai. Donc, il y avait nécessité pour la Banque de Maurice d'empêcher que la roupie ne glisse davantage avec les conséquences que l'on sait sur le coût de nos importations.
Côté face, la révision du Key Rate, quoique de seulement 25 points de base, rajoute une pression supplémentaire sur le service de la dette. À fin mars, la dette des ménages s'élevait autour de Rs 202,2 milliards. Étant donné que le taux d'intérêt moyen pondéré est de 6,8 %, une hausse de 25 points de base signifierait qu'un ménage ayant contracté un prêt de Rs 2 millions aura à rembourser au bas mot Rs 5 000 supplémentaires. S'il est vrai que le taux d'épargne augmente également de 0,25 % en passant de 2,85 % à 3,35 %, il est tout aussi vrai que la plupart des foyers mauriciens sont tellement endettés qu'ils se retrouvent dans l'incapacité de faire des économies.
Quant à l'encours de crédit aux entreprises, il tournait autour de Rs 286,2 milliards à fin janvier. Valeur du jour, les secteurs les plus endettés sont : le tourisme (Rs 42,03 milliards), le commerce (Rs 40,78 milliards), le secteur manufacturier (Rs 31,51 milliards) et l'immobilier (Rs 27,28 milliards). Là encore, le relèvement du Key Rate risque de peser lourd sur leur trésorerie lors des mois à venir. La situation sera encore plus complexe pour les petites et moyennes entreprises qui bénéficient moins d'économies d'échelle que les Mid-enterprises et les grandes entreprises.
Initialement, il n'était pas dans les plans de la Banque centrale de changer le cap de la politique monétaire. Mais les récents événements ont tout remis en question. Qui plus est, la politique monétaire ne pourra s'aligner sur la politique fiscale de l'État, et ce, à un moment où l'économie a cruellement besoin d'une bonne dose de sérum.
Le prochain arbitrage, ce sera au Premier ministre, Navin Ramgoolam, de le faire quand il présentera le Budget 2026-2027.