Cameroun: Délestage massif - Quand l'État étouffe l'électricité qu'il est censé financer

Pris en étau entre les impayés chroniques d'SOCADEL et le blocage fiscal de l'État, le producteur britannique Globeleq a débranché 304 MW du réseau entraînant un délestage massif qui expose les fractures profondes du système énergétique camerounais.

Ce n'est pas une panne. Ce n'est pas un accident technique. C'est une décision.

Du jour au lendemain, 304 mégawatts ont disparu du Réseau interconnecté Sud du Cameroun. Derrière ce chiffre froid se cache une réalité brûlante : des quartiers entiers de Douala plongés dans le noir, des usines à l'arrêt, des entrepreneurs qui regardent leurs machines s'éteindre sans comprendre pourquoi.

La réponse, elle, est d'une logique implacable et d'une absurdité totale.

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Globeleq coupe le courant : quand la dette croisée paralyse le moteur économique du Cameroun

Il a suffi d'une décision administrative pour déclencher une crise en chaîne. Les filiales du producteur britannique Globeleq ont débranché 304 MW du Réseau interconnecté Sud (RIS). Conséquence immédiate : 40 % des abonnés du Littoral et de l'Ouest se retrouvent en délestage. Le bassin industriel de Douala, poumon économique du pays, vacille.

Mais pour comprendre ce qui s'est passé, il faut remonter le fil d'une dette qui s'est nouée sur plusieurs années.

Le fisc serre la vis Globeleq coupe le courant

L'administration fiscale camerounaise a bloqué les comptes bancaires de Globeleq afin de forcer le recouvrement de créances fiscales. Face à cette paralysie de trésorerie, l'entreprise a pris une décision radicale : suspendre la livraison d'électricité au réseau national.

C'est techniquement légal. C'est économiquement dévastateur.

En quelques heures, des quartiers résidentiels, des PME, des unités industrielles se sont retrouvés privés d'alimentation électrique stable. Les générateurs sont repartis. Les pertes de production ont commencé à s'accumuler.

La mécanique d'un cercle vicieux

Ce que ce conflit met en lumière dépasse largement la querelle entre un producteur étranger et l'administration fiscale. Il révèle une architecture financière profondément dysfonctionnelle.

Globeleq produit et injecte de l'électricité dans le réseau. Son unique client est SOCADEL, le distributeur national. Or, SOCADEL accumule des impayés chroniques envers Globeleq. Résultat : la trésorerie du producteur est fragilisée, sa capacité à honorer ses obligations fiscales compromise.

L'État, via le fisc, réclame alors ce que Globeleq ne peut pas payer précisément parce qu'une entité largement liée à l'État, SOCADEL, ne l'a pas payé.

Le cercle est parfait. Et parfaitement destructeur.

Un risque systémique, pas un incident isolé

Les économistes ont un nom pour ce phénomène : le risque de contrepartie. Lorsqu'un acteur central d'une chaîne de valeur fait défaut, la contagion se propage vers l'amont et l'aval simultanément.

Ici, SOCADEL est cet acteur central. Distributeur en situation de quasi-monopole, il est le seul acheteur de l'électricité produite par les indépendants comme Globeleq. Si SOCADEL ne paie pas, les producteurs s'asphyxient. Si les producteurs s'asphyxient, ils ne peuvent plus ni investir, ni honorer leurs charges, ni continuer à produire dans les mêmes conditions.

L'État se retrouve alors dans une position paradoxale : en cherchant à récupérer des impôts d'un côté, il aggrave une pénurie d'électricité qui freine la croissance économique et réduit mécaniquement les recettes fiscales futures.

Douala paye la facture

Pour les habitants et les entreprises du Littoral et de l'Ouest, le calcul est plus simple et plus brutal. Des heures sans courant. Des frigos qui dégèlent. Des lignes de production stoppées. Des contrats perdus.

Le coût économique d'une heure de délestage dans le bassin industriel de Douala se mesure en dizaines de millions de francs CFA. Multiplié par la durée de la crise, le préjudice devient considérable.

Pour les petits commerçants, les artisans, les micro-entrepreneurs qui ne peuvent pas se payer un groupe électrogène, c'est une journée de revenus évaporée. Sans compensation. Sans recours.

Que peut-on attendre maintenant ?

La résolution immédiate de ce type de crise passe généralement par une intervention politique directe : négociation d'un échelonnement fiscal, déblocage partiel des comptes, accord de paiement entre SOCADEL et Globeleq sous supervision gouvernementale.

Mais la solution structurelle est autrement plus complexe. Elle suppose une réforme en profondeur de la chaîne de paiement du secteur électrique : mécanismes de garantie, fonds de régulation, discipline budgétaire des distributeurs, transparence des flux financiers entre acteurs publics et privés.

Sans cela, cette crise ne sera pas la dernière. Elle sera simplement la plus récente d'une série qui s'allonge.

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