C'est suffisamment rare à Kinshasa pour ne pas être remarqué. Hier, dans cette mégalopole d'une vingtaine de millions d'habitants habituée aux embouteillages, la circulation était fluide. C'est à peine si, par endroits, on ne pouvait pas jouer au football dans la rue. C'est le spectacle qu'offrait la capitale congolaise en cette journée « ville morte », un mot d'ordre lancé par une coalition de partis d'opposition et d'organisations de la société civile, la Coalition article 64 (C64).
On ne sait pas si l'absence d'animation dans la ville est due au respect du mot d'ordre ou si c'est par peur des casses et autres actes de vandalisme qui ne manquent pas souvent en pareilles circonstances, mais le fait était là.
Cet appel était pour manifester contre la volonté de Félix Tshisekedi de tripatouiller la Constitution pour briguer un troisième mandat. Il est vrai qu'il n'a pas encore dit de façon formelle s'il sauterait le verrou ou pas, mais certains indices laissent à penser qu'il emprunte le chemin.
C'est quand même navrant pour un chef d'Etat dont la priorité devrait être de restaurer la sécurité dans le pays, laquelle est mise à mal par une nouvelle rébellion dans l'Est du Congo, et de lutter contre Ebola, plutôt que de vouloir pousser des racines sur le fauteuil présidentiel. Ce que même son prédécesseur Joseph Kabila, qui avait pourtant hérité du « trône » de papa à la mort de ce dernier le 16 janvier 2001, s'était bien gardé de faire.
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Mais pourquoi d'ailleurs sont-ils tous comme ça ? Que ce soit les présidents fondateurs qui veulent battre des records de longévité présidentielle ou ceux qui ont hérité du fauteuil paternel, on peut encore comprendre. Mais que ce soient des opposants historiques qui s'engagent dans cette même logique, il y a de quoi être perdu.
On ne saurait oublier que Fatshi est le fils du sphinx de Limete, Etienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017 à 84 ans à Bruxelles en Belgique, avant d'avoir accompli son rêve. C'est d'ailleurs au nom du père que celui qui semble flotter dans ses habits présidentiels est parvenu à la magistrature suprême. Voilà qu'il n'a présentement qu'un problème, celui de vouloir s'enraciner.
Avant lui, il y a Alassane Dramane Ouattara, qu'Houphouët avait appelé en 1990 pour traire les grasses vaches ivoiriennes, et qui s'est mis depuis à compter les veaux, et qui en est maintenant à son quatrième mandat. Et que dire d'un Alpha Condé, emporté par un coup d'Etat militaire mené par Mamadi Doumbouya, le 5 septembre 2021, alors que, contre tout bon sens, à 80 ans révolus, il voulait lui aussi tripatouiller la Constitution pour jouer les prolongations ?
C'est à croire que le pouvoir est une forme de drogue dont on se défait difficilement. Pour autant, on aurait tort de penser que c'est la démocratie, le problème. Pas du tout. C'est moins la démocratie que les hommes et les femmes qui sont censés l'incarner qui sont le véritable problème. Si les institutions sont fortes, les opinions nationales fortes et que les contre-pouvoirs sont forts, il n'y a pas de raison que ceux qui sont amenés à diriger le pays ne soient pas droits. Ce ne sont pas seulement les dirigeants qui sont en cause. La responsabilité des populations également est entièrement engagée quand, pour quelques petits avantages, on en vient à vendre sa voix ou à défendre l'indéfendable.
Que peut-on alors espérer, sinon assister à ce genre de spectacle qui n'honore ni l'Afrique ni les Africains ? Mais il n'est pas encore tard pour le locataire du palais de la Nation de renoncer à son funeste dessein.
