Congo-Kinshasa: La riposte à l'épidémie d'Ebola freinée par les familles refusant l'hôpital et les enterrements sécurisés

La riposte s'accélère dans l'est de la RDC face à l'épidémie d'Ebola Bundibugyo. Du matériel pour tester « sur place » les cas suspects est arrivé dans la province d'Ituri, et notamment à Mongwalu, localité où ont été identifiés les premiers cas. Cela va permettre de tester plus rapidement, d'accroître la surveillance et de retracer les cas contacts, explique l'Organisation mondiale de la Santé. Le chef de l'OMS, qui était en visite dans le pays il y a quelques jours, s'est dit « très encouragé par le niveau d'engagement » qu'il a constaté. Il a pointé la détection tardive des premiers cas, l'insécurité dans les régions touchées et la méfiance d'une partie de la population qui freinent la réponse.

« Ne cachez pas vos malades », répètent les différents acteurs engagés dans la riposte à l'épidémie d'Ebola. À Mongwalu, dans l'est de la RDC, « lorsque les décès ont commencé à se multiplier, explique Jonathan Imbalapay, président de la société civile, certains ont cru à une maladie mystique ».

« Il y a en effet une mauvaise compréhension de la maladie », acquiesce Marthe Dheve, agent de santé communautaire qui s'inquiète du nombre de malades qui restent chez eux et qui sont soignés à domicile. « Les gens ne comprennent pas et ont peur aller à l'hôpital, parce que quand il y a eu beaucoup de morts dans des familles, chaque personne pensais que si elle partait là-bas, on allait dire qu'elle avait cette maladie. Quand ils sont malades, ils préfèrent faire de l'automédication. C'est comme ça que vous voyez le nombre des morts augmenter parce qu'ils arrivent toujours tard à l'hôpital ».

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Des messages de sensibilisation en langues locales sont diffusés au sein des communautés afin que les malades soient emmenés le plus tôt possible à l'hopital, explique Patrick Muyaya, ministre congolais de l'Information. Il faut changer la perception et la compréhension de cette épidémie ajoute-t-il. « Lorsque vous avez un cas de malade autour de vous, ne le cachez pas. Appelez les centres hospitaliers et nous avons un numéro de téléphone gratuit, le 151, qui permet à tous ceux qui ont des cas de se faire connaître. S'il n'y a pas une meilleure implication de la communauté, on aura du mal à combattre totalement ».

Un système d'alerte a également été mis en place, ajoute Marthe Dheve, des numéros de téléphones pour alerter en cas de en cas de décès et pour éviter toute nouvelle contamination.

Le danger de contamination perdure après la mort

En RDC, enterrer un mort d'Ebola est devenu l'un des actes les plus dangereux dans le processus de riposte contre l'épidémie. Les équipes chargées des enterrements sécurisés sont régulièrement attaquées. Et quand elles fuient, le corps reste.

Quatre incidents ont été répertoriés en quelques jours dans quatre zones différentes. Il y a d'abord cet évènement qui inquiète, survenu mardi dernier, à Katana, au Sud-Kivu. L'équipe est là, tout est prêt. C'est alors que surgissent des jeunes gens qui agressent physiquement les membres de l'équipe.

Impossible bras de fer, le cercueil est abandonné sur place. Et des membres de la communauté reprennent le corps et le manipulent sans protection. Depuis, les équipes de la riposte redoutent de nouveaux foyers de contamination à Katana.

Le même jour, à Bunia, au cimetière. Une autre agression a eu lieu. Ici le bilan est lourd. Cinq membres de l'équipe ont été blessés. Ce n'est pas un incident isolé dans la ville. Deux jours plus tôt, deux nouveaux cas étaient enregistrés. Aux cliniques universitaires de Bunia, une foule bloque l'équipe d'enterrement. Les prestataires sont accusés d'avoir causé la mort du défunt.

Conséquence : l'enterrement sécurisé n'a pas lieu. Dans la zone de santé de Logo, en Ituri, même scénario. Face à ces résistances, les équipes de la riposte multiplient les actions de communication...à la radio, dans les églises, aux marchés. Mais la méfiance ne faiblit pas encore. Et derrière chaque corps manipulé sans protection, il y a un risque de nouvelle chaîne de transmission.

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