Sénégal: Célébration des 100 ans d'Abdoulaye Wade - Chorus de prodadas pour un Père et ...repère national

Hier et aujourd'hui, le pays de la Teranga est en fête, ou plus exactement en commémoration d'un centenaire. Les 100 ans d'un fils du Sénégal. Pas n'importe lequel mais un illustre acteur de l'histoire politique nationale et africaine, hier sujet de controverse, aujourd'hui symbole vivant d'un système démocratique multi partisans éprouvé quoique à la croisée des chemins.

En effet, il y a fort à parier que la célébration de cet anniversaire de Gorgui, "le Vieux", le "Doyen", aurait pris d'autres accents si son successeur direct et ancien ministre, puis Premier ministre, Macky Sall était toujours le locataire du Palais de la Nation, ou si le fracture Diomaye Faye/ Ousmane Sonko n'avait eu lieu. Mais dans ce contexte de redistribution des cartes de la donne politique au Sénégal, cette commémoration n'a pas échappé aux serres de la récupe.

Entre les "joyeux anniversaire" de sa famille biologique qui salue, par la voix de sa fille cadette, Sindjeli Wade, le père "aimant, attentionné, extraordinaire" et "l'hommage national à forte dimension mémorielle" du président Diomaye Faye, en passant par le concert de félicitations, de dédicaces, de témoignages élogieux, d'artistes, de politiques ou de citoyens lambda, c'est un véritable chorus de prodadas qui a convergé sur ce père et repère de la démocratie sénégalaise.

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En effet, Abdoulaye Wade a été le premier a crée un parti d'opposition au Sénégal, le Parti démocratique sénégalais (PDS) en 1974. Au moment où partout en Afrique, c'était le règne des partis uniques, l'homme a défié pendant plus d'un quart de siècle, le président Léopold Sedar Senghor, puis Abdou Diouf, et leur Parti socialiste (PS) dans 5 scrutins présidentiels (1978, 1983, 1988, 1993) avant de l'emporter en 2000. Cette première alternance, acquise par les urnes, donnait un relief de crédibilité à la démocratie sénégalaise et une lueur d'espoir de victoire à d'autres opposants teigneux dans les pays africains.

Au-delà de cet espoir d'une alternance pacifique laissé en ''patrimoine de la nation", Gorgui, passe aujourd'hui comme un exemple de politique " patient, persévérant, respectueux de l'adversaire, (donnant) la primauté à la nation", selon Bassirou Diomaye Faye. Quoi de plus normal alors pour l'actuel président sénégalais de le donner en exemple à la jeunesse de son pays ! Tous les analystes auront suivi son regard vers Ousmane Sonko surtout quand il assène : " Rien de durable ne nait dans la précipitation".

Mais son ancien Premier ministre et mentor n'est pas dupe. De fait, Ousmane Sonko s'est aussi joint au concert d'élégies à l'ancien '' président de la rue publique". Il a salué ''celui que des milliers de Sénégalais célèbrent dans leur coeur...comme un des pères les plus illustres de la démocratie'' dans le pays.

Cette unanimité d'hommages n'a pas toujours prévalu pour Abdoulaye Wade. Opposant, il a révulsé plus d'un Sénégalais, accusé d'être ''en campagne politique permanente" , " d'instrumentaliser la jeunesse scolaire et estudiantine" ou d'être sans originalité avec son programme politique "sopi", "le changement". En 12 ans de pouvoir (Avril 2000 - Mars 2012), beaucoup de Sénégalais ne lui reconnaissent pas un bilan brillantissime malgré la construction de routes, d'aéroports, d'écoles, d'hôpitaux... Dans la balance, ses contempteurs mettent en indexe, des scandales financiers, des voyages présidentiels couteux, l'éviction de proches collaborateurs du PDS, des allures de monarques, d'enrichissement illicite. Son fils Karim Wade qui avait été surnommé ironiquement ''ministre du ciel et de la terre'' en raison des départements stratégiques et transversaux dont il avait la charge, en fit les frais. Il fut condamné et emprisonné en 2014 pour "enrichissement illicite" avant d'être gracié par Macky Sall en 2016.

Cet approbe du fils, qui n'épargne pas le père, c'était avant, bien avant ce 29 mai 2026 où Abdoulaye Wade, qui vit désormais en France du côté de Versailles, a eu 100 ans. C'est aussi et surtout au moment où la démocratie sénégalaise, à la croisée des chemins, se cherche un père et des repères.

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