Sénégal: Démocratie administrative et inclusion financière - Le Médiateur de la République du Sénégal prône la confiance et l'équité

Lors des premières assises de la médiation et de l'éducation financière, le Médiateur de la République, Demba Kandji, a déclaré que le multipartisme ne suffit pas à bâtir un État de droit. Plaidant pour une « démocratie administrative » fondée sur l'équité et la confiance, le magistrat a dressé un bilan sans concession des fractures territoriales qui minent la modernisation du service public. Entre l'absence d'électricité et l'insécurité, le cri du coeur d'un régulateur face à une transition numérique à deux vitesses.

Intervenant à l'ouverture de la première édition des assises de la médiation et de l'éducation financière, le jeudi 4 juin, le magistrat Demba Kandji, médiateur de la République a déclaré que l'institution qu'il dirige a été instituée au début des années 1990, non pas comme une administration parallèle, mais comme le pilier d'une véritable « démocratie administrative ».

Il a dressé un parallèle saisissant entre son institution et l'Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF), a affirmant que le multipartisme ne suffit pas à bâtir un État de droit. Pour lui, son action et celle de de l'OQSF procèdent de la même philosophie : restaurer la confiance des usagers. « Si le citoyen n'a pas confiance dans le système financier, le système financier n'est plus crédible. C'est la confiance du citoyen qui fonde la légitimité du service public », a-t-il déclaré.

Demba Kandji note que face à une administration héritée de l'époque coloniale, souvent perçue comme rigide, verticale et source de déceptions, les régulateurs (OQSF, Médiateur) s'imposent comme des soupapes de sécurité indispensables pour les citoyens. Rassurant ceux qui craignent de voir ces institutions empiéter sur le pouvoir judiciaire, il a souligné, fort de son expérience de juge, que le régulateur ne remplace pas le magistrat, mais allège son travail en proposant une « voie d'apaisement plus humaine ».

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Selon lui, la force majeure du Médiateur réside dans un levier interdit à l'administrateur classique : l'équité. Là où l'administration est strictement enchaînée à la rigueur des textes juridiques, le Médiateur a la flexibilité d'aller au-delà du droit strict pour désamorcer d'innombrables litiges par la négociation.

Tout en saluant les avancées technologiques comme la dématérialisation et le mobile banking, le Médiateur de la République a tenu à ramener l'auditoire à la dure réalité du terrain. Évoquant son récent rapport officiel sur « l'administration de l'avenir », il a déploré les fractures territoriales, affirmant que la dématérialisation reste théorique là où les contraintes structurelles persistent.

Le juge Demba Kandji a indiqué que dans certaines localités du pays, l'absence d'électricité force les citoyens à parcourir des kilomètres à dos de cheval pour recharger un téléphone. Et en l'absence d'infrastructures pour utiliser une carte bancaire, les populations sont condamnées à transporter de fortes sommes d'argent liquide, s'exposant à des risques majeurs d'insécurité.

Le Médiateur de la République appelle à une intégration urgente de ces « zones blanches » dans les programmes d'éducation financière et de modernisation. Pour que la démocratie administrative soit totale et l'accès au service une réalité, Demba Kandj estime que le progrès technologique ne doit laisser aucun citoyen sur le bord de la route. « Le chantier est immense », a-t-il prévenu, ouvrant ainsi la voie à un débat crucial pour l'avenir des services publics en Afrique.

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