Afrique: Journée mondiale de l'environnement - Plaidoyer mondial pour le contrôle des chromates de plomb dans la peinture

Tunis — À l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement célébrée le 5 juin de chaque année, le Réseau international pour l'élimination des polluants.

(IPEN), qui regroupe plus de 730 organisations de la société civile, dont l'Association d'éducation environnementale pour les futures génération (AEEFG), a lancé un appel urgent pour l'inclusion des chromates de plomb dans la Convention de Rotterdam, traité international adopté en 1998 qui réglemente le commerce mondial de certains produits chimiques et pesticides dangereux.

Ces pigments, massivement utilisés dans la fabrication de peintures, sont pointés du doigt comme une menace persistante pour la santé des enfants à l'échelle mondiale. L'exposition au plomb est, en effet, liée à des dommages irréversibles du système nerveux, une baisse du quotient intellectuel (QI), des troubles de l'attention et des problèmes cardiovasculaires.

Sara Brosché, conseillère scientifique de l'IPEN, souligne que "la peinture au plomb reste l'une des sources les plus répandues d'exposition au plomb chez les enfants". Elle préconise une approche globale, rappelant que des alternatives plus sûres et existantes peuvent facilement remplacer ces produits toxiques.

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Failles majeures dans la régulation actuelle

Un rapport récent de l'IPEN intitulé "Exportation du saturnisme : le commerce toxique des chromates de plomb" révèle des failles majeures dans la régulation actuelle. Bien que l'Union européenne ait interdit l'usage des chromates de plomb sur son sol, elle continue d'en produire et d'en exporter.

Entre 2020 et 2022, l'UE a exporté ces substances vers plus de 40 pays, dont une trentaine ont pourtant déjà interdit la peinture au plomb. L'Inde a exporté des chromates de plomb vers 78 pays durant la même période. Le Canada présente des données contradictoires : alors qu'il ne déclare d'exportations que vers un seul pays, 65 nations font état d'importations de pigments à base de chrome provenant du Canada.

Malgré les défis, des progrès législatifs sont notables. Des réglementations ont été adoptées par la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) en 2019, la CEDEAO en 2024 et l'Union économique eurasiatique (UEE) prévue pour 2025. À ce jour, plus de 30 pays disposent de réglementations et une trentaine d'autres sont en phase de développement.

Le Maroc, le Cameroun, la Suisse et l'Australie ont déjà officiellement notifié à la Convention l'interdiction de ces substances sur leur territoire, ce qui place ces substances chimiques à l'ordre du jour de la prochaine Conférence des Parties afin de les soumettre à la procédure de Consentement Préalable en Connaissance de Cause (CPCC). Selon ce mécanisme, les pays exportateurs seraient dans l'obligation de notifier les pays destinataires et d'obtenir leur accord explicite avant toute expédition.

Actuellement, des groupes membres de l'IPEN dans plus de 20 pays à revenus faibles et moyens évaluent l'utilisation de ces pigments pour inciter leurs gouvernements respectifs à soutenir cette action internationale.

En Tunisie, la règlementation se fait attendre

En Tunisie, des associations comme l'AEEFG, oeuvrent depuis 2013 pour interdire l'utilisation du plomb dans les peintures et d'étendre cette interdiction aux chromates de plomb.

Un projet d'arrêté fixant les valeurs limites de plomb, de cadmium et de certains solvants organiques dans les peintures demeure en suspens en Tunisie, prolongeant l'exposition des personnes à des substances chimiques dangereuses pour la santé et l'environnement. Le texte, dont la version finale a été soumise aux autorités concernées pour adoption, depuis 2021, prévoit notamment de plafonner la teneur en plomb à 90 mg/kg, en cadmium à 100 mg/kg, et en benzène et toluène à 1 000 mg/kg dans les peintures fabriquées, importées ou commercialisées sur le marché tunisien.

L'AEEFG aspire à ce que le pays mette en place, dès cette année, un cadre réglementaire interdisant l'utilisation du plomb dans les peintures, souhaitant que cette initiative soit rapidement suivie d'une nouvelle étape visant à proscrire les chromates de plomb.

Pour rappel, l'IPEN est un réseau mondial d'organisations d'intérêt public qui améliorent les politiques en matière de produits chimiques et sensibilisent le public afin que les substances dangereuses ne soient plus produites, utilisées ou éliminées d'une manière préjudiciable à la santé humaine et à l'environnement.

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