En Côte d'Ivoire, les déguerpissements ont repris de plus belle en moins d'une semaine à Abidjan. En pleine saison des pluies, les « opérations de restauration de l'ordre urbain » du district autonome suscitent les critiques, notamment de l'opposition. À Port-Bouët, dans le sud de la capitale économique, un deuxième quartier précaire est en cours de démolition. Vridi-Canal existait depuis plus de 60 ans.
Sous une pluie battante, des ferrailleurs tentent de récupérer les tôles des décombres. À quelques mètres, une tractopelle démolit les maisons restantes. Assis à l'abri d'une planche de bois, Bernard observe les ruines. Il vivait ici depuis 60 ans. « J'ai tout perdu, on n'a même pas pu faire sortir nos bagages, se lamente-t-il. Donc, présentement, je me retrouve avec mes enfants et mes petits-fils dehors... Je ne sais pas où il faut aller. L'animal est mieux que moi ».
Depuis le 5 juin, plusieurs milliers d'habitants ont ainsi été délogés de ce quartier grand comme une quarantaine de terrains de football. Ils s'ajoutent aux déguerpis de « Zimbabwe », quartier distant de quelques kilomètres, rasé trois jours auparavant.
« Lutter contre la pauvreté, ce n'est pas lutter contre les pauvres »
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Sur les lieux, Alain Adja, le député du Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) de Port-Bouët se dit « sidéré » de la situation : « Lutter contre la pauvreté, ce n'est pas lutter contre les pauvres. Est-ce qu'on peut dire simplement que "comme ils n'ont pas de titre de propriété, on s'en fout ?" On détruit le peu de biens qu'ils ont, on détruit leurs vies... Je comprends qu'il faut apporter le développement, mais cela ne peut pas se faire de cette façon. »
Autre réaction dans l'opposition : le Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (Cojep) de Charles Blé Goudé dénonce, dans un communiqué, une approche qui privilégie « l'intervention des bulldozers là où auraient dû prévaloir l'anticipation, la concertation, la planification et la justice sociale ».
Vridi-Canal figurait sur la liste des zones à risque du district d'Abidjan depuis plus de deux ans. Construit sous une ligne à haute tension, il est également menacé par l'érosion côtière. Il y a quelques mois, un incendie y avait détruit plusieurs dizaines d'habitations. Situé près de la zone industrielle et du Port autonome, le quartier très dense se trouve par ailleurs sur le tracé d'un projet de pont vers Jacqueville.
« Nous n'avons aucun intérêt à vouloir les brimer »
Pour le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, ces opérations du district d'Abidjan visent à restaurer l'ordre urbain, mais aussi à préserver les vies des habitants. « Nous n'avons aucun intérêt à vouloir les brimer, à vouloir les faire souffrir, assure-t-il. Nous sommes là pour leur permettre de vivre décemment, de sortir de ces situations d'insalubrité ».
Amadou Coulibaly ajoute que des familles précédemment déguerpies ont été dédommagées et d'autres relogées, notamment dans la sous-préfecture de Songon, à la limite ouest du district d'Abidjan. D'après le gouvernement, une aide de 250 000 francs CFA (381 euros) doit ainsi être versée pour chaque ménage affecté par les démolitions.
En avril 2026, le district d'Abidjan a par ailleurs annoncé le relogement prochain de plus de 16 000 déguerpis dans deux sites identifiés à Yopougon et sur la route de Grand-Bassam.
À Port-Bouët, six autres quartiers sont considérés comme des zones à risque.