Sénégal: Premier Congrès de PASTEF - Une aventure politique inachevée, selon Mamadou Sy Albert

Invité de l'émission Objection sur Sud FM, le journaliste et analyste politique Mamadou Sy Albert, auteur de l'ouvrage « La gouvernance patriotique de la rupture systémique en question », a livré une analyse du premier congrès du PASTEF ainsi que de la séparation politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Pour l'analyste, la tenue de ce premier congrès constitue un moment très important dans le parcours du parti au pouvoir. « C'est un congrès quand même important qui vient après 15 ans de présence sur le terrain politique », a-t-il souligné, estimant que cette rencontre « sanctionne une expérience assez riche pour le Pastef ».

Selon lui, le parti a réalisé un parcours exceptionnel en quatorze années d'existence : « Construire un parti, élaborer un programme, mener des luttes, arriver au pouvoir et rester encore un parti assez important, c'est exceptionnel. L'histoire du Pastef est exceptionnelle ». Il considère ce congrès comme « un couronnement, une étape assez importante que le Pastef a franchie », mais également comme un moment d'évaluation et de réflexion stratégique sur les cinq prochaines années.

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Toutefois, Mamadou Sy Albert estime que l'aventure politique du Pastef demeure inachevée. « Celui qui a porté le projet, précisément Ousmane Sonko, a été éliminé et exclu de manière arbitraire. C'est par son choix que le président Diomaye a été élu », rappelle-t-il. Pour lui, « l'objectif du Pastef a toujours été d'amener son président à la tête du pays ».

L'analyste revient également sur ce qu'il considère comme la principale bataille menée par l'ancien régime : la séparation du duo Sonko-Diomaye. « Mission réussie pour l'ancien régime », affirme-t-il, expliquant que durant deux ans, malgré « l'unité de pensée et d'action » qui régnait au sein du pouvoir, les pressions politiques et psychologiques n'ont jamais cessé.

À ses yeux, la rupture trouve son origine dans la double pression subie par le chef de l'État. « Le président a étouffé sous une double pression : la pression de l'opposition et la pression de l'influence d'Ousmane Sonko », analyse-t-il. Cette situation aurait progressivement conduit le président à chercher son autonomie politique. « La cassure a pris une dimension très personnelle. Il voulait se libérer de cette présence étouffante », soutient-il.

Mamadou Sy Albert dit que cette séparation n'est pas le fruit d'un événement ponctuel mais d'un processus engagé dès l'installation du président au palais. « Pourquoi le président, une fois élu, s'est entouré de cadres qui n'appartiennent pas au Pastef ? Pendant deux ans, le parti était absent de son entourage », s'est-il interrogé. Selon lui, « le président s'est préparé d'une certaine façon à cette séparation ».

Concernant les révélations faites par Ousmane Sonko sur l'existence d'un pacte politique non respecté, l'analyste considère que « la rupture de confiance est actée ». Plus profondément, il estime que le président a choisi une autre orientation politique. « Le président tourne le dos au projet. Ousmane Sonko ne pouvait plus marcher avec un président qui tourne le dos au projet »,

Face à cette nouvelle donne, Mamadou Sy Albert appelle le leader du Pastef à la prudence. Désormais à la tête du pouvoir législatif à travers son influence sur la majorité parlementaire, Sonko doit éviter toute confrontation institutionnelle. « Il a une énorme responsabilité. Le risque d'une crise institutionnelle est là », a-t-il averti.

Selon l'analyse de M. Sy, le président du Pastef n'a aucun intérêt à apparaître comme l'artisan d'un blocage de l'État. « Il doit jouer intelligemment pour ne pas bloquer. S'il bloque, on va vers une motion de censure », prévient-il. Une telle situation pourrait ouvrir la voie à des élections législatives anticipées dont l'issue resterait incertaine.

Enfin, l'analyste estime que le nouveau gouvernement reflète désormais pleinement la vision du chef de l'État. « C'est un gouvernement qui n'est pas du tout dans la perspective du Pastef, de la rupture et de la souveraineté », juge-t-il. Pour lui, le président Diomaye Faye s'oriente vers « le modèle traditionnel du Sénégal » et cherche désormais à construire « une nouvelle base politique et sociologique » en vue des échéances futures.

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