La capitale togolaise s'apprête à devenir, les 11 et 12 juin 2026, l'épicentre de la haute finance et de la planification stratégique en Afrique de l'Ouest. Pour sa deuxième édition, le grand raout annuel des BOAD Development Days s'attaque à un dossier brûlant, au carrefour de la démographie galopante et de l'urgence climatique: «Bâtir l'avenir de l'UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique ». Confidentiel Afrique décrypte les enjeux
Derrière ce titre aux accents institutionnels se cache une réalité économique implacable que la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a décidé de prendre à bras-le-corps. Lors d'un grand oral virtuel tenu ce vendredi 6 juin, le top management de l'institution a planté un décor sans fard.
C'est un secret de polichinelle que les capitales de l'UEMOA étouffent sous la pression d'une urbanisation non maîtrisée.
Construire 250 000 logements supplémentaires chaque année
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Mais les chiffres égrenés par Cheikh Oumar Emmanuel Barry, directeur du département Santé, Éducation et Immobilier de la BOAD, donnent le tournis: la région accuse aujourd'hui un déficit structurel de quatre millions d'unités de logements durables. Pire, pour simplement stabiliser la situation face à la poussée démographique, il faudrait construire 250 000 logements supplémentaires chaque année.
Face à ce gouffre, les initiatives isolées des États montrent leurs limites. Certes, des efforts notables sont consentis, à l'instar du Bénin qui a capté une enveloppe substantielle de 100 milliards de francs CFA pour la cité des logements sociaux de Ouèdo. Mais de l'aveu même des experts, cette injection de liquidités reste une goutte d'eau dans l'océan des besoins régionaux.
Pour Moubarak Moukaila, directeur du Financement du développement durable à la BOAD, la réponse ne peut plus être uniquement quantitative. L'habitat de demain doit être pensé comme un vecteur de résilience climatique et, surtout, de souveraineté énergétique. Construire vert, isoler, intégrer le renouvelable à la base : voilà le nouveau paradigme.
Confidentiel Afrique a pu consulter la liste des invités de marque qui feront le déplacement au Togo. Preuve de l'importance politique de l'événement, le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé officiera en qualité de grand témoin, aux côtés de figures politiques et techniques de premier plan comme Victoire Tomégah-Dogbé (ancienne Première ministre du Togo), Ousmane Diagana (Vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique de l'Ouest et centrale), ou encore le « bâtisseur » sénégalais Pierre Goudiaby Atepa et l'architecte ivoirien Issa Diabaté.
L'enjeu de ces deux jours de débats à Lomé sera de court-circuiter les cercles de réflexion classiques pour aboutir à des feuilles de route immédiatement opérationnelles. Il s'agira notamment de reconnecter les développeurs immobiliers, les banques commerciales- souvent frileuses sur le logement social- et les collectivités locales, représentées par plusieurs maires de la sous-région.
Plan ambitieux Djoliba la suite
Ce sommet de Lomé n'est pas un événement isolé; il sert de rampe de lancement politique au futur plan stratégique 2026-2030 de la BOAD. Baptisé «Djoliba, la suite», ce nouveau cadre de référence est actuellement concocté dans les coulisses avec l'appui du prestigieux cabinet international Boston Consulting Group (BCG).
L'institution dirigée par le président Serge Ekué aborde ce virage avec un bilan solide. Le plan quinquennal sortant (2021-2025) affiche une belle santé financière avec un taux de réalisation de 107,4 % des objectifs, soit la bagatelle de 5,2 milliards de dollars injectés dans l'économie régionale.
Selon nos informations, le tableau de chasse de la BOAD sur les cinq dernières années parle de lui-même :
● Infrastructures et Digital : 2,16 milliards de dollars engagés.
● Secteurs sociaux et Eau : 830 millions de dollars, permettant notamment la fourniture de 317 547 m³ d'eau potable par jour.
● Énergie : 1 311 mégawatts de capacités additionnelles installées.
● Agriculture : 1 milliard de dollars investis, propulsant la production rizicole soutenue à un bond spectaculaire de 345 %.
En mettant l'habitat durable au coeur de son agenda 2026, la BOAD joue gros. Elle tente de démontrer que la transition énergétique africaine ne se jouera pas seulement dans les grandes centrales solaires en plein désert, mais d'abord au coeur des foyers et des quartiers de l'Afrique de l'Ouest. Un dossier que Confidentiel Afrique suivra de très près depuis Lomé.