Les efforts engagés par le Sénégal dans la lutte contre la migration irrégulière commencent à produire des résultats visibles.
C'est le principal message porté par Dr Modou Diagne, contrôleur général de Police, secrétaire permanent du comite interministériel de lutte contre l'émigration irrégulière, mardi 9 juin lors de l'ouverture d'un atelier national consacré à l'élaboration d'une stratégie de communication visant à prévenir les départs clandestins et à promouvoir les opportunités locales pour les jeunes.
S'exprimant au nom du ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Dr Modou Diagne a mis en avant une évolution jugée encourageante des flux migratoires sur la route atlantique, l'une des plus dangereuses au monde. Selon les données du Centre de Collecte et d'Analyse des Données sur la Migration (CSDM), le nombre de ressortissants sénégalais arrivés aux Îles Canaries est passé de 9 554 en 2024 à 4 918 en 2025, soit une baisse de près de 50 %.
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Pour le responsable, cette diminution constitue l'un des premiers résultats concrets de la mise en oeuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (SNLMI), adoptée par les autorités sénégalaises. « La maîtrise des flux migratoires a un impact direct sur la protection des vies humaines », a-t-il souligné, rappelant que la réduction des départs s'est accompagnée d'une baisse significative de la mortalité en mer.
Une route toujours meurtrière
Malgré ces progrès, Dr Diagne a insisté sur le fait que la route atlantique demeure particulièrement dangereuse. Chaque année, de nombreux candidats à l'émigration continuent de risquer leur vie dans l'espoir de rejoindre l'Europe à bord d'embarcations de fortune.
Selon lui, les motivations restent multiples : difficultés économiques, quête d'un avenir meilleur, perception idéalisée de la vie à l'étranger et diffusion de fausses informations sur les possibilités d'installation en Europe.
Face à cette réalité, il a estimé que la réponse ne devait pas se limiter aux seuls dispositifs de sécurité. « Il faut bannir le tout-sécuritaire », a-t-il déclaré, plaidant pour une approche globale combinant prévention, sensibilisation, création d'emplois et accompagnement des jeunes.
Des contrôles renforcés
Le représentant du ministère a également présenté le bilan des opérations menées par les forces de défense et de sécurité. Le dispositif associant la Police nationale, la Gendarmerie nationale et la Marine nationale a permis l'interpellation de 6 662 migrants, dont 3 983 étrangers, représentant 60 % des personnes arrêtées.
Ces chiffres, selon lui, illustrent également le rôle croissant du Sénégal comme pays de transit sur les routes migratoires ouest-africaines. Les autorités ont par ailleurs procédé au défèrement de 309 convoyeurs présumés et à l'arraisonnement de 63 embarcations utilisées dans les traversées clandestines.
Miser sur les opportunités locales
Au-delà des statistiques, le secrétaire permanent du comite interministériel de la lutte contre l'émigration irrégulière a rappelé que l'enjeu principal demeure la construction d'alternatives crédibles pour la jeunesse sénégalaise. Le thème de l'atelier, « Jeunesse, opportunités et migration : quel message pour un avenir au Sénégal ? », doit selon lui servir de cadre à une communication plus efficace et mieux adaptée aux réalités locales.
Il a insisté sur la nécessité de produire des messages ancrés dans les territoires, capables de répondre aux préoccupations des populations les plus exposées aux départs irréguliers. Cette démarche s'appuie notamment sur les comités régionaux et départementaux de lutte contre la migration irrégulière, mis en place à travers le pays.
Renforcer les partenariats
Enfin, Dr Modou Diagne a salué l'appui de l'Union européenne, du Programme opérationnel conjoint (POC) et des partenaires techniques et financiers engagés aux côtés du Sénégal dans la gouvernance migratoire.
Réaffirmant l'ambition des autorités de réduire durablement la migration irrégulière à l'horizon 2035, il a appelé à une mobilisation collective autour de la Stratégie nationale. Pour lui, la baisse des arrivées de Sénégalais aux Îles Canaries constitue un signal encourageant, mais la lutte contre les départs clandestins passe désormais par un défi plus vaste : offrir aux jeunes des perspectives économiques et sociales suffisamment attractives pour construire leur avenir au Sénégal.