Maroc: Enfante et tais-toi

On ignorait jusqu'ici que l'école marocaine évaluait avec un tel coefficient la capacité de nos enfants à remonter le temps. Le 1er juin, dans les plis d'une épreuve régionale de 1ère année Bac, l'autorité pédagogique a glissé sa plus belle perle sexiste, exhumant tranquillement des pensées révolues selon lesquelles la femme n'aurait été créée «que pour le mariage et l'enfantement».

Fin de l'énoncé. Les candidates sont instamment priées de se débarrasser de leurs grandes ambitions au même titre que leurs brouillons.

L'excuse pavlovienne de la maladresse rédactionnelle ne tiendra pas. Un examen régional unifié ne devrait souffrir d'aucune improvisation. C'est une partition ultra-normée, passée au crible par un bataillon d'inspecteurs et dûment validée par la tutelle académique. Que cette énormité ait pu franchir chaque sas de sécurité sans écorcher le regard du moindre relecteur révèle l'ampleur du désastre. L'inconscient patriarcal est, paraît-il, si profondément enraciné qu'il en devient imperceptible à ceux-là mêmes dont la vocation proclamée est d'éclairer les consciences.

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Ne nous y trompons pas. La véritable dérive n'est pas l'offense faite aux femmes, si grossière soit-elle, ni le mépris qui s'en dégage mais plutôt sa redoutable banalisation. Draper cette assignation à résidence domestique dans les atours d'un simple «point de vue» à disserter revient à chuchoter aux futures magistrates, chercheuses ou dirigeantes, courbées sur leurs pupitres, que leurs rêves d'émancipation ne sont qu'une parenthèse tolérée avant le grand retour à l'ordre naturel des choses.

Cet affront n'est pas seulement un naufrage pédagogique, c'est, à vrai dire, une faillite morale absolue. Censée être à l'avant-garde de notre émancipation et l'ultime rempart contre les vestiges d'un autre âge, l'école marocaine s'est retrouvée, à son corps défendant, à passer son propre examen devant le grand jury de la société. Le verdict est sans appel : note éliminatoire.

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