Afrique de l'Ouest: Politique monétaire - La BCEAO maintient ses taux directeurs

11 Juin 2026

Face aux incertitudes mondiales, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) choisit la prudence. La BCEAO maintient ses taux directeurs à l'issue de sa deuxième session ordinaire de l'année tenue, mercredi 10 juin, au siège de l'institution.

Le Comité de politique monétaire de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a opté pour la stabilité lors de sa deuxième session ordinaire de l'année tenue, mercredi 10 juin, à Dakar. Face à un paysage international de plus en plus incertain, l'institution financière a décidé de maintenir inchangés ses taux directeurs.

Le principal taux auquel la BCEAO prête ses ressources aux banques reste fixé à 3,00 %, le taux d'intérêt sur le guichet de prêt marginal demeure à 5,00 % et le coefficient des réserves obligatoires applicables aux banques de l'Union est maintenu à 3,00 %. « Cette décision, placée sous le signe de la vigilance, s'appuie sur une situation régionale actuellement confortable, mais soumise à des risques extérieurs immédiats », a expliqué le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi-Brou.

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Le conflit au Moyen-Orient, déclenché à la fin du mois de février, s'enlise et perturbe le commerce mondial. Le gouverneur de la BCEAO a souligné que la fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole, a provoqué une hausse des prix de l'énergie et du fret de plus de 20 %. Cette situation a conduit le Fonds monétaire international (Fmi) à réviser à la baisse ses prévisions de croissance mondiale à 3,1 % pour 2026 tout en projetant une inflation globale plus élevée que prévu (4,4 %).

Selon Jean-Claude Cassis-Brou, les premiers effets de cette crise commencent à se faire sentir dans l'Union. Entre mars et mai 2026, cinq pays membres ont dû ajuster à la hausse les prix des carburants à la pompe. Cependant, l'impact sur l'inflation régionale reste limité grâce à une bonne campagne agricole.

Le taux d'inflation s'est ainsi établi à -0,2 % au premier trimestre 2026, après s'être situé à -0,8 % en fin d'année 2025. Toutefois, la tendance est à la hausse et la Banque centrale estime que l'inflation devrait remonter pour s'établir à 1,6 % sur l'ensemble de l'année 2026, sous l'effet des coûts de l'énergie et des produits alimentaires importés. Ce niveau reste en adéquation avec la zone cible de l'institution située entre 1 et 3 %.

Malgré ces tensions exogènes, Jean-Claude Cassis-Brou s'est félicité de la robustesse de l'économie de la région. La croissance du Pib réel de l'Union s'est située à 6,1 % au premier trimestre 2026 en glissement annuel, portée par le dynamisme de l'ensemble des secteurs, notamment les exportations de pétrole, d'or et de cacao.

Pour l'ensemble de l'année, l'activité devrait se maintenir à ce rythme de 6,1 %. Cette solidité se reflète également dans la consolidation des finances publiques, le déficit budgétaire s'étant replié à 4,1 % du Pib contre 4,3 % un an plus tôt malgré les efforts des États pour atténuer les chocs extérieurs.

Une inflation sous contrôle, mais orientée à la hausse

Par ailleurs, la position extérieure de l'Union continue de se renforcer grâce à la valeur élevée des exportations et à la mobilisation des ressources financières par les États membres ; ce qui permet de consolider les réserves de change.

Le secteur bancaire se porte tout aussi bien. La liquidité y est abondante, comme en témoigne la sursouscription des titres publics par les banques. Cette situation s'est traduite par un assouplissement des conditions sur le marché monétaire où le taux interbancaire à une semaine a reflué de 68 points de base pour s'établir à 4,26 %. En parallèle, le crédit à l'économie poursuit sa progression avec une hausse de 4,4 % à fin mars.

Jean-Claude Kassi Brou a rappelé que l'économie de l'Union reste solide, mais elle doit faire face à trois canaux de transmission de la crise internationale : le renchérissement des produits pétroliers, la hausse des coûts du fret et le risque d'un resserrement monétaire par les grandes banques centrales mondiales ; ce qui augmenterait le coût des emprunts extérieurs pour les États. Si la Bceao n'envisage pas de hausse de taux dans l'immédiat, elle se dit prête à agir et à ajuster sa politique monétaire en cas de menacée sur la stabilité de l'Union.

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