Cameroun: Souveraineté sucrière - Le test Sosucam pour le pays

Somdiaa met en vente ses 82% dans Sosucam : un dossier qui touche à l'emploi, aux importations et aux finances publiques du Cameroun.

Et si demain, le sucre venait à manquer dans les rayons camerounais ? La question n'est pas anodine. Le groupe français Somdiaa, actionnaire historique de Sosucam, a annoncé son retrait. 82% du capital de la principale sucrerie du pays sont désormais à vendre. Derrière cette opération financière se cache un enjeu bien plus vaste : la capacité du Cameroun à nourrir sa population sans dépendre massivement de l'étranger.

Un acteur historique tire sa révérence

Le groupe Somdiaa a officiellement mis en vente ses 82% de participation dans Sosucam, premier producteur de sucre du Cameroun. Cette annonce place l'État camerounais face à une décision stratégique : trouver un repreneur capable de maintenir, voire de renforcer, une production essentielle à l'approvisionnement national.

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Un déficit de production déjà chronique

Le Cameroun consomme environ 300 000 tonnes de sucre par an, mais sa production nationale ne couvre qu'entre 120 000 et 160 000 tonnes, selon les chiffres avancés. Pour combler cet écart, le pays a dû importer 208 000 tonnes en 2025, pour une facture de 69,3 milliards FCFA. Un changement d'actionnaire mal négocié pourrait fragiliser davantage cette production déjà sous tension, avec un risque de pénurie dans les mois à venir.

Un climat social sous surveillance

Sosucam représente environ 8 000 emplois directs et indirects, concentrés essentiellement autour de Nkoteng et Mbandjock. La mémoire de la grève de février 2025, marquée par la destruction d'hectares de plantations de canne à sucre, reste vive. Dans ce contexte, une transition d'actionnariat mal gérée pourrait raviver des tensions sociales déjà identifiées comme un point sensible par les autorités.

Des recettes fiscales non négligeables

Au-delà de l'emploi, Sosucam pèse aussi dans les comptes publics : l'entreprise génère un chiffre d'affaires annuel d'environ 60 milliards FCFA et verse environ 12 milliards FCFA d'impôts chaque année. Une baisse d'activité aurait donc un impact direct sur les recettes de l'État.

La réponse des autorités : un comité stratégique

Face à ces enjeux, le Premier ministre a mis en place un comité stratégique disposant de six mois pour encadrer la cession. Une condition a été posée : Somdiaa devra continuer à gérer la campagne sucrière jusqu'en mai 2027, afin d'assurer la continuité de la production pendant la période de transition.

Un outil industriel récemment modernisé

Signe que l'outil de production reste attractif : en avril 2026, Sosucam a inauguré à Nkoteng une nouvelle unité de sucre en morceaux, pour un investissement de 2,5 milliards FCFA. L'enjeu pour les autorités sera désormais de trouver un repreneur disposé à investir davantage pour augmenter la production et réduire la dépendance du pays aux importations.

Un dossier encore ouvert

À ce stade, ni le prix de cession ni l'identité d'éventuels repreneurs ne sont connus. Mais l'issue de ce dossier sera scrutée de près : elle dira beaucoup de la capacité du Cameroun à sécuriser une filière stratégique pour sa souveraineté alimentaire.

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