La FIFA accentue la pression sur Alger en accordant une accréditation officielle au journaliste français, condamné à 7 ans de prison, et réclame une grâce présidentielle.
C'est un coup d'éclat diplomatique et humanitaire qui vient bousculer l'agenda purement sportif de l'ouverture de la Coupe du Monde 2026. Réuni en conférence de presse ce mercredi à Mexico City, à la veille du match d'ouverture, le président de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), Gianni Infantino, a solennellement appelé les autorités algériennes à accorder une grâce présidentielle au journaliste français Christophe Gleizes. Actuellement incarcéré en Algérie, ce dernier s'est vu attribuer, contre toute attente, une accréditation officielle par l'instance suprême du football mondial afin de couvrir la compétition.
Devant un parterre de journalistes venus du monde entier, Gianni Infantino a choisi de dédier une partie majeure de son intervention à la situation de Christophe Gleizes. Pour le patron de la FIFA, le symbole est fort et le message sans ambiguïté : la place naturelle d'un reporter sportif n'est pas derrière les barreaux, mais dans les tribunes de presse et les stades où se joue le plus grand événement de la planète foot.
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Cette prise de position officielle de la FIFA fait écho aux annonces simultanées faites par l'organisation internationale de défense de la liberté de la presse, Reporters Sans Frontières (RSF). L'ONG a confirmé que Christophe Gleizes avait bel et bien obtenu ses accréditations pour couvrir l'intégralité des rencontres du Mondial pour le compte du magazine français So Foot, média avec lequel il collaborait activement avant son arrestation.
Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, a immédiatement salué l'initiative de la fédération internationale, y voyant un signal d'une force symbolique rare. Selon lui, cette décision rappelle à la communauté internationale que Gleizes devrait être au coeur de l'action, dans les coulisses et les stades du Mondial, pour y exercer son métier librement, plutôt que de croupir dans une cellule de prison en Algérie.
L'affaire, devenue aujourd'hui un point de fixation des tensions sur la liberté de la presse entre Alger et Paris, remonte au 28 mai 2024. Alors qu'il se trouvait dans la ville de Tizi Ouzou pour réaliser un reportage de fond sur le club emblématique de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), le journaliste français avait été interpellé par les forces de sécurité algériennes.
D'abord placé sous contrôle judiciaire, son sort s'est considérablement durci le 29 juin 2025 lorsque le tribunal de première instance l'a condamné à une lourde peine de 7 ans de prison ferme. Les chefs d'accusation retenus contre lui sont particulièrement sévères, portant sur l'«apologie du terrorisme» et la «détention de publications à des fins de propagande de nature à nuire à l'intérêt national». Un verdict qui avait suscité la stupeur de ses proches et qui a été intégralement confirmé en appel par la cour de Tizi Ouzou le 3 décembre 2025.
Ces dernières semaines, le dossier a connu une évolution juridique décisive qui déplace désormais la balle dans le camp du pouvoir politico-militaire algérien. Les procédures de recours ont officiellement pris fin après que la Cour suprême a acté le désistement de Christophe Gleizes de son pourvoi en cassation. Le jugement est ainsi devenu définitif, épuisant toutes les voies de recours judiciaires ordinaires.
Pour l'équipe de défense du journaliste, ce statut juridique de « condamnation définitive » est crucial. En effet, la législation algérienne exige que toutes les étapes judiciaires soient pleinement épuisées avant qu'une demande de grâce présidentielle puisse être légalement examinée par le chef de l'État. Christophe Gleizes remplit donc désormais l'intégralité des conditions requises pour espérer une telle mesure de clémence.
L'appel du président de la FIFA s'inscrit dans un mouvement de solidarité qui n'a cessé de prendre de l'ampleur au cours des derniers mois. La Fédération Française de Football (FFF) s'est notamment jointe au mouvement en affichant de manière ostensible le nom du journaliste dans plusieurs stades lors des matchs de préparation de l'équipe de France.
Avec l'entrée en lice de Gianni Infantino, l'affaire Christophe Gleizes s'invite sur la scène médiatique et politique mondiale à l'heure où les projecteurs sont braqués sur le continent américain. Alors que la compétition s'ouvre sous les yeux de milliards de téléspectateurs, la pression internationale s'accentue sur Alger. La question est désormais de savoir si le pouvoir algérien saisira cette opportunité pour faire un geste humanitaire, comme le formule la FIFA, ou si elle choisira de maintenir sa position de fermeté face aux sollicitations combinées du monde du sport, des médias et des organisations de défense des droits humains.