Maroc: Législatives 2026 - L'appel de l'ATEC pour des programmes électoraux égalitaires

À quelques mois des élections législatives prévues le 23 septembre 2026, l'Association Tahdi pour l'égalité et la citoyenneté (ATEC) a lancé un appel aux partis politiques marocains afin qu'ils placent les questions de l'égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que la lutte contre les violences numériques faites aux femmes et aux filles, au centre de leurs programmes électoraux.

Lors d'une conférence de presse organisée le jeudi 11 juin, l'ATEC a présenté deux mémorandums destinés à orienter le débat politique et les engagements des formations partisanes en vue des prochaines échéances électorales.

Cette initiative intervient dans un contexte marqué par la poursuite des réformes liées à l'État social, mais également par la persistance de nombreuses inégalités touchant les femmes dans plusieurs domaines. L'ATEC a souligné  que malgré les avancées enregistrées ces dernières années sur les plans juridique et institutionnel, les écarts demeurent importants en matière d'accès à l'emploi, de participation politique, de protection contre les violences et de représentation dans les instances décisionnelles.

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Selon les responsables de l'association, ces élections législatives constituent une occasion majeure pour replacer les droits des femmes au coeur du débat démocratique et pour obtenir des engagements politiques explicites, susceptibles d'être évalués et suivis tout au long de la prochaine législature.

Un agenda électoral clair pour l'égalité et la parité

Le premier mémorandum, intitulé « Vers un engagement partisan clair en faveur de l'égalité et des droits des femmes dans l'agenda électoral national des législatives du 23 septembre 2026 », propose une batterie de mesures destinées à renforcer l'intégration de l'approche genre dans les politiques publiques.

L'ATEC estime que les questions d'égalité continuent souvent d'être traitées comme des sujets secondaires dans les programmes électoraux, alors qu'elles devraient constituer un axe structurant de l'action publique. Elle appelle ainsi les partis à consacrer un volet spécifique à l'égalité et à la parité, avec des objectifs précis, quantifiables et assortis d'échéances claires.

Parmi les recommandations formulées figure la nécessité d'aligner les engagements électoraux sur les orientations de la troisième stratégie gouvernementale pour l'égalité 2023-2026. L'objectif est de passer d'une logique de déclarations de principe à une véritable logique de contractualisation politique, fondée sur des engagements concrets en faveur de l'autonomisation économique des femmes, de la lutte contre les discriminations et du renforcement de leur protection contre toutes les formes de violence.

L'association insiste particulièrement sur l'importance du levier économique. Elle appelle les partis à proposer des mesures ambitieuses pour favoriser l'emploi des femmes, améliorer leur accès au financement, à la propriété foncière et à la formation professionnelle, tout en soutenant davantage l'entrepreneuriat féminin. Une attention particulière est demandée pour les femmes vivant en milieu rural, dans les quartiers défavorisés ou travaillant dans le secteur informel.

Par ailleurs, l'ATEC appelle à une accélération des réformes juridiques relatives aux droits des femmes. Elle recommande l'inscription dans les programmes électoraux d'engagements concernant la réforme du Code de la famille, du Code pénal, de la législation relative à la lutte contre les violences faites aux femmes, ainsi que des textes relatifs au travail et à la protection sociale.

La question du mariage des mineures figure également parmi les priorités. L'association exhorte les partis à prendre des engagements explicites pour mettre fin aux exceptions permettant encore le mariage des enfants et pour renforcer la protection des droits de l'enfance.

Le document insiste enfin sur la nécessité de renforcer la présence des femmes dans la vie politique. Il recommande d'augmenter leur représentation sur les listes électorales, d'améliorer leur positionnement sur ces dernières et de faciliter leur accès aux postes de responsabilité au sein des partis politiques et des institutions élues.

L'ATEC met en garde contre la montée des violences numériques

Le second mémorandum présenté lors de cette conférence de presse porte sur l'intégration de la protection contre les violences numériques faites aux femmes et aux filles dans les programmes électoraux.

Pour l'ATEC, les transformations numériques que connaît la société marocaine ont donné naissance à de nouvelles formes de violences basées sur le genre. Harcèlement en ligne, cyberintimidation, usurpation d'identité, diffusion non consentie d'images privées, campagnes de diffamation ou encore chantage numérique sont autant de pratiques qui affectent de manière croissante les femmes et les jeunes filles.

Face à cette réalité, l'association estime que les réponses institutionnelles demeurent insuffisantes et appelle à la reconnaissance du phénomène comme une question politique et sociétale à part entière.

Le mémorandum recommande ainsi l'adoption d'une loi spécifique consacrée à la lutte contre les violences numériques fondées sur le genre. Il préconise également la création d'une plateforme nationale unifiée permettant aux victimes de signaler rapidement les abus et d'obtenir orientation, assistance et protection.

L'ATEC plaide aussi pour la mise en place de procédures accélérées destinées à supprimer les contenus numériques portant atteinte à la dignité ou à la vie privée des victimes. Elle appelle au renforcement de la protection des données personnelles et à l'amélioration des mécanismes de recours judiciaire. Parmi les propositions figure également la création d'unités spécialisées au sein des services chargés de l'application de la loi, afin d'assurer un traitement efficace des infractions commises dans l'espace numérique.

Prévention et accompagnement psychologique

Le document insiste longuement sur l'importance de la prévention. En ce sens, l'ATEC recommande l'intégration de l'éducation numérique et de la sécurité en ligne dans les politiques éducatives et les programmes de formation. Elle appelle également à développer des stratégies nationales de lutte contre les discours de haine et les contenus discriminatoires fondés sur le genre diffusés sur les réseaux sociaux.

L'accompagnement psychologique des victimes constitue un autre axe majeur des recommandations. L'association estime que les conséquences du cyberharcèlement et des violences numériques sur la santé mentale demeurent largement sous-estimées. Elle demande ainsi le développement de services spécialisés d'écoute, de soutien et de prise en charge psychologique accessibles à toutes les victimes.

Enfin, l'ATEC souligne la nécessité de renforcer la recherche scientifique sur ce phénomène émergent et de produire des données statistiques fiables permettant d'évaluer son ampleur afin de mieux orienter les politiques publiques.

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