La transformation des modèles éducatifs à l'ère numérique et la nécessité de replacer l'humain au coeur des mutations liées à l'intelligence artificielle ont été au centre d'une conférence internationale ouverte, jeudi à Fès, sous le thème de »La neuroéducation et l'intelligence artificielle dans la construction d'une société du savoir à l'ère numérique ».
Organisée par la faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mehraz, relevant de l'Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès, en partenariat avec la faculté des Sciences Humaines et Sociales de l'Université Al Akhawayn d'Ifrane, cette rencontre scientifique réunit des chercheurs, enseignants et experts marocains et internationaux sur les mutations induites par les neurosciences, la digitalisation et l'intelligence artificielle dans les domaines de l'éducation, de la formation et de la recherche.
Les travaux de ce congrès, qui se poursuit jusqu'au 13 courant, s'articulent autour de plusieurs axes liés notamment à la mémoire, aux mécanismes d'apprentissage, aux dimensions éthiques de l'usage de l'intelligence artificielle dans les systèmes éducatifs, à la modélisation qualitative ainsi qu'aux approches linguistiques et cliniques appliquées aux apprentissages, avec la participation d'experts marocains et internationaux et l'organisation d'ateliers pratiques consacrés, entre autres, aux neurosciences cognitives, aux méthodologies de recherche et à l'enseignement des langues assisté par l'intelligence artificielle.
Le doyen de la faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mehraz, Mohamed Moubtassime, a indiqué, à cet effet, que cette conférence internationale intervient dans un contexte marqué par l'accélération des innovations technologiques, la généralisation des environnements numériques et l'émergence de nouvelles formes d'intelligence artificielle appelées à transformer en profondeur les modes d'apprentissage, de travail et de production des connaissances.
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Il a souligné que les universités sont aujourd'hui appelées à jouer un rôle central dans l'accompagnement de ces mutations, en préparant les générations futures à comprendre ces transformations, à les maîtriser et à en faire des leviers de progrès social et économique, tout en préservant les valeurs fondamentales, les repères culturels et la place de l'humain au sein des processus éducatifs.
M. Moubtassime a relevé que la réflexion engagée repose sur la convergence entre la neuroéducation, qui permet de mieux comprendre les mécanismes cognitifs liés à l'acquisition des connaissances, et l'intelligence artificielle, dont le potentiel est considérable en matière d'éducation personnalisée, d'évaluation des apprentissages, d'analyse prédictive et d'aide à la décision, tout en soulevant des enjeux majeurs liés à l'éthique, à la gouvernance des données, à l'équité d'accès et à l'adaptation des offres de formation aux besoins du marché du travail et de la société du savoir.
De son côté, la doyenne de la faculté des Sciences Humaines et Sociales de l'Université Al Akhawayn d'Ifrane, Asmae Abass, a souligné que la réflexion autour de la neuroéducation et de l'intelligence artificielle intervient dans un moment qui appelle les universitaires, chercheurs, enseignants et étudiants à penser collectivement les mutations en cours, en dépassant une lecture strictement technique ou défensive de l'IA pour interroger les cadres historiques, sociaux, linguistiques et pédagogiques qui façonnent aujourd'hui l'éducation.
Elle a relevé que les sciences humaines et sociales ont un rôle essentiel à jouer dans cette réflexion, en rappelant que l'intelligence artificielle ne doit pas être appréhendée uniquement comme un outil à adopter ou à rejeter, mais comme un phénomène lié à des dynamiques économiques, géopolitiques, culturelles et linguistiques plus larges, qui posent des questions fondamentales sur la confiance dans la classe, l'intégrité académique, la relation enseignant-étudiant, la place des langues et les formes d'intelligence prises en compte dans les modèles numériques.
Mme Abass a également insisté sur la nécessité de préserver une approche globale de l'étudiant, considéré dans toutes ses dimensions intellectuelles, sensibles, sociales et culturelles, estimant que la neuroéducation permet précisément de replacer l'humain au centre de l'acte éducatif, tout en appelant à des espaces interdisciplinaires capables de préparer les jeunes non seulement à s'adapter aux métiers de demain, mais aussi à contribuer à les inventer.
Mostapha Bouanani, professeur à l'Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès, a, pour sa part, indiqué que cette conférence internationale vise à dynamiser l'activité de recherche et à approfondir les études interdisciplinaires autour de la neuroéducation et de l'intelligence artificielle, deux champs appelés à renouveler les modèles éducatifs classiques à travers une meilleure compréhension des mécanismes cognitifs du cerveau humain et l'exploitation des potentialités offertes par les technologies numériques.
Il a souligné que cette convergence entre neurosciences, éducation, digitalisation et intelligence artificielle place la communauté académique devant une responsabilité scientifique majeure, celle de reformuler les paradigmes d'apprentissage, de développer le capital cognitif et d'explorer de nouvelles perspectives pédagogiques capables d'améliorer la qualité de la formation, tout en contribuant à l'édification d'une société du savoir numérique, intégrée et équilibrée aux niveaux régional et international.