Ile Maurice: Crise de l'eau - Les fuites aussi en cause, selon un expert

Situation critique. Mare-aux-Vacoas, le plus grand réservoir du pays, affiche un taux de remplissage alarmant de 45 %, et le taux global des sept principaux réservoirs s'établit à 65,4 % au 5 juin, contre plus de 84 % à la même période l'année dernière.

Pour Dev Gujjalu, ancien ingénieur en chef de la Central Water Authority (CWA) et expert en hydrologie, cette crise est avant tout structurelle : vétusté des infrastructures et pertes importantes dues aux fuites sur le réseau. Selon lui, sans une prise en charge sérieuse de ces fuites, la situation risque de perdurer malgré les annonces de réforme. «Je sais que les autorités ont évoqué un Master Plan, un document qui, bien qu'attrayant sur papier, ne semble pas apporter de solutions concrètes aux fuites d'eau. Si le plan est bon en théorie, sa mise en oeuvre pourrait prendre des années, laissant les citoyens sans accès fiable à l'eau pendant cette période.»

L'expert insiste sur la nécessité de disposer de données précises sur la consommation et les pertes par réservoir afin de mieux cibler les interventions. «Il faut comprendre l'ampleur réelle des fuites pour prioriser les travaux», affirme-t-il, tout en questionnant la pertinence de certains projets d'envergure menés sans analyse approfondie des besoins réels. Il prend Singapour comme exemple où l'eau est traitée comme une ressource stratégique : «Là-bas, la moindre fuite est traitée en urgence. Ici, l'eau de pluie est disponible, mais cela ne veut pas dire qu'on peut la gaspiller.» Il plaide pour une planification plus rigoureuse et une exécution plus rapide des projets.

Dev Gujjalu estime par ailleurs que le Pipe Replacement Programme, financé par une ligne de crédit de Rs 2,9 milliards du gouvernement indien, doit être exécuté de manière ciblée : les remplacements doivent concerner en priorité les conduites les plus endommagées, responsables des pertes les plus importantes, afin d'éviter que des décisions politiques n'orientent les travaux au détriment des besoins techniques réels.

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Des restrictions entreront en vigueur dès la semaine prochaine : réductions de pression et coupures par rotation dans plusieurs régions, notamment Rivière-Noire, Beau-Bassin- Rose-Hill, Quatre-Bornes, Moka, Saint-Pierre, Vacoas et Curepipe. À la CWA, on reconnaît une situation «particulière», surtout dans les Plaines-Wilhems, habituellement moins touchées.

«Normalement, les coupures concernent plutôt le Nord ou l'Ouest, mais pas cette région», indique-t-on. Le calendrier précis n'est pas encore finalisé, mais un communiqué détaillé sera bientôt publié. Les autorités appellent les consommateurs à une utilisation responsable de l'eau. Cette situation s'inscrit dans un contexte mondial de stress hydrique croissant : selon les Nations unies, d'ici 2030, la demande en eau douce pourrait dépasser l'offre de 40 %.

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