Un nouveau décès en détention vient relancer le débat sur les conditions carcérales à Maurice et sur la prévention du suicide en milieu pénitentiaire. Dans la soirée du mardi 9 juin, Nitiyanand Autobur, 23 ans, habitant Bambous, a été retrouvé mort dans sa cellule à la prison de Beau-Bassin.
Selon le rapport de police, le jeune homme était incarcéré depuis le 8 juin sur décision de la Cour de district de Bambous dans le cadre d'une affaire d'infraction à la Domestic Violence Act. Le document précise qu'il avait obtenu la liberté sous caution, mais qu'il n'avait pas été en mesure de fournir la somme exigée. Il avait alors été reconduit en cellule.
Le lendemain, vers 21 h 50, des officiers pénitentiaires ont découvert le détenu inanimé dans une cellule du Block A de la prison de Beau-Bassin. Une autopsie a été programmée afin de déterminer les causes exactes du décès.
Le décès de Nitiyanand Autobur survient dans un contexte préoccupant. Depuis 2023, plusieurs décès ont été rapportés à la prison centrale de Beau-Bassin.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Six précédents depuis 2023
En juin 2023, Jiten Fattingah, 30 ans, accusé du meurtre de son épouse, avait été retrouvé mort dans sa cellule. En mars 2024, Sameer Jugurnauth, 49ans, détenu à la New Wing, retrouvé grièvement blessé dans sa cellule, n'avait pas survécu.
Placé en détention préventive dans une affaire de possession d'objet volé, il avait obtenu la liberté provisoire, mais n'avait pas les moyens de s'acquitter de sa caution. L'affaire avait été traitée comme un meurtre présumé par les enquêteurs.
Le 8 septembre 2024, John Mick Martingale, 32 ans, incarcéré dans le cadre d'une affaire de trafic de drogue, avait été retrouvé mort dans sa cellule à la prison centrale de Beau-Bassin. Si la première autopsie avait conclu à une asphyxie par pendaison, les circonstances de son décès continuent de faire l'objet d'une enquête judiciaire ordonnée par le Directeur des poursuites publiques. Le 1eᣴ décembre 2024, un détenu de 28 ans avait également été retrouvé mort dans sa cellule. L'autopsie avait attribué son décès à une asphyxie due à une pendaison.
L'année 2026 a, elle aussi, été marquée par plusieurs décès en détention. Le 1eᣴ mai, Jeff Axel Perrine, 27 ans avait été retrouvé sans vie dans sa cellule, à quelques semaines seulement de sa libération. Bien que l'autopsie ait conclu à une mort naturelle, sa famille a réclamé une enquête approfondie afin de faire la lumière sur les circonstances entourant son décès.
Quelques jours plus tard, le détenu Dyan Sawmy, 32 ans, est décédé après avoir été transporté d'urgence à l'hôpital. Son décès a donné lieu à des investigations policières.
«Reprofilage de chaque détenu»
Face à cette succession de drames, le président de la National Human Rights Commission (NHRC), Me Satyajit Boolell, SC, plaide pour une refonte profonde du système carcéral. «Nous devons faire un reprofilage de chaque détenu. Il y a des détenus qui sont plus vulnérables aux suicides. Le système carcéral doit réencadrer ces détenus», affirme-t-il.
L'ancien Directeur des poursuites publiques estime également que les infrastructures pénitentiaires ne sont plus adaptées. «Les cellules sont très vieilles, et le peu d'aménagements qu'elles possèdent peuvent malheureusement faciliter les suicides», souligne-t-il, ajoutant que «les ressources des prisons, que ce soit sur le plan médical ou humain, sont très limitées et méritent d'être revues.»
Le président de la NHRC rappelle que la commission avait mené une enquête après les incidents survenus à la prison de Melrose. «Nous avons formulé plusieurs recommandations, mais jusqu'à présent, je n'ai constaté aucun signe de mise en pratique», regrette-t-il.
Me Boolell estime qu'un forum réunissant les différents intervenants du système judiciaire et carcéral est devenu indispensable. Évoquant le cas de Nitiyanand Autobur, il pose une question fondamentale : «Est-ce que la liberté d'une personne dépend de ses moyens financiers ? Selon cette logique, des personnes restent en prison parce qu'elles sont pauvres. Pourquoi ne pas envisager des travaux communautaires dans certains cas ?»
Dans son dernier rapport annuel, la NHRC avait pourtant formulé plusieurs pistes de réforme visant à améliorer la prise en charge des détenus et à réduire les risques au sein des établissements pénitentiaires.
Parmi les principales recommandations figurent le développement d'une approche davantage centrée sur la réhabilitation et l'accompagnement individualisé des détenus ; l'amélioration des ressources humaines et des capacités institutionnelles des services concernés; la mise en place d'une concertation permanente entre les différents acteurs du système pénal ; la réduction du recours à l'incarcération lorsque des alternatives sont possibles.
Sollicités pour une réaction, le responsable de la communication du Mauritius Prison Service et le commissaire des prisons n'avaient pas répondu à nos demandes au moment de mettre sous presse.