Afrique: La défaite des Bafana Bafana, miroir d'un malaise panafricain

Le match entre les Bafana Bafana et le Mexique à l'Estadio Azteca a été riche en rebondissements
13 Juin 2026

Jeudi soir, au stade Azteca, l'Afrique du Sud a entamé son Mondial par une défaite sans appel, 2-0 face au pays hôte. Une rencontre à sens unique, marquée par trois cartons rouges et une équipe sud-africaine réduite à neuf joueurs dès le début du second acte. Sur le plan strictement sportif, la presse spécialisée a été unanime : les Bafana Bafana ont offert une opposition famélique à des Mexicains qui n'ont eu besoin que d'une mi-temps pour plier l'affaire. Mais c'est en dehors du rectangle vert que cette défaite a pris une tournure inattendue.

Quand le continent prend fait et cause pour l'adversaire

Dès le coup de sifflet final, les réseaux sociaux africains se sont enflammés, non pas de déception, mais de jubilation. Des internautes de plusieurs pays ont publié des vidéos moqueuses, raillant l'élimination prématurée et la déroute tactique de la sélection sud-africaine. D'autres ont carrément affiché les couleurs du Mexique, célébrant la victoire d'El Tri comme s'il s'agissait de leur propre équipe.

Parmi les voix les plus en vue, l'activiste panafricaniste Nathalie Yamb a résumé l'état d'esprit ambiant avec un message sans détour, saluant la victoire mexicaine et y voyant une forme de réponse symbolique à l'hostilité dont seraient victimes les ressortissants africains en Afrique du Sud.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Ce phénomène n'est ni isolé ni spontané. Selon l'agence panafricaine APAnews, le retour des Bafana Bafana sur la scène mondiale intervenait déjà dans un climat extrêmement tendu : depuis plusieurs mois, l'Afrique du Sud fait face à une vague de critiques continentales liée à la recrudescence des violences xénophobes visant des étrangers, notamment des ressortissants ouest-africains. Dans plusieurs pays, des supporters reconnaissaient eux-mêmes, avant même le match, avoir du mal à soutenir une sélection dont le pays multiplie les signaux d'hostilité envers leurs compatriotes.

Une xénophobie aux racines anciennes, mais à l'écho renouvelé

Le malaise n'est pas nouveau. Depuis les émeutes meurtrières de 2008, qui avaient fait plus de soixante morts et provoqué le déplacement de près de cent mille personnes, l'Afrique du Sud connaît des poussées récurrentes de violences à l'encontre des étrangers. Si la majorité des migrants présents dans le pays viennent d'Afrique australe, les flux venus d'Afrique de l'Ouest et de la Corne de l'Afrique se sont diversifiés ces dernières années, rendant ces communautés plus visibles, et donc plus exposées.

Des mouvements comme Opération Dudula, dont le nom signifie « repousser » en zoulou, organisent des opérations de contrôle informelles dans les quartiers populaires et devant les hôpitaux publics, ciblant directement les étrangers. Pour leurs détracteurs, ces actions normalisent un discours que certains qualifient désormais d'« afrophobie », une hostilité spécifiquement dirigée contre d'autres Africains.

Face à la pression diplomatique, le président Cyril Ramaphosa a tenté en mai de rassurer ses homologues du continent, assurant qu'« il n'y a pas de place en Afrique du Sud pour la xénophobie » et attribuant les violences à des « opportunistes ». Des propos qui n'ont visiblement pas suffi à apaiser un ressentiment devenu, pour beaucoup, structurel.

Le sport, caisse de résonance d'un débat identitaire

Ce que révèle cet épisode dépasse largement le résultat d'un match d'ouverture. Il met en lumière la fragilité du discours d'unité africaine dès qu'il est confronté à des actes jugés contraires à la solidarité continentale. Pour une partie de l'opinion, célébrer la défaite d'un pays africain au Mondial, un événement censé porter les couleurs de tout un continent, devient un acte politique légitime, une manière de dire que la solidarité ne peut être à sens unique.

D'autres, en revanche, pourraient y voir une réaction disproportionnée, qui ternit l'image du football africain sur la scène internationale au moment où plusieurs sélections du continent espèrent justement s'y illustrer.

Reste une certitude : à travers ce moment de viralité, les réseaux sociaux ont une fois de plus démontré leur capacité à transformer un fait sportif en débat de société, agrégeant en quelques heures des prises de position venues de tout le continent, et rappelant que, pour de nombreux Africains, la question de la xénophobie sud-africaine reste une plaie ouverte que même le football ne suffit plus à recouvrir.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.