Afrique de l'Ouest: Sahel - Les mercenaires sont-ils efficaces contre le terrorisme ?

analyse

Face aux immenses défis du combat contre l'hydre terroriste au Sahel, des États ainsi que leurs alliés engagent des mercenaires. Supposés plus aguerris et plus expérimentés, ils sont sensés épauler les armées nationales et leurs supplétifs. Toutefois à l'épreuve, leurs résultats sont plus nuancés, tandis que leurs coûts respectifs se font sentir sur les budgets des pays recruteurs. Leur impact sur les forces de défense et de sécurité (FDS) est également sujet à controverse. Ce recours méritera-t-il un réexamen, lucide et rationnel, après les attaques dont le Mali a été l'objet le 28 mai 2026 ?

Qu'est-ce qu'un mercenaire ? il peut être défini, entre autres, comme celui qui va en territoire étranger pour s'impliquer dans une guerre, mais qui n'est pas partie au conflit. Il vient monnayer ses talents, il est payé pour ça, pour participer à ces opérations. C'est un genre de soldat rémunéré par un gouvernement étranger. En général, il bénéficie d'un traitement nettement supérieur à celui d'un soldat de l'armée régulière. Également, il cumule ces caractéristiques :

- une certaine méconnaissance du terrain et de l'environnement ;

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- une ignorance de la langue locale, d'où des difficultés importantes à communiquer avec le gros des soldats réguliers ;

- des défis d'adaptation à l'alimentation ;

- une mauvaise perception car, il combat pour l'argent et le butin plus que par amour pour un pays, qui n'est pas sa patrie ;

- une certaine réticence à accepter le commandement des militaires des pays recruteurs.

De son côté, le mercenaire pointe aussi ses servitudes : entre autres, apprendre à gérer son stress, apprendre à manipuler puis à tirer des armes différentes, connaître différentes techniques de combat, apprendre à sécuriser des sites. À noter que le mot mercenaire est si connoté qu'il n'est pas d'usage automatique. Lui sont substitués les expressions et mots suivants, tels : Forces étrangères, supplétifs, instructeurs, para militaires ... Cette pudeur et cette prudence linguistiques se justifient par des raisons politiques, diplomatiques, juridiques et dans la diversité du métier.

Bilan du déploiement de Sadat

La Russie a son Africa Corps comme la Turquie possède son Sadat. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), a affirmé, en mai 2024, que Sadat avait déployé au Niger mille cent (1 100) mercenaires syriens, formés en Turquie, en septembre 2023. Cette société de para militaires a formé les membres de la garde rapprochée du général Assimi Goïta, président de la Transition malienne.

Par ailleurs, la BBC, a signalé, le 15 juillet 2024, que certains combattants syriens de Sadat au Niger se sont retrouvés sous commandement russe afin de combattre les groupes armés terroristes au lieu appelé "les trois frontières", celles du Burkina Faso, du Mali et du Niger, dans la région de Tillabéry. L'OSDH donne des précisions : " Au Niger, les mercenaires syriens sont censés tenir des mines, des installations pétrolières ou des bases militaires. Mais ils se retrouvent alors impliqués pendant des combats auprès les noyaux djihadistes.

Neuf de ces combattants syriens sont morts actuellement. " iv L'offensive lancée le 4 avril 2019, par le Maréchal Khalifa Haftar, chef de l'Armée nationale libyenne, pour conquérir Tripoli, semble avoir donné cette idée de déploiement de mercenaires à la Turquie. Début 2020, Sadat avait déjà envoyé cinq mille (5 000) mercenaires syriens pour prévenir cet assaut. Ils ont réussi dans leur tâche, puisque le maréchal n'a pu prendre la Tripoli. Au Niger, les mercenaires de Sadat ont été déployés dans la région où les attaques, jamais, n'ont cessé.

Un exemple : le 16 septembre 2025, vingt-deux villageois ont été massacrés, lors d'une cérémonie de baptême. Pire, le 21 mars de la même année, jusqu'à quarante-quatre civils ont été tués, alors qu'ils se trouvaient dans une mosquée pour la grande prière du vendredi. En revanche, lors des attaques tous azimuts, perpétrés par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GISM ou JNIM) et du Front de libération de l'Azawad (FLA), contre le Mali, le 25 avril dernier, on suppose que le général Assimi Goïta a été exfiltré de la ville garnison de Kati par les éléments de Sadat. Contrat honoré donc.

Africa Corps à l'oeuvre

Africa Corps, une entreprise d'offres de services de sécurité, placée directement sous le contrôle du ministère de la Défense russe, compte entre 2000 et 2500 " instructeurs russes" au Mali (1). Ils s'y trouvaient depuis fin 2021, sous l'appellation de Wagner, nom abandonné le 23 novembre 2023. Le 25 avril 2026, quand le JNIM, affilié à Al-Qaida, et le FLA, ont lancé des offensives simultanées sur Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao, Bourem et Kidal, les FAMA et leurs alliés russes ont été débordés.

Le summum des attaques a été l'assassinat du ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, dans le quartier-garnison de Kati, qui abrite les résidences des principaux responsables politiques maliens. À Kidal, symbole de la reconquête du pays, les combattants russes durent négocier leur évacuation avec les assaillants vers Tessalit, laissant sur place leurs armes. Les équipements abandonnés sont impressionnants :

- une station complète de contrôle, de pilotage et de guidage de drones Bayraktar TB2, système de fabrication turque utilisé par l'armée malienne ; une récupération technologique sensible par les groupes armés ;

- plusieurs véhicules blindés de transport de troupes, dont un BTR-82A russe, un véhicule blindé VP11 chinois de type MRAP ainsi qu'un monstre blindé russe, Tornado-U ;

- des stocks de munitions, des armes légères, des missiles air-sol S-8, des canons antiaériens ZPU-2 et du matériel logistique.

À ce jour, le bilan final de ces attaques reste inconnu.

2 500 Russes à la place de 17 430 agents de la MINUSMA

En comparaison des supposés 2 500 combattants russes, la MINUSMA alignait, au moment de son départ, février 2023, jusqu'à 17 430 agents, dont 11 739 militaires, 504 officiers d'état-major, 1 601 policiers, 3 384 civils et 202 volontaires. À la date du 13 juin 2013, elle avait perdu 192 membres dans des combats contre les terroristes.

Son budget, pour la période comprise entre le 1er juillet 2022 et le 30 juin 2023, se chiffrait à 1 262 069 dollars US. Et pourtant, cette force n'avait pas pu venir à bout de ce phénomène. On mesure la profondeur de la foi mise dans Africa Corps par les autorités maliennes. En janvier 2023, le général français, Didier Castres, ancien responsable des opérations Serval et Barkhane au Mali, affichait son scepticisme : la société russe ne pourra réussir dans une entreprise dans laquelle la France a échoué avec des milliers d'hommes, soit 5 100 exactement. Le porte-parole du Kremlin a refusé de dire si Africa Corps serait en mesure de maitriser la situation ainsi créée par les événements du 28 avril. Il a, cependant, mis en exergue le fait que leurs para militaires avaient réussi à empêcher le JNIM et le FLA de perpétrer un coup d'État.

Au quotidien, sur le terrain, les combattants d'Africa Corps et les FAMA forment des unités conjointes, composées d'une cinquantaine d'hommes de chaque composante. Nuance : les premiers disposent de leur propre armement, de moyens d'interception de communications et de drones d'observation. Afin de rester relativement discrets, ils se déplacent, généralement, à bord de lourds blindés de marque Typhoon ou d'autres véhicules de même type appartenant aux FAMA. Ils procèdent à des patrouilles de repérage, en étant, parfois, dotés d'appui aérien, tels des hélicoptères ou encore de petits avions. Au sol, ils traquent les membres présumés des groupes terroristes.

Le coût de leurs prestations

Début mars 2023, le Mali déboursait neuf millions d'euros par mois, soit dix milliards de FCFA, au profit d'Africa Corps. Somme évoquée, pour la première fois, en 2021, par Reuters. Le montant a été ultérieurement confirmé par celui qui était alors responsable du Commandement des États-Unis pour l'Afrique (AFRICOM, basé en Allemagne).

Les soldes versés aux combattants vont de 7 000 à 9 000 euros, soit entre 4 584 881et 5 894 847 CFA par mois. De quoi faire pâlir de jalousie leurs collègues maliens. Ce différentiel peut ne pas faciliter la collaboration entre Russes et Maliens sur le terrain. Les rebelles maliens du Cadre stratégique permanent (CSP) affirment avoir tué 84 éléments d'Africa Corps et 48 soldats maliens, lors des combats de Tinzawatène, à la frontière avec l'Algérie, du 24 au 27 juillet 2024xiii.

Infine à l'aune du bilan, mercenaires et pays recruteurs pourraient procéder à des ajustements, afin de mieux coller à leurs attentes respectives.

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