Au cours des dernières décennies, le football a évolué en une véritable industrie économique qui va au-delà de la simple compétition sportive. En effet, le secteur de la formation s'est imposé comme l'un des principaux moteurs de la génération de revenus dans le football, en particulier européen. Le dernier rapport de l'Observatoire du football du CIES chiffre cette tendance : seuls cinq clubs ont dépassé les 400 millions d'euros de recettes issues de la vente de joueurs formés dans leurs centres de formation.
Selon le journal Mundo Deportivo, paru en avril 2026, les expériences de grands clubs européens, tels que Benfica (soit 589 millions d'euros grâce aux transferts de joueurs issus du centre de formation) et l'Ajax d'Amsterdam (soit 454 millions d'euros), ont démontré que la formation peut devenir une source majeure de revenus financiers et un levier majeur de stabilité sportive et économique. Ainsi, la capacité à repérer, suivre, former et transférer les talents est désormais l'un des principaux indicateurs de réussite des systèmes footballistiques modernes.
Dans ce contexte, le Maroc, grâce à la vision clairvoyante de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a fait du développement du football national un chantier stratégique depuis le colloque national de Skhirat en 2008, a établi les bases d'une réforme globale du système footballistique marocain. Cette vision stratégique s'est concrétisée par la création de l'Académie Mohammed VI de football en 2009, qui est devenue un modèle de référence dans le domaine de la formation sportive, grâce à l'adoption d'une approche intégrée alliant encadrement technique, formation académique et préparation des joueurs selon les normes du professionnalisme moderne. Elle est devenue par la suite un «véritable laboratoire de talents et un catalyseur» des succès historiques du football marocain.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
En quelques années, cette académie et ce modèle ont prouvé leur efficacité en tant que véritable pépinière du football marocain, puisqu'ils ont contribué à la formation d'un certain nombre de joueurs qui se sont illustrés lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, parmi lesquels Nayef Aguerd, Youssef En-Nesyri et Azzedine Ounahi. Il est également important de noter les performances impressionnantes de ce «vivier de talents», puisque 22 de ses anciens élèves évoluent actuellement dans des championnats européens, tandis que 32 autres jouent dans le championnat professionnel marocain. Ce succès reflète l'importance d'investir dans le capital humain sportif, pilier essentiel de la construction d'un système footballistique solide et capable de rivaliser au niveau international.
Toutefois, cette évolution ne masque pas la persistance d'une série de défis structurels, notamment au sein des clubs nationaux, qui ont historiquement constitué de véritables viviers de talents. Des clubs de longue date tels que le Raja Club Athletic (RCA), le Wydad Athletic Club (WAC) de Casablanca, l'Association Sportive des Forces Armées Royales (AS FAR), Fath Union Sport (FUS) et le Maghreb de Tétouan (MAT) ont toujours été reconnus pour leur rôle prépondérant dans la formation des joueurs, mais ce rôle a connu un déclin relatif ces dernières années en raison d'un recours croissant aux transferts de joueurs déjà formés, au détriment des investissements dans les catégories de jeunes et les centres de formation.
Sur le plan économique, cette réalité impose de passer d'une logique de dépenses de consommation à une logique d'investissement productif. En effet, les clubs devront transformer leurs centres de formation en unités opérationnelles clés, générant ainsi des flux de trésorerie récurrents en tirant parti des revenus liés aux transferts de joueurs et en réduisant leur dépendance vis-à-vis des dépenses liées aux transferts externes.
Par ailleurs, l'ouverture aux expériences internationales réussies constitue un levier important pour le développement de la formation footballistique au Maroc, grâce à la mise en place de partenariats stratégiques avec les académies et les clubs internationaux de premier plan. Ces partenariats permettent en effet le transfert d'expertise, le développement de méthodes de travail et l'ouverture de nouvelles perspectives pour les talents marocains, qui peuvent ainsi évoluer dans des environnements professionnels de pointe, ce qui renforce leur valeur technique et commerciale. Les expériences de grands clubs européens, tels que l'Ajax d'Amsterdam et Benfica, ont démontré que la formation peut devenir une source majeure de revenus financiers et un levier de stabilité sportive et économique.
Le succès de l'Académie dépendra aussi d'une régionalisation avancée, en mobilisant tous les acteurs concernés pour faire de cette institution une référence aux niveaux africain et international. La régionalisation avancée, pourra être aussi un mécanisme essentiel pour renforcer l'équité territoriale dans le domaine de la formation sportive, grâce à la création d'académies régionales qui répondent aux spécificités de chaque région et offrent des chances égales de découvrir et de perfectionner les talents. Cette orientation devrait contribuer à réduire les disparités territoriales, à élargir la base des pratiquants et à stimuler une dynamique économique locale liée aux infrastructures sportives et aux services connexes.
Le Maroc d'aujourd'hui dispose de tous les atouts nécessaires pour construire un modèle sportif et économique performant, fondé sur la production et la valorisation des talents. Toutefois, la concrétisation de cette ambition passe par la poursuite des investissements dans la formation, le renforcement du rôle des clubs, la consolidation des partenariats internationaux et la mise en œuvre des principes d'une régionalisation avancée dans le domaine sportif. En effet, l'avenir du football marocain ne se mesurera pas seulement au nombre de titres et de succès, mais aussi à sa capacité à transformer les talents en une richesse économique durable au service à la fois du sport et du développement.
Chercheur en économie et investissement dans le sport