Congo-Kinshasa: Un mois après le début de l'épidémie d'Ebola, à Bunia les décès s'enchaînent

Il y a tout juste un mois, le 15 mai, la RDC déclarait la dix-septième épidémie d'Ebola de son histoire. Depuis, le virus progresse à toute vitesse, et c'est en Ituri que tout se joue : la province concentre à elle seule 95 % des cas enregistrés selon MSF. À Bunia, la capitale régionale, impossible d'obtenir un bilan précis sur le nombre de cas suspects ou infectés, mais les décès s'enchaînent.

Au cimetière de Nyamurongo, c'est un va-et-vient permanent. Un corbillard arrive pendant qu'une ambulance repart. Elle vient de laisser le cercueil d'un chercheur d'or. Un homme de 50 ans.

Ses proches viennent de le mettre en terre. Son frère raconte que tout est allé très vite. L'orpailleur est entré au Centre de traitement Ebola, le CTE, et est décédé le lendemain. « Nous l'avons amené le jeudi au CTE parce que l'on avait vu qu'il présentait certains signes. Et le vendredi aux alentours de 16h, il avait rendu l'âme ».

À l'hôpital, personne n'a pu poser un diagnostic ferme parce que les résultats des tests ne sont pas arrivés. Mais ce n'est pas le premier de la famille à mourir comme ça, en quelques jours. « Nous avons enterré notre beau-fils il y a de cela une semaine, alors peut-être que c'est comme cela qu'il a été infecté, on ne sait pas ».

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Un peu plus bas, des jeunes hommes creusent, encore, de nouvelles tombes. Autour d'eux, la terre est partout retournée, fraîchement recouverte. Janvier Sambabocu, le représentant adjoint de ce cimetière, le plus grand de Bunia semble dépassé, tant les enterrements se succèdent. « Par jour, c'est six, sept... presque dix corps qui arrivent. Avant, c'était trois, quatre », témoigne-t-il.

Les autorités affichent le chiffre de 782 cas confirmés d'Ebola. Selon MSF dans un communiqué, « personne ne connait l'ampleur de l'épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule. »

La fermeture des frontières entraîne des mouvements de population non contrôlés Alors que vingt-neuf zones de santé sont touchées dans trois provinces de la RDC, le virus progresse le long des frontières et des axes de déplacement. L'Ouganda a fermé ses postes frontières officiels avec la RDC. Mais selon l'Organisation internationale pour les migrations, cette fermeture a déplacé les mouvements vers des voies non contrôlées. Le lac Albert en est l'illustration.

Dès le 20 mai, une note d'alerte est émise depuis le point d'entrée ougandais de Ntoronko. Des Congolais qui vivent en Ouganda reviennent assister à des deuils en RDC, au bord du lac Albert. Les deuils sont l'un des principaux vecteurs de transmission de cette épidémie.

Le 6 juin, le point d'entrée lacustre de Mahagi-Port, côté congolais sur ce même lac, est fermé par les équipes de riposte. Trois jours plus tard, le 9 juin, Tchomia est touchée. C'est une localité riveraine du lac Albert, à soixante kilomètres de Bunia, point de passage pour le commerce et la pêche entre les deux pays.

L'Organisation internationale pour les migrations documente ce que la fermeture des frontières officielles ougandaises produit : les mouvements ne s'arrêtent pas. Ils se déplacent vers des voies irrégulières, non contrôlées. Le lac Albert, axe de commerce et de pêche entre les deux pays, est précisément ce type de voie.

Côté congolais, au 10 juin, 17 points de contrôle sur 35 planifiés sont activés. Moins de la moitié. Les points qui fonctionnent trouvent des corps. Le même jour, deux nouvelles zones sont touchées au Nord-Kivu : Masereka et Vuhovi, dans le territoire de Lubero, au sud de Butembo. Ce sont des zones qui regardent vers le Rwanda et le Burundi, que l'OMS a classées en priorité 1b pour la préparation à l'épidémie.

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