Afrique: Pr Yoporeka Somet dévoile les trésors de l'Egypte ancienne au teere teraanga - « Notre langue mère éclaire le continent d'aujourd'hui »

Dans l'écrin du Teere Teraanga, le professeur Yoporeka Somet, philosophe, égyptologue et enseignant à la Dedan kimathi University of Technology(Kenya), a tenu, le samedi 13 juin 2026 une conférence autour de son ouvrage : « L'Égyptien ancien par les textes. » Devant un public composé d'étudiants, de chercheurs et de simples passionnés d'histoire africaine, le chercheur a offert une plongée inédite dans la civilisation pharaonique, non comme un vestige lointain, mais comme une source vive pour l'Afrique contemporaine.

Présentant son livre, le Pr Somet explique qu'il s'agit d'une sélection de textes originaux couvrant des disciplines variées : cosmogonie, philosophie, droit, mathématiques, littérature et même récits merveilleux. « J'ai voulu montrer que la culture égyptienne ancienne traite de problèmes qui sont encore les nôtres aujourd'hui », a-t-il déclaré. L'ouvrage fait suite à un manuel d'initiation à la langue égyptienne pharaonique (Cours d'initiation à la langue égyptienne pharaonique), conçu pour permettre à tout apprenant, en 22 leçons, de lire et comprendre les hiéroglyphes.

« Personne n'a jamais entendu le son de cette langue, admet-il. Mais grâce aux éléments de grammaire et de vocabulaire que j'ai rassemblés, chacun peut se l'approprier et accéder directement aux textes anciens. » Cette transmission est au coeur de son engagement : offrir aux jeunes Africains et non-Africains les clés d'une civilisation que Cheikh Anta Diop appelait « la mère de la plupart des civilisations ».

Un parcours personnel au service de la renaissance africaine

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L'histoire personnelle du professeur Somet illustre cette quête. Né en Côte d'Ivoire, de parents burkinabè et d'ascendance ghanéenne, il retrace ses racines jusqu'au pourtour du lac Tchad. Mais c'est à Dakar, en 1996, lors d'un colloque commémorant le dixième anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop, que sa vocation a basculé.

« Devant une ostèle portant des hiéroglyphes, dans le laboratoire de Cheikh Anta à l'Institut Fondamental D'Afrique Noire (IFAN), un camarade a su lire quelques mots. Moi, j'étais déjà docteur en philosophie, mais je restais muet devant cette écriture africaine. Comme ma mère, analphabète, qui m'avait envoyé à l'école pour être ses "yeux et ses oreilles". » Cette révélation le pousse à s'inscrire à l'institut d'égyptologie de Strasbourg. « Sans Cheikh Anta Diop, je n'aurais jamais appris cette langue. »

Des textes vivants : cosmogonie, magie, justice et merveilleux

L'auteur a illustré son propos par plusieurs extraits saisissants. Il a notamment raconté l'histoire du magicien Guédet qui, pour permettre au roi de naviguer vers une naissance annoncée, fait monter de deux mètres les eaux d'un canal asséché. Autre récit : celui d'un sage capable de couper puis réajuster la tête d'un animal sans lui ôter la vie, ou encore d'un magicien séparant les eaux d'un lac pour récupérer un bijou perdu.

« Ces textes ne sont pas seulement des mythes, précise-t-il. Ils révèlent une conception du savoir : maîtriser la parole et l'écriture confère un pouvoir qui rapproche l'homme des dieux. » Il a également évoqué des documents judiciaires (l'affaire Eria, jugée en 1194 av. J.-C.) et des problèmes mathématiques du papyrus Rhind, prouvant l'organisation avancée de la société pharaonique.

Interrogé sur l'appropriation par la jeunesse, le Pr Somet a salué l'existence de l'association Kepera, qui propose des cours en ligne, mais il a plaidé pour une démarche plus structurelle : « Il faudrait que l'égyptien ancien soit intégré dans le système éducatif. Nous sommes prêts à lancer des projets pilotes, dans une école, une ville, puis à étendre l'expérience. » Il regrette qu'il n'existe encore aucune femme égyptologue africaine issue du continent - « un chantier à ouvrir », a-t-il lancé.

L'héritage de Cheikh Anta Diop et l'école d'Obenga

Tout au long de la conférence, le chercheur a rendu hommage au professeur Théophile Obenga, dont il se considère comme un disciple. « C'est lui qui m'a éveillé à l'Égypte ancienne. Un jour, à Ouagadougou, il a lu un texte égyptien intitulé Comment l'existant vient à l'existence. Certains disaient que cela ressemblait à du Aristote ou du Heidegger. Et Obenga a conclu : ce texte a été écrit par un Africain, dans une langue africaine, sur le continent africain. Cela a répondu à notre question : nous avons commencé, et les autres ont poursuivi. ».

Le Pr Somet a invité chacun à « venir à l'école de l'Égypte ancienne, non par nostalgie, mais pour y puiser des ressources pour nos défis contemporains ».

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