La Coupe du monde débute dans un contexte que peu auraient imaginé il y a une décennie. La guerre en Ukraine se poursuit. Le Moyen-Orient demeure en flammes.
Les tensions entre les États-Unis, la Chine et plusieurs puissances régionales redessinent l'ordre mondial. Les organisations internationales semblent paralysées. Le Conseil de sécurité de l'ONU apparaît plus souvent comme un théâtre de blocages que comme un instrument de résolution des conflits. Et pourtant, 48 nations vont se retrouver sur un même terrain. On pourrait considérer cela comme une simple parenthèse sportive. Ce serait une erreur.
La plus grande Coupe du monde de l'histoire se déroule dans une Amérique traversée par ses propres contradictions. Les politiques migratoires de Donald Trump suscitent l'inquiétude. Des supporters iraniens ont du mal à rejoindre leur équipe. Certains officiels de Téhéran ont déjà été privés de visa. Les services d'immigration américains sont présents autour de la compétition. Même la guerre entre Israël et l'Iran plane sur l'événement.
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Tout cela rappelle une vérité souvent oubliée : le football n'échappe jamais à la politique. C'est précisément pour cette raison qu'il demeure important. Dans un monde fragmenté, il offre encore un espace où les peuples continuent à se rencontrer alors que leurs gouvernements cessent parfois de se parler.
L'ONU fut créée pour empêcher les guerres. Le football n'a jamais prétendu accomplir une telle mission. Pourtant, aujourd'hui, il réussit parfois ce que les institutions internationales peinent à réaliser : il maintient un minimum de lien entre des sociétés qui se regardent désormais avec méfiance.
Dans les semaines à venir, des supporters iraniens applaudiront peut-être aux côtés de supporters américains. Des Mexicains célébreront avec des Canadiens. Des Sénégalais, des Japonais, des Belges, des Marocains ou des Néo-Zélandais seront dans les mêmes métros, les mêmes files d'attente et partageront les mêmes émotions. Ce n'est pas anodin.
L'histoire montre que les grandes compétitions sportives servent souvent de thermomètre géopolitique. Les Jeux olympiques de Berlin en 1936, ceux de Moscou en 1980 ou de Pékin en 2008 racontaient autant l'état du monde que les performances des athlètes. Cette Coupe du monde raconte elle aussi quelque chose. Elle raconte l'émergence d'un monde multipolaire où les rivalités s'intensifient mais où les interdépendances demeurent. Elle raconte aussi le recul progressif des institutions multilatérales traditionnelles au profit d'autres formes de diplomatie : économique, culturelle, technologique... et sportive.
Certes, la FIFA n'est pas un modèle de vertu. Son histoire récente est jalonnée de scandales de corruption et son président semble parfois plus proche des chefs d'État que des idéaux du sport. La force du football ne réside pas dans ses dirigeants, mais dans les milliards de personnes qui continuent d'y croire.
Pendant un mois, les frontières existeront toujours. Les guerres continueront. Les sanctions resteront en vigueur. Les conflits diplomatiques ne disparaîtront pas. Mais dans les tribunes, un Marocain pourra célébrer un but marqué par un joueur évoluant dans un club espagnol sous les applaudissements d'un supporter australien. Et cette simple image rappellera quelque chose que la géopolitique contemporaine tend à oublier : les peuples sont souvent moins divisés que leurs dirigeants.
Dans un monde où l'ONU peine à imposer la paix, le football ne sauvera évidemment personne. Mais il nous rappellera peut-être pourquoi la paix mérite encore d'être recherchée.