Président de la Fédération française de football depuis 2023, Philippe Diallo aborde sa première Coupe du monde avec cette responsabilité. Ironie du tirage au sort, la phase de poules des Bleus débute face à son pays d'origine, le Sénégal. Il évoque les liens avec la terre de son paternel.
Quelle est votre histoire personnelle avec le Sénégal ?
Mon lien avec le Sénégal est familial puisque mon père est né au Sénégal, toute sa famille y vit entre Dakar et Saint-Louis. Il m'y a emmené lorsque j'étais tout jeune et j'ai eu l'occasion d'y retourner souvent. Dans la famille, nous avons un regard chaleureux, amical et étroit avec le Sénégal. Ça fait partie de notre vie.
Dans votre enfance, quelle coutume dominait entre celles bretonnes, pour votre côté maternel, et celles du Sénégal, terre de votre père ?
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J'ai vécu plutôt en Bretagne avec une maman auvergnate, donc ça marque évidemment ! Le Sénégal était dans la famille plus par l'aspect culinaire. C'était le thiéboudiène et tous les plats sénégalais que mon père nous a fait découvrir et qu'on adore tous.
Vous ne parliez pas wolof ?
Mon père parle wolof. Une partie de sa famille est là, donc quand ils échangeaient entre eux, ils parlaient wolof. Mais il ne m'a pas transmis la langue donc je ne le parle pas.
En tant que joueur, vous avez essayé de percer dans le football en passant par l'académie du FC Nantes. À l'époque, la question de représenter votre pays d'origine s'était-elle posée pour vous ?
Je n'en avais pas le statut parce que je suis né en France, de nationalité française, et il n'y avait pas de question de binationalité qui se posait. J'ai joué jusqu'au centre de formation au FC Nantes avec un statut qui était très clair de citoyen français.
En 2002, alors que vous étiez président de l'UNFP, le syndicat des clubs professionnels, comment avez-vous vécu le scénario du France-Sénégal du Mondial 2002 avec les Lions de la Teranga qui ont mangé le coq en Corée du Sud ?
Il y a toujours un oeil et un regard plein d'affection vis-à-vis du Sénégal. Une partie de ma famille au Sénégal célèbre la victoire parce que c'est un moment incroyable dans l'histoire du football sénégalais. Dans le même temps, moi je suis Français, je vis en France, j'ai fait ma vie en France et donc je suis le supporter de l'équipe de France. Il était prévu que je voyage en Asie une fois le premier tour franchi, au final je n'y ai jamais mis les pieds. Au Sénégal, cette date (du 31 mai) est devenue une date quasi historique avec une célébration extraordinaire. Pour la France, c'est un échec resté dans la mémoire collective.
À l'époque, Patrick Vieira, né à Dakar, portait le maillot de l'équipe de France. Mais à l'inverse, de nombreux joueurs formés en France ont effectué le chemin inverse pour représenter le pays de leurs parents. C'est le cas de Mamadou Sarr, dans le groupe des Lions de la Teranga pour le Mondial, ou plus récemment de l'ancien capitaine des Espoirs français Ayoub Bouaddi, désormais en sélection marocaine. Est-ce un échec pour la formation française ?
Cette question de la binationalité est assez complexe car elle mêle des éléments sportifs et d'autres de la vie personnelle, familiale des joueurs. Aujourd'hui, il y a une offensive plus marquée d'un certain nombre de pays du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne pour convaincre des joueurs de venir dans leur équipe nationale. C'est lié à la hausse du niveau des sélections africaines, plus susceptibles d'offrir des perspectives sportives.
Bouaddi ne pouvait pas figurer dans la liste de Didier Deschamps, mais il a la chance de participer à la Coupe du Monde cette année et le Maroc co-organisera l'édition suivante en 2030. Notre sélection est de très haut niveau et donc des joueurs peuvent s'interroger sur la perspective de devenir titulaire. Parfois, il y a aussi des incitations plus matérielles. Et puis, il y a des aspects plus affectifs liés au pays de naissance de leurs parents où ils n'ont jamais vécu mais qu'ils ont mythifié.
Ces choix de sélection se font de plus en plus jeunes. Envisagez-vous de mettre plus de moyens pour séduire les joueurs ?
Tout un travail de conviction est fait par les éducateurs dans les catégories U15, U16 jusqu'aux Espoirs pour acquérir un amour du maillot bleu et de la France. Aujourd'hui, c'est plus difficile. Notre travail de conviction doit être renforcé. On est en train de réfléchir avec la Direction technique nationale et les sélectionneurs pour éviter ces départs de jeunes.
Pourriez-vous être plus ferme en leur imposant des ultimatums comme le souhaite la Fédération belge ?
On n'en est pas là. Soyons objectifs, la France a bénéficié aussi, par le passé, du choix de joueurs qui ont rejoint les Bleus. Je regrette les départs de Mamadou Sarr, d'Ayoub Bouaddi... Je suis respectueux du choix des joueurs, mais nous n'avons pas de mesures contraignantes pour les bloquer.
Pour conclure sur une note sportive, qu'avez-vous ressenti le jour du tirage au sort qui a mis à nouveau face à face la France et le Sénégal ?
Je peux vous assurer que nous n'irons pas jouer avec de la suffisance. Quand j'ai vu le tirage au sort, je me suis dit que le premier match serait très difficile face à une des toutes meilleures équipes du continent africain. Avec 48 équipes, on n'a pas eu la chance légendaire qu'a habituellement Didier Deschamps. On a un lien très amical avec la Fédération sénégalaise. C'est un match qui s'aborde dans un climat positif entre deux nations très liées.