Dakar — A quelques heures de l'entrée en lice du Sénégal à la Coupe du monde 2026 face à la France, ce mardi à partir de 19h GMT, l'espoir et l'optimisme dominent chez de nombreux supporters sénégalais.
Au rond-point "Sahm", dans le quartier de la Médina à Dakar, plusieurs d'entre eux ont partagé leurs pronostics avec le reporter l'Agence de presse sénégalaise (APS), convaincus que les Lions peuvent recréer l'exploit de 2002, quand le Sénégal battait la France (1-0) en match d'ouverture de la Coupe du monde.
En perspective de cette affiche très attendue entre les champions d'Afrique et les vice-champions du monde, l'actualité sportive est largement dominée par ce duel du groupe I de la 23e édition de la Coupe du monde de la FIFA, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Sous un soleil de plomb, Dakar vit pourtant au rythme habituel de ses grandes artères. Sur l'avenue Cheikh Anta Diop, bus et "cars rapides" se frayent un chemin dans une circulation dense, leurs vrombissements accompagnant l'animation des commerçants installés le long des trottoirs.
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A quelques mètres du rond-point "Sahm", près du commissariat central de la Médina, à côté de l'église du quartier, un vieil homme vêtu d'un caftan blanc attire l'attention.
Bonnet vissé sur la tête, il feuillette un journal avec une concentration particulière. Salif Wade, 76 ans, brigadier-chef à la retraite et passionné de football, ne cache pas son optimisme.
"Personnellement, je suis convaincu que le Sénégal va battre la France [mercredi soir]", lance-t-il avec assurance.
Selon lui, les Lions possèdent les atouts nécessaires pour rivaliser avec les Bleus. "Il faudra simplement que les garçons jouent avec confiance. S'ils y croient, tout ira bien, s'il plaît à Allah", ajoute-t-il.
M. Wade, originaire de Kaolack, région du centre du Sénégal, estime que l'équipe nationale a les moyens de tenir tête à la sélection française. Pour étayer son propos, il évoque la victoire de la Côte d'Ivoire contre la France en match amical de préparation au mondial.
"Si les Ivoiriens ont réussi à le faire, pourquoi pas nous ? Le Sénégal a les qualités pour y parvenir", soutient l'ancien fonctionnaire, selon qui la clé du match réside dans le collectif.
"Il faut que les jeunes jouent ensemble, en équipe. Avec un bon collectif, ils pourront compenser les individualités françaises. Le football se joue aussi dans la tête. Ils doivent s'inspirer de la génération de 2002. 'Dem ba jeex tak' (Tout donner)", dit-il dans un sourire.
L'évocation de l'épopée de 2002 ravive aussitôt les souvenirs. "À l'époque, j'avais suivi les matchs à la Maison de la culture Douta Seck. J'étais à quatre ans de la retraite", se rappelle-t-il avec émotion.
Selon lui, ce lieu constituait alors l'un des principaux centres d'animation culturelle de la capitale. "Il n'y avait pas encore le Grand-Théâtre. La plupart des grandes manifestations culturelles se tenaient à Douta Seck", explique celui qui a effectué 36 années de service dans la police.
Le souvenir de la victoire historique contre la France, le 31 mai 2002, demeure intact dans sa mémoire. "Ce jour-là, c'était un véritable carnaval. Les gens criaient, dansaient, célébraient partout. Je me souviens même que le président Abdoulaye Wade avait déclaré que le Sénégal était déjà champion du monde puisqu'il avait battu le champion du monde", raconte-t-il en riant.
Du vétéran de 2002 à la jeune génération, même optimisme
Au fil de la discussion, la chaleur devient plus pesante. Des gouttes de sueur perlent sur son visage, tandis que la ville continue de dérouler son quotidien autour du rond-point Sahm. Quelques centaines de mètres plus loin, après la brigade de police de la Médina, le décor change légèrement.
Une imposante mosquée aux teintes beiges se dresse au milieu des habitations et des commerces, non loin de l'hôpital Abass Ndao. Malgré l'agitation de la circulation, une certaine quiétude semble envelopper les lieux.
A proximité, un arrêt de transport en commun ne désemplit pas. Les "cars rapides" bariolés, les bus Tata et les véhicules assurant la liaison vers Ouakam se succèdent dans un ballet incessant.
A 17 heures précises, la voix du muezzin s'élève au-dessus du brouhaha urbain pour l'appel à la prière de l'après-midi (takussan). Quelques fidèles ralentissent le pas avant de franchir le portail de la mosquée, tandis que d'autres poursuivent leur chemin.
A quelques mètres de là, un kiosque à journaux attire les regards. Les gazettes suspendues à l'aide de pinces occupent la devanture. Presque toutes les unes sont consacrées au choc Sénégal-France. Les visages des stars des deux sélections s'affichent en grand format, témoignant de l'immense attente qui entoure cette rencontre.
Derrière son comptoir encombré de journaux, Alassane Dia essuie régulièrement la sueur qui perle sur son front. Vêtu d'un tee-shirt rouge déjà marqué par la chaleur de l'après-midi, ce jeune originaire du Fouta, dans le nord du Sénégal, suit avec passion l'actualité sportive.
A l'évocation du match de ce mardi, son visage s'illumine aussitôt. "Je crois à une victoire du Sénégal. Les joueurs ont les qualités nécessaires pour faire un grand match", affirme-t-il avec conviction.
Même s'il reconnaît la valeur de l'équipe de France et la richesse de son effectif, il refuse de céder au pessimisme. "La France reste une très grande nation du football, mais dans une Coupe du monde, tout est possible. Si le Sénégal joue à son meilleur niveau, il peut obtenir un résultat positif", soutient-il.
Pour Alassane, cette confrontation dépasse le simple cadre sportif. "Ce match a une saveur particulière. C'est une affaire de générations. Beaucoup de Sénégalais n'ont pas oublié la victoire de 2002 contre la France", pense-t-il.
"Aujourd'hui, une nouvelle génération a l'occasion d'écrire sa propre histoire", ajoute-t-il sans perdre de vue les passants qui s'arrêtent pour consulter les journaux sportifs.
"Il faudra être très vigilant. Les joueurs devront fermer les espaces, rester compacts et surtout être solides au milieu de terrain. Si les Lions restent soudés du début à la fin, ils peuvent battre cette équipe de France", dit-il.
Selon lui, la bataille psychologique sera tout aussi importante que l'aspect tactique. "Le match se jouera beaucoup dans les têtes. Il faudra rester concentré du premier au dernier instant."
"La France possède des individualités remarquables. Des joueurs comme Michael Olisé ou Kylian Mbappé sont capables de faire la différence à tout moment. Dans les duels, notamment sur les côtés, nos latéraux devront être irréprochables", analyse-t-il. Son pronostic reste pourtant empreint d'optimisme et de confiance. "Le Sénégal, parie-t-il, va remporter ce match par 2 buts à 1".
A l'autre extrémité du rond-point "Sahm", une petite boutique d'optique fait face aux chantiers de construction d'immeubles qui soulèvent par moments un nuage de poussière.
Derrière une vitrine garnie de lunettes de toutes formes et de toutes couleurs, Katy Niang, étudiante en licence d'anglais à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), laisse transparaître une certaine timidité. Son regard oscille entre réserve et curiosité.
Son sourire discret et son allure soignée dégagent l'image d'une étudiante sérieuse, pleinement engagée dans son parcours universitaire, un sentiment renforcé par ses lunettes photochromiques aux verres légèrement teintés.
Dans cette petite boutique, les clients viennent aussi bien pour acheter des lunettes que pour se procurer des accessoires et des montres, ou bénéficier de services de réparation. Entre deux clients, Katy prête main forte à l'activité commerciale.
Lorsque la conversation s'oriente vers le match Sénégal-France de mardi soir, elle esquisse un sourire amusé, un peu réticente à l'idée de répondre aux questions d'un journaliste.
"Je ne suis pas vraiment le football, mais j'ai entendu parler de ce match depuis quelques jours", lâche-t-elle.
A mesure que les questions s'enchaînent, sa réserve du début s'estompe, mais elle décline poliment la prise de photo pour illustrer ces lignes, même si elle se montre plus détendue.
Si elle ne se considère pas comme une grande passionnée du ballon rond, son attachement aux Lions ne fait aucun doute. "On peut battre la France si nous jouons en collectif", affirme-t-elle avec un large sourire.
Interrogée sur son pronostic, Katy Niang n'hésite pas une seconde. "Le Sénégal va gagner trois buts à zéro", lance-t-elle dans un éclat de rire, avant de se retourner pour accueillir un client venu faire ajuster une paire de lunettes.
A quelques heures du coup d'envoi, dans les rues de la capitale sénégalaise, tout le monde semble se laisser gagner par l'enthousiasme et l'espoir d'un exploit sénégalais face aux Bleus.