Ouganda: Arrestation brutale du maire de Kampala en plein bras de fer juridique avec le chef de l'armée

17 Juin 2026

La répression contre les figures de l'opposition franchit un nouveau palier en Ouganda. Erias Lukwago, célèbre avocat et maire de la capitale Kampala, a été enlevé à son domicile par des forces militaires. Cette arrestation brutale est survenue au moment précis où l'élu s'apprêtait à lancer des poursuites judiciaires directes contre le général Muhoozi Kainerugaba, chef d'état-major de l'armée et fils du président Yoweri Museveni, qu'il accuse d'être impliqué dans la séquestration d'un autre opposant historique.

Le scénario de l'interpellation témoigne des méthodes expéditives employées par les services de sécurité ougandais. Aux premières lueurs du lundi 15 juin 2026, un commando de soldats a investi la résidence privée d'Erias Lukwago à Kampala. Selon le témoignage oculaire d'un membre de sa famille transmis à l'Agence France-Presse (AFP), les militaires ont escaladé l'enceinte de la propriété avant de neutraliser le maire et de le projeter de force à l'arrière d'un véhicule banalisé, refusant de notifier ses proches sur son lieu de détention.

Cette disparition forcée a immédiatement fait réagir sa formation politique, le Front populaire pour la liberté (PFF). Le parti a révélé que son haut dirigeant venait de finaliser des actes de procédure visant à citer formellement à comparaître le général Muhoozi Kainerugaba. En tant qu'avocat, Erias Lukwago assure la défense de Kizza Besigye, figure de proue de l'opposition ougandaise et éternel rival du président Museveni. D'après Africanews, Kizza Besigye est lui-même incarcéré par le régime après avoir été clandestinement enlevé par des agents ougandais sur le sol kényan en 2024. Lukwago entendait démontrer la responsabilité directe du commandement militaire dans ce transfert illégal.

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Si l'état-major de l'armée et la police nationale se murent dans un silence officiel, le chef de l'armée a quant à lui choisi les réseaux sociaux pour acter implicitement l'arrestation. Connu pour ses sorties numériques intempestives et agressives, le général Muhoozi Kainerugaba a publié une série de messages sans équivoque sur la plateforme X.

Bien qu'il n'ait pas textuellement cité le nom du maire de Kampala, le haut gradé s'est félicité d'avoir « capturé un imbécile et de l'avoir emmené au sous-sol ». Dans un second message au ton vindicatif, le fils du chef de l'État a fustigé l'audace de l'avocat :

« Il m'a assigné à comparaître ? Comment oses-tu prononcer ces mots. Cet idiot va en prendre une leçon », a-t-il écrit.

Ces déclarations virtuelles confirment la dimension purement politique de l'opération, le général Kainerugaba faisant régulièrement l'objet de graves accusations de la part des organisations des droits de l'homme pour son implication présumée dans des cas de détentions arbitraires et de tortures visant les détracteurs du régime de son père.

Cette nouvelle arrestation s'inscrit dans un contexte politique ultra-verrouillé à Kampala. Le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis l'année 1986, orchestre progressivement la montée en puissance de son fils au sein de l'appareil sécuritaire de l'État. La nomination de Muhoozi Kainerugaba au poste de chef des forces de défense est largement perçue par la société civile comme la préparation d'une transition dynastique.

En neutralisant Erias Lukwago, le pouvoir ougandais ne cherche pas seulement à étouffer une procédure judiciaire embarrassante sur l'enlèvement transfrontalier de Kizza Besigye. Cette mise hors d'état de nuire vise également à décapiter le Front populaire pour la liberté à l'approche des prochaines échéances électorales, confirmant l'impossibilité pour l'opposition d'utiliser les voies légales du droit pour contester les dérives du commandement militaire.

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