Ile Maurice: Renganaden Padayachy et Soodesh Callychurn arrêtés par la FCC

À quelques jours du Budget, la Financial Crimes Commission frappe au coeur de l'ancien pouvoir. Renganaden Padayachy et Soodesh Callychurn, figures de proue du MSM, ont été arrêtés et placés en détention, hier soir, dans l'affaire MMI, qui ébranle les fondements de la gouvernance.

Il y a environ 18 mois, ils incarnaient encore la puissance de l'État. Renganaden Padayachy tenait les cordons de la bourse nationale, tandis que Soodesh Callychurn supervisait le portefeuille du commerce dans le gouvernement de Pravind Jugnauth. Après environ huit heures d'interrogatoire, hier, ils se retrouvent en cellule, accusés provisoirement par la Financial Crimes Commission (FCC) d'avoir utilisé une fonction publique à des fins de gratification personnelle, en vertu de l'article 7 de la Prevention of Corruption Act (POCA). Ils comparaîtront au tribunal de Port-Louis aujourd'hui.

C'est désormais au sommet de l'ancien pouvoir que la FCC fixe son regard. L'attribution d'un contrat de cette envergure, sans appel d'offres, ne saurait en effet s'être opérée sans l'aval - implicite ou explicite - des décideurs politiques au plus haut niveau. Renganaden Padayachy est défendu par Me Raouf Gulbul, et Soodesh Callychurn, par Meᣵ Roshan Santokhee et Neelkanth Dulloo.

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C'est la première arrestation pour Soodesh Callychurn, alors que Renganaden Padayachy en est à sa troisième après deux interpellations en avril 2025. Soodesh Callychurn à sa sortie, déclare «pena nanye kont mwa» Me Dulloo souligne par ailleurs que de telles décisions ne relevaient pas de la seule autorité ministérielle, mais d'un processus d'approbation collective au niveau du Cabinet, impliquant également des personnels qualifiés des instances d'appel d'offres.

«C'est le conseil d'administration de la State Trading Corporation (STC), qui a agi dans l'intérêt du pays - pas le ministre», a-t-il fermement déclaré. Par ailleurs Renganaden Padayachy n'a fait aucun commentaire à sa sortie de la FCC.

Favoritisme

L'enquête porte sur des allégations selon lesquelles les deux hommes, en fonction en 2023, auraient participé à la décision d'attribuer le contrat d'approvisionnement en produits pétroliers à la société Maritime and Mercantile International (MMI), la favorisant ainsi indûment. Une analyse approfondie des téléphones des suspects, conduite par le laboratoire forensique de la FCC, aurait permis de faire significativement progresser l'enquête. L'audience d'aujourd'hui sera scrutée avec une attention particulière. Elle déterminera si les deux prévenus seront maintenus en détention dans l'attente de la suite de la procédure ou si une liberté sous caution leur sera accordée.

Tout commence en 2023, au coeur d'une période de tension sur les marchés énergétiques mondiaux. La STC, chargée de l'approvisionnement en hydrocarbures de l'île, doit renouveler son contrat de fourniture de carburants.

L'enjeu est considérable : il s'agit de sécuriser l'approvisionnement d'un pays entièrement dépendant des importations pétrolières, pour une enveloppe estimée à environ Rs 30 milliards. C'est dans ce contexte que le choix du prestataire aurait dû faire l'objet d'une procédure d'appel d'offres rigoureuse, transparente et concurrentielle, conformément aux règles élémentaires des commandes publiques.

Il n'en fut rien. Le contrat fut directement attribué à la société MMI, sans mise en concurrence préalable. Plus troublant encore : une compagnie nationale omanaise, qui avait pourtant soumis l'offre la plus basse, fut écartée du processus sans aucune explication officielle. Le montant précis finalement versé à MMI n'aura, quant à lui, jamais été communiqué - ni aux parlementaires, ni au grand public.

Des prix qui ne baissent pas

L'affaire aurait peut-être pu rester confinée dans les arcanes de l'administration mais un détail a alerté les observateurs les plus attentifs. En août 2023, la STC avait officiellement justifié le maintien de prix élevés à la pompe par la flambée du cours du pétrole, alors avoisinant les 90 dollars le baril. Or, dans les mois suivants, alors que les cours internationaux revenaient à des niveaux plus raisonnables, aucune répercussion ne fut observée à la pompe. Les Mauriciens continuèrent de payer leur carburant au prix fort, sans que les autorités daignent s'en expliquer.

Quand l'enquête avait débuté, un technicien de la STC, auditionné récemment par la FCC comme témoin, a dû fournir des éclaircissements sur le mécanisme de tarification interne utilisé par la corporation pour fixer les prix. Ses explications, à caractère essentiellement technique, constituent un élément central du dossier. Il a quitté les locaux de la FCC au Réduit Triangle, en fin d'après-midi, sans être mis en cause.

Au-delà de l'absence de mise en concurrence, ce sont les modalités de paiement qui retiennent désormais toute l'attention des enquêteurs. La FCC suspecte que le règlement à MMI aurait été effectué en dollars américains, en contradiction avec les engagements initiaux qui prévoyaient un paiement en roupies mauriciennes. Une telle conversion, si elle est avérée, aurait pu générer un surcoût substantiel pour les finances publiques, selon les fluctuations du taux de change. Plus inquiétant encore, des éléments de l'enquête laissent entendre que la MauBank aurait joué un rôle dans ce transfert de fonds, possiblement sous pression indirecte - une piste que la FCC explore avec la plus grande attention.

Dans le collimateur

La première à avoir subi le feu des enquêteurs est Kareena Neisius, directrice de MMI à Maurice. Le 9 avril, la FCC a procédé à une descente à son domicile, saisissant documents et matériel informatique, avant de la soumettre à près de huit heures d'interrogatoire. Son arrestation a marqué le coup d'envoi d'une série de mises en cause qui allait rapidement remonter la chaîne de responsabilité.

Rajendra Servansingh, ancien directeur général de la STC, a lui aussi été arrêté et fait l'objet d'une inculpation provisoire sous la POCA. Il lui est reproché d'avoir usé de sa position pour favoriser indûment la société MMI dans l'attribution du contrat.

Réaction

Pravind Jugnauth : «Sel sekter ki pe devlope dans sa pei-la se sekter persekision»

Interrogé sur l'arrestation de l'ancien ministre du Commerce, à la sortie de la réception pour célébrer la 32e Freedom Day d'Afrique du Sud, à Trianon hier soir, l'ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth a déclaré : «La nou pe selebre Freedom Day avek l'Afrik du Sud, get dan nou pei ki pe arive - persekision politik, pe aret bann mam lopozision sirtou. Be sa pe kontinie ek mo tann dir mo next on the list. Sakenn pe atann so tour. Si ena enn sel sekter ki pe develope dan sa pei-la, se sekter persekision, sa mem tou ki pe devlope, tou dimounn pe trouve. Be mo dir bonn san sa gouvernma-la.»

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