À J-2 de la présentation du Budget, les attentes sont particulièrement élevées du côté des petites et moyennes entreprises (PME), dans un contexte marqué par de nombreux défis économiques. En effet, ce secteur représente près de 40 % du produit intérieur brut (PIB) et emploie plus de la moitié de la population active à Maurice. Par ailleurs, il contribue fortement à la création d'emplois, au développement de la production locale, à l'innovation et au maintien de la cohésion sociale. Ainsi, les mesures qui seront annoncées dans le prochain exercice budgétaire seront scrutées de près par les acteurs du secteur, qui y voient une occasion de renforcer leur compétitivité et d'assurer leur pérennité.
La situation des petites et moyennes entreprises continue de se détériorer, avec des craintes croissantes de fermetures dans certains cas, selon la SME Chamber. Son président, Ajay Beedasee, explique que depuis 2025, de nombreuses entreprises ont déjà été contraintes de réduire leurs effectifs afin de faire face à la hausse des coûts de production et d'exploitation. Ainsi, cette stratégie est souvent utilisée comme solution de court terme afin d'alléger la pression financière.
De plus, il souligne que cette augmentation des coûts est aggravée par des facteurs externes, notamment les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui ont entraîné une hausse des coûts du fret et des importations. Combinée à d'autres contraintes économiques, cette situation place certaines entreprises dans une position critique où la poursuite des activités devient incertaine.
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Par ailleurs, le manque de commandes, notamment à l'exportation, accentue encore cette fragilité. De ce fait, face à l'accumulation des pressions économiques et à l'endettement croissant, plusieurs opérateurs s'interrogent sur leur capacité à maintenir leurs activités. «Beaucoup ont dû recourir au dégraissage depuis 2025. Comme les coûts ont augmenté, cela pèse lourd. Nous sommes obligés de réduire le nombre de travailleurs pour nous soulager. Si deux employés coûtent environ Rs 40 000, leur suppression permet un allègement du même montant», explique-t-il.
Il ajoute également que certaines entreprises se trouvent dans une situation particulièrement difficile, au point que la fermeture devient une option envisagée.
Aligner les mesures aux réalités
Par ailleurs, le président de la SME Chamber met aussi en avant la baisse des commandes, tant sur le marché local qu'à l'exportation, qui exerce une pression supplémentaire sur les entreprises. Selon lui, il est nécessaire de mieux encadrer les PME et d'alléger les charges qui freinent leur développement. En outre, il s'interroge sur la capacité des entreprises à poursuivre leurs activités dans un contexte de fort endettement. Dans ce cadre, il estime que les mesures prévues dans le Budget 2025-2026 ne répondent pas suffisamment aux réalités du terrain. Ainsi, les besoins spécifiques des PME restent, selon lui, sous-estimés, en l'absence de dispositifs concrets pour accompagner efficacement les entreprises.
Selon la SME Chamber, les petites et moyennes entreprises font face à de fortes pressions économiques liées notamment à la hausse des coûts du fret et de la logistique, à l'augmentation des charges salariales et des services publics, à la rareté des devises étrangères ainsi qu'à des taux d'intérêt élevés limitant l'accès au financement.
À cela s'ajoutent une concurrence jugée déloyale avec des produits importés à bas prix, ainsi qu'un ralentissement de la demande à l'export et de la consommation locale. De nombreuses PME restent par ailleurs fragilisées par un endettement important hérité de la période de la pandémie de Covid-19, ce qui complique leur capacité à maintenir leurs activités, leurs emplois et leur compétitivité. Face à cette situation, les PME placent leurs attentes dans le Budget de ce vendredi.
Dans le même temps, plusieurs dirigeants de PME, actifs dans différents secteurs tels que le textile, l'agroalimentaire et la production locale, expriment leurs inquiétudes face à l'avenir.
David, un jeune entrepreneur de 38 ans évoluant dans le secteur de l'alimentation, confie que chaque mois devient de plus en plus difficile. Il dit se demander s'il doit continuer comme entrepreneur ou redevenir salarié, car il ne réalise quasiment plus de profit. Il estime que les nouvelles mesures imposées compliquent davantage la situation et affirme qu'aujourd'hui, les chefs d'entreprise hésitent même à recruter ou à investir, sans savoir si la situation va s'améliorer ou empirer.
Un autre opérateur, spécialisé dans le textile, explique que les coûts de fret ont explosé. Même en augmentant leurs prix, les entreprises ne parviennent plus à absorber toutes les hausses et les marges ont quasiment disparu. Il ajoute que la concurrence est devenue très agressive et estime que sans un soutien concret, beaucoup d'entreprises risquent de fermer leurs portes.
Allègements attendus
Dans un premier temps, la SME Chamber s'attend à des mesures d'allègement financier adaptées à leurs réalités, notamment à travers une restructuration, un moratoire, voire un effacement partiel des prêts liés au soutien salarial accordé durant la période de Covid-19. En effet, ces facilités avaient avant tout pour objectif de préserver les emplois et d'assurer la continuité des activités pendant la crise sanitaire, et non de financer des investissements ou des projets d'expansion.
Aujourd'hui, de nombreuses entreprises continuent de peiner à se redresser dans un environnement économique difficile, marqué par une baisse de la demande locale et à l'exportation, la hausse des coûts du transport et de l'exploitation, l'augmentation des taux d'intérêt ainsi que des tensions persistantes sur la trésorerie. Dans ce contexte, la SME Chamber plaide pour une approche flexible, examinée au cas par cas, afin d'accompagner les entreprises réellement fragilisées par les effets post-pandémiques.
En outre, une attention particulière devrait être accordée aux petites structures réalisant un chiffre d'affaires inférieur à Rs 50 millions, qui restent les plus vulnérables et disposent de marges de manoeuvre très limitées pour accéder à de nouveaux financements. Ainsi, une telle mesure permettrait non seulement de soutenir leur survie, mais aussi de préserver les emplois, de limiter les risques de défaut de paiement et de favoriser une reprise progressive de l'activité économique.
Par ailleurs, la SME Chamber estime que les grandes entreprises ayant bénéficié de ces dispositifs tout en restant profitables pourraient être encouragées à rembourser progressivement les aides reçues. De ce fait, les fonds ainsi récupérés pourraient être réorientés vers le soutien aux PME, renforçant ainsi la relance et la résilience de l'économie.
Face à la hausse du taux directeur et à l'augmentation continue du coût du financement, la SME Chamber recommande également la mise en place d'un dispositif de soutien au fonds de roulement des entreprises, appuyé par l'État. Cela pourrait passer par des facilités de crédit garanties par le gouvernement ainsi que par des mécanismes d'assurance-crédit. Dans le même esprit, elle plaide pour l'introduction de taux d'intérêt préférentiels en faveur des PME auprès des banques commerciales.
Cette mesure ne devrait pas se limiter aux nouveaux emprunts, mais également s'appliquer aux prêts existants ainsi qu'aux découverts déjà en cours de remboursement. Une telle initiative permettrait d'alléger la pression financière sur les PME, d'améliorer leur trésorerie et de soutenir la continuité de leurs activités.
Sur le plan de la protection de la production locale, la SME Chamber estime que des mesures de concurrence plus équitables doivent être envisagées afin de protéger les fabricants mauriciens, notamment dans le secteur textile et de l'habillement. En effet, ce secteur, important pourvoyeur d'emplois et moteur de l'activité économique, subit une forte pression liée à l'arrivée massive de produits importés à bas coût et à certaines pratiques de dumping. Dans ce cadre, l'État pourrait envisager le rétablissement ou le renforcement de droits de douane et de taxes appropriées sur les vêtements importés.
Par ailleurs, l'introduction de mécanismes de quotas sur certains produits pourrait également être étudiée, en privilégiant l'approvisionnement local, à l'image de certaines pratiques appliquées dans d'autres pays comme l'Afrique du Sud. De plus, les fabricants locaux font aussi face à la concurrence des vêtements de seconde main ainsi qu'à la montée des ventes en ligne via des plateformes de live shopping, souvent peu encadrées. Il devient donc nécessaire de renforcer la régulation de ces canaux de distribution et d'améliorer le contrôle des importations afin de garantir une concurrence plus équitable.Dans le prolongement de ces mesures, la SME Chamber propose d'encourager davantage la production locale.
Ainsi, les grandes enseignes, les hôtels et les institutions devraient être incités à privilégier, lorsque cela est possible, les produits fabriqués à Maurice. Par ailleurs, certaines catégories de marchés publics pourraient être davantage ouvertes ou réservées aux PME afin de faciliter leur accès aux appels d'offres.
Pour répondre à la hausse importante des coûts de fret qui pèse lourdement sur la compétitivité, la SME Chamber propose la mise en place d'un soutien spécifique au transport et à la logistique, notamment à travers des subventions ciblées. Elle recommande également des mécanismes de remboursement partiel des frais de fret pour les entreprises importatrices de matières premières ou exportatrices, ainsi qu'un appui renforcé pour les PME tournées vers l'export.
Parallèlement, l'amélioration de la productivité doit passer par une meilleure intégration des outils numériques. Ainsi, la SME Chamber recommande un dispositif de cofinancement des investissements technologiques afin de soutenir l'acquisition de solutions digitales et de logiciels de gestion. Elle propose également un accompagnement des PME dans le développement de leur présence en ligne, ainsi que le renforcement des formations aux compétences numériques. Au niveau fiscal, plusieurs allègements sont jugés nécessaires : réduire certains frais bancaires et coûts de transaction, envisager des aides sur les factures d'électricité et d'eau pour les petites structures, et réviser les charges liées à la taxe routière.
«SME Market Hubs»
Concernant la main-d'oeuvre, les difficultés de recrutement et la hausse des coûts restent des défis majeurs. Ainsi, la SME Chamber recommande de simplifier les démarches liées aux permis de travail pour les travailleurs étrangers et d'alléger les procédures administratives associées. Elle plaide aussi pour un renforcement du soutien public en matière de congés maternité et paternité, ainsi qu'un investissement accru dans la formation du personnel.
Pour améliorer l'accès aux marchés, la SME Chamber propose la création de SME Market Hubs répartis à travers le pays. Elle encourage également une présence plus forte des PME sur les marchés africains, soutenue par des infrastructures de stockage et de distribution dans des zones stratégiques. De plus, la transition écologique des PME doit être accompagnée par des mesures concrètes, telles que des aides pour l'installation de systèmes solaires, un soutien à l'acquisition de véhicules électriques et des incitations pour améliorer l'efficacité énergétique.
Sur le plan de la gouvernance, une meilleure coordination entre les institutions en charge des PME est jugée essentielle. Ainsi, la SME Chamber plaide pour une participation plus active des représentants des PME dans les instances économiques nationales. Elle estime également que les marchés publics restent dominés par un nombre restreint d'opérateurs, ce qui soulève des questions d'équité.
En conséquence, elle recommande une rotation plus régulière des comités d'appel d'offres, un renforcement des mécanismes de transparence et une vigilance accrue face aux conflits d'intérêts. Elle appelle à élargir l'accès des PME aux marchés publics, avec des règles plus claires et une meilleure visibilité sur les critères d'attribution, afin de renforcer la concurrence et d'assurer une participation plus équilibrée des acteurs économiques.
De bonnes conditions plutôt que des aides
Au niveau du ministère de l'Industrie, des PME et des coopératives, le ministre Aadil Ameer Meea a rencontré la Small and Medium Enterprises Federation (SMEF) afin de leur permettre d'exposer leurs principales difficultés. Les représentants de la fédération ont évoqué les pénuries de main-d'oeuvre, des procédures administratives jugées «inadaptées» ainsi qu'une concurrence étrangère de plus en plus agressive.
La SMEF a précisé ne pas réclamer d'aides financières directes de l'État, mais plutôt un environnement plus propice au développement des PME locales. Parmi les principales préoccupations soulevées figure le recrutement de travailleurs étrangers. Selon la fédération, plusieurs secteurs peinent à maintenir leur capacité de production en raison d'un manque persistant de main-d'oeuvre locale. Elle estime également que les procédures liées aux permis de travail restent «longues et coûteuses», particulièrement pour les petites structures.
Les représentants des PME ont aussi plaidé pour une adaptation du cadre réglementaire. Selon eux, les mêmes exigences administratives ne devraient pas s'appliquer indistinctement aux grandes entreprises et aux petites structures, qui disposent de moyens humains et financiers plus limités. Par ailleurs, la question des importations a également occupé une place importante dans les discussions.
La SMEF dénonce une concurrence jugée «déloyale» de certains produits importés vendus à des prix inférieurs à ceux pratiqués par les producteurs locaux, soumis à des normes de qualité et de conformité plus strictes. Dans ce contexte, la fédération demande un renforcement des contrôles sur certaines importations afin de préserver la compétitivité des entreprises mauriciennes.
Le secteur des Genuine Mauritian Arts & Crafts a également été abordé. Ainsi, la SMEF souhaite une meilleure reconnaissance économique de cette activité liée au tourisme ainsi qu'une protection accrue de symboles associés à l'identité mauricienne, notamment le dodo, la carte de l'île ou le drapeau national.
Enfin, l'accès au financement figure parmi les principales préoccupations des PME, la fédération estimant que les conditions d'accès au crédit «demeurent difficiles».