Les chefs coutumiers proposent un arbre à palabres pour encadrer le débat sur la réforme constitutionnelle, une initiative qui suscite toutefois des doutes sur leur neutralité et leur crédibilité.
En République démocratique du Congo, alors que les polémiques se multiplient autour du projet de réforme constitutionnelle initié par le pouvoir en place, les autorités coutumières suggèrent la tenue d'un arbre à palabres, un espace de dialogue traditionnel qui pourrait aboutir à un consensus national, avant de procéder à la réforme.
Certains analystes soutiennent cette idée, car ils estiment que les autorités traditionnelles incarnent la sagesse. Mais d'autres expriment des doutes quant à l'indépendance des chefs coutumiers qui, traditionnellement, sont proches du pouvoir et ne seraient donc pas en mesure de conduire avec impartialité un pareil dialogue.
Les chefs coutumiers proposent une commission de dialogue
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Les autorités coutumières proposent la mise en place d'une commission qui offrirait un espace pour des discussions constructives. Ce qui pourrait permettre de régler les différends sur la question de la réforme de la Constitution.
« Que cette commission soit mise à la disposition de l'autorité coutumière qui a la responsabilité de la cohésion des populations, afin qu'elle, à son tour, puisse réunir les acteurs, tant politiques que civils, afin de réfléchir sur tous les éléments fondamentaux qui sont nécessaires. Traiter sans ambages tout ce qui préoccupe les soucis de nos populations, les soucis de la RDC », explique Mfumu Difima, président du Conseil supérieur de l'autorité traditionnelle et coutumière, le Conatc.
L'arbre à palabres, symbole de l'entente en Afrique
Pour le sociologue Willy Mbalanda, enseignant à l'Université de Kinshasa, l'arbre à palabres demeure l'outil de résolution des conflits par excellence en Afrique. Un espace de dialogue et donc d'entente.
Ce serait donc un appel à la sagesse dans le traitement de cette question de changement de Constitution, souligne-t-il.
« La Constitution est avant tout un élément de droit moderne. C'est plus l'autorité publique reconnue qui est l'acteur principal dans la protection de la Constitution» explique Willy Mbalanda tout en précisant que « les chefs coutumiers, dans cet espace, se présentent comme des conseillers à la sagesse. Ils ne sont pas là vraiment pour prendre des décisions, mais ils appellent à la sagesse, pour éviter ce que la société pourrait regretter. »
Une neutralité remise en cause
Le professeur Guy Aunda, enseignant de sociologie politique à l'Université de Kinshasa, rappelle que les autorités traditionnelles ont toujours joué un rôle important dans l'histoire politique de la RDC.
Toutefois, il regrette que celles-ci aient perdu leur neutralité. Guy Aunda doute donc de l'impartialité des chefs coutumiers dans undébat aussi crucialque la réforme constitutionnelle.
«Depuis un certain temps, sur le plan de la loi, ils ont une identité hybride. A la fois, ils sont coutumiers, mais aussi fonctionnaires de l'État. Le plus souvent, leur association a tendance à s'allier au pouvoir en place, à défendre les points de vue du pouvoir», explique t-il avant d'ajouter que «leur indépendance est très discutable pour un débat technique en rapport avec le changement de la Constitution.»
Les autorités coutumières ont toujours occupé une place de choix dans les cérémonies d'investiture des présidents de la RDC. Mais celles-ci se plaignent aussi d'avoir perdu certains de leurs droits et considérations du passé.