Entré dans l'histoire en arrachant le nul face au Portugal (1-1), l'attaquant de la RD Congo est revenu sur l'immense charge émotionnelle d'une soirée gravée à jamais. Pour lui, et pour tout un peuple.
Les yeux clos, un sourire immense, et le coeur qui menace de rompre la cage thoracique. Mercredi, sur la pelouse du Houston Stadium, Yoane Wissa n'a pas seulement chanté Debout Congolais. Il l'a vécu. Cinquante-deux ans que la République Démocratique du Congo attendait de faire résonner son hymne dans une phase finale de Coupe du Monde. Un demi-siècle d'exil médiatique balayé en quelques notes de musique.
« Ce que j'ai ressenti ? J'ai revu toute ma vie défiler », confie le héros du jour. « J'ai attendu ce moment pendant des décennies. Comme tout le pays. Je me suis revu tout petit, quand je rêvais d'être footballeur professionnel. Émotionnellement, c'est d'une puissance folle. »
Cette transe patriotique, l'attaquant de Newcastle l'a transposée sur le rectangle vert. À la retombée d'un centre, son coup de casque rageur est venu tromper le portier portugais pour arracher un nul historique (1-1). Le premier point des Léopards dans un Mondial, mais surtout le tout premier but de l'histoire de la sélection dans la compétition -- le Zaïre de 1974 ayant quitté l'Allemagne les valises pleines (3 défaites, 0 but marqué).
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Le coup de fil à la mama
Forcément, au coup de sifflet final, le poids de l'exploit a rapidement submergé le natif de Villeneuve-Saint-Georges, né en France mais bercé par la culture congolaise.
« Je n'arrive toujours pas à y croire », glisse-t-il, la voix encore nouée. « J'ai appelé ma mère après le match. Elle n'arrêtait pas de pleurer. Je sais que mon nom restera gravé. Ma mère représente tout pour moi, mon père aussi. Nous sommes trois frères, hyper soudés. Jouer pour la RD Congo, c'est honorer leur sacrifice. »
« Congo eloko ya makasi »
Pourtant, dans les travées textanes, la colonie congolaise ne boxait pas dans la même catégorie que la marée rouge et verte de la Seleção. Mais le football a ce don unique de renverser les dynamiques. Porté par le vent de la révolte, le public américain a d'abord entonné des "Let's go, Congo !", rapidement supplantés par le traditionnel "Congo eloko ya makasi" (le Congo est une force), scandé par les supporters. La suite ? Une explosion de joie pure sur l'égalisation de Wissa.
« La Coupe du Monde, c'est pour eux », martèle le buteur des Magpies. « Beaucoup de gens ne connaissent pas le Congo. On l'avait déjà senti lors du barrage au Mexique contre la Jamaïque : on dégage une sympathie. Je veux dire un immense merci aux supporters. Ils ont eu un impact immense sur notre performance. »
Prochain rendez-vous pour la RD Congo : mardi 23 juin à Guadalajara, face à la Colombie. Yoane Wissa rebranchera le courant, fermera les yeux, et chantera à pleins poumons. Avec, cette fois, les yeux du monde braqués sur lui.