Maroc: Marché du travail au pays - Le diagnostic poli mais sans appel des institutions financières internationales

Diplomatie et courtoisie semblent constituer l'une des règles tacites suivies par les principales institutions financières internationales chaque fois qu'elles rendent publiques leurs évaluations des progrès réalisés par un pays membre dans un domaine ou un secteur pour lequel elles ont été sollicitées.

S'agissant du Maroc, les observations et recommandations formulées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, pour ne citer que ces deux institutions de Bretton Woods, ont toujours été bien accueillies. Elles l'ont été notamment pour les réformes sur le marché du travail auxquelles elles apportent un soutien sous diverses formes.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ces derniers mois, ces deux organisations n'ont pas dérogé à cette approche concernant le travail réalisé par l'exécutif sur cette question.

Des réformes inachevées ou mal mises en oeuvre ?

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Si la création d'emplois durables reste une priorité urgente, comme le souligne le FMI, l'institution estime cependant qu'elle « requiert un secteur privé plus dynamique, des conditions de concurrence plus équitables entre entités publiques et privées ainsi que des réformes supplémentaires du marché du travail ».

L'insinuation ne fait guère de doute. En mars dernier, l'institution a laissé entendre, avec la précaution diplomatique habituelle, qu'il restait encore beaucoup à faire. En effet, son analyse de la situation suggère que le secteur privé devrait être davantage dynamique, que les conditions de concurrence entre entités publiques et privées ne sont pas encore assez équitables et que des réformes supplémentaires sont nécessaires pour booster véritablement le marché du travail.

Si la croissance du PIB réel s'est accélérée en 2025, avec un taux estimé à 4,9%, l'organisation constate que « le niveau élevé du chômage demeure en revanche un défi de taille ». Une manière subtile d'attirer l'attention du gouvernement sur une réalité : la croissance n'a pas encore pleinement produit les effets attendus sur l'emploi.

Directeur général adjoint du FMI, Kenji Okamura estime que «face à l'intensification des tensions géopolitiques et à l'incertitude mondiale, il est essentiel de maintenir des politiques macroéconomiques prudentes, de gérer avec rigueur les risques budgétaires et économiques, d'investir davantage dans le capital humain et de veiller à la mise en oeuvre résolue des réformes structurelles pour stimuler une croissance inclusive et la création d'emplois ».

Une tonalité particulièrement révélatrice

S'agissant justement de la création d'emplois, l'un des talons d'Achille du gouvernement, l'analyse du FMI suggère que les investissements dans le capital humain ne sont pas encore suffisants et que la mise en oeuvre des réformes structurelles devrait s'appliquer de manière stricte. Ce qui serait donc loin d'être le cas.

Quelques semaines plus tard, la Banque mondiale abondait à son tour dans le même sens en appelant à des réformes structurelles et des politiques ciblées, comme si rien n'avait été fait jusqu'alors dans ce sens.

« Le Maroc pourrait générer 1,7 million d'emplois de plus d'ici 2035 et augmenter son PIB réel de près de 20% au-dessus du niveau de référence, mais ce potentiel ne se concrétisera que si un programme de réformes ambitieux est mis en oeuvre », avait d'emblée lancé l'organisation dans un communiqué rendant publics son « Rapport sur la croissance et l'emploi au Maroc » et son « Diagnostic du secteur privé au Maroc ». Qu'insinue donc l'institution en insistant sur la mise en oeuvre d'un programme de réformes ambitieux ?

La création d'emplois reste insuffisante

Comme le FMI, la Banque mondiale considère que les avancées accomplies par l'économie marocaine ne se sont pas encore traduites par une création d'emplois à la hauteur des besoins, en particulier pour les femmes et les jeunes. Pour s'en convaincre, « Entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a progressé près de 2,5 fois plus vite que l'emploi ».

Dans son rapport sur la croissance et l'emploi, l'institution a insisté sur les contraintes structurelles tout en appelant à des réformes pour des marchés plus efficaces et plus compétitifs, des entreprises plus dynamiques, des investissements publics à plus fort impact et des marchés du travail plus inclusifs. Une autre critique à peine voilée qui laisse entendre qu'il y a encore du travail sur ces volets.

S'il estime que le pays a construit des bases solides, le directeur de division à la BIRD pour le Maghreb et Malte, Ahmadou Moustapha, affirme toutefois que le Royaume doit s'appuyer sur les recommandations du Rapport sur la croissance et l'emploi, pour « aller encore plus loin, créer des millions d'emplois, approfondir les investissements privés et créer de réelles opportunités pour les femmes et les jeunes ».

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