Arrêté à Strasbourg le 27 mai, le chanteur Longuè Longuè, auteur du tube « Ayo Africa », serait en cours d'expulsion vers le Cameroun où une note officielle du Délégué général à la Sûreté nationale ordonne son interpellation immédiate pour « outrage au chef de l'État ». La diaspora retient son souffle.
Il a chanté l'Afrique. Il a dénoncé le népotisme, le colonialisme, l'injustice. Il s'est fait le porte-voix des sans-voix. Et pour cela, il a payé. En 2019, des hommes en uniforme l'ont tabassé à Douala, lui ont frappé la plante des pieds avec une machette plate alors qu'il était menotté, en sous-vêtements, suppliant qu'on arrête. Une vidéo de cette torture a fait le tour du monde en octobre 2024. Aujourd'hui, Longuè Longuè de son vrai nom Simon Longkana Agno est de nouveau dans la tourmente.
Arrêté le 27 mai 2026 à Strasbourg, il est placé en rétention administrative au Centre de Rétention Administrative de Geispolsheim. Une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) pèse sur lui. Et ce jeudi 18 juin 2026, une vidéo tourne en boucle sur les réseaux sociaux : l'artiste, encadré par deux policiers français en civil, dans un terminal parisien. Destination probable ? Douala.
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À Yaoundé, l'attendent les services de sécurité du Délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguélé. Une note officielle a été diffusée : « Il y a lieu de rechercher sur toute l'étendue du territoire national le nommé Longkana Agno Simon alias Longuè Longuè... » pour « outrage au chef de l'État ». Le piège se referme.
Qui est Longuè Longuè ?
Né en 1973 à Douala, Simon Longkana Agno est une figure majeure de la musique camerounaise. Surnommé « le libérateur », il s'est fait connaître en 2001 avec son album « Ayo Africa » vendu à plus de 600 000 cassettes dans lequel il dénonçait le colonialisme et le népotisme des dirigeants africains. Sa musique, mélange de makossa traditionnel et de textes engagés, en a fait une icône de la contestation artistique au Cameroun. Mais aussi une cible.
2019 L'année de tous les cauchemars
Le 2 avril 2019, Longuè Longuè est arrêté au Sawa Hotel de Douala. Son crime ? Avoir publié une vidéo dans laquelle il affirmait que le président Paul Biya avait truqué l'élection de 2018. Il est emmené à la Semil, le quartier général de la sécurité militaire. Ce qui s'y passe dépasse l'entendement. Une vidéo, partagée par l'artiste lui-même en octobre 2024, le montre menotté dans le dos, assis au sol en sous-vêtements. Un homme lui frappe la plante des pieds avec une machette plate. Il supplie. Les coups continuent.
Longuè Longuè raconte à la BBC avoir reçu des menaces : « J'ai reçu des appels disant que si la vidéo était rendue publique, ils s'en prendraient à ma famille ». Le ministre délégué à la Défense, Joseph Beti Assomo, a ordonné une enquête. Le Centre pour les Droits de l'Homme et la Démocratie en Afrique (CHRDA) a réclamé une compensation. L'opposant Maurice Kamto a dénoncé une « barbarie d'État ». Mais aucune condamnation n'a suivi.
2026 L'arrestation à Strasbourg
Le 27 mai 2026, Longuè Longuè est convoqué par les autorités françaises à Strasbourg. Il est arrêté et placé au Centre de Rétention Administrative de Geispolsheim. La raison : une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) pour séjour irrégulier. Ses avocats tentent de bloquer la procédure en invoquant l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui interdit l'extradition vers un pays où la personne risque la torture. Ils rappellent la vidéo de 2019. Ils alertent sur les menaces qui pèsent sur l'artiste en cas de retour au Cameroun.
Le spectre de l'expulsion
Ce jeudi, la tension est à son comble. Une vidéo, partagée massivement, montre Longuè Longuè encadré par deux policiers français en civil dans un terminal parisien. À Yaoundé, le Cabinet du Délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguélé le policier le plus âgé du monde, âgé de 94 ans a diffusé une note officielle :
« Il y a lieu de rechercher sur toute l'étendue du territoire national le nommé LONGKANA AGNO SIMON alias Longuè Longuè... L'intéressé fait l'objet d'une procédure judiciaire en cours au Cabinet de Monsieur le Délégué Général à la Sûreté Nationale pour outrage au chef de l'État. » Des forces de sécurité auraient déjà été déployées pour l'arrêter immédiatement à son arrivée. Si l'avion a effectivement décollé, Longuè Longuè passera directement des mains de la police française à celles de la police camerounaise.
La diaspora retient son souffle
L'affaire est suivie avec angoisse par la diaspora camerounaise et les fans de l'artiste à travers le monde. « Pourquoi Longue Longue a peur de retourner au Cameroun ? », interroge Christian Ntimbane Bomo, président exécutif du parti Héritage. « La réponse coule de source. Il a peur d'être arrêté, torturé ou embastillé à cause de ses prises de position contre le régime ». Le sort de l'artiste dépend désormais de l'examen de son recours par les juridictions administratives françaises et de la décision d'un juge. Mais les images de son départ présumé circulent en boucle. L'ambiance décrite est celle d'un transfert tendu, sous haute surveillance.