À un an de la 82e Assemblée générale des Nations unies, qui devra poursuivre les discussions internationales sur les réparations liées à la traite transatlantique des esclaves, le Sénégal par la voix de son président Bassirou Diomaye Diakhar FAYE affiche son ambition de contribuer à une position africaine forte et concertée sur cette question historique. Enjeux
Cette orientation a été réaffirmée jeudi à Accra par le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, lors de la Conférence consultative de haut niveau consacrée aux prochaines étapes de la mise en oeuvre de la résolution 80/250 des Nations unies relative à la traite transatlantique des esclaves et aux réparations qui en découlent.
Réunissant chefs d'État, ministres, experts, universitaires et représentants d'organisations régionales et internationales, la rencontre ghanéenne constitue une étape préparatoire importante en vue des échéances diplomatiques à venir, notamment la prochaine Assemblée générale de l'ONU où les pays africains entendent faire entendre une voix plus unie sur les questions de mémoire, de reconnaissance historique et de justice réparatrice.
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Dans son intervention, le chef de l'État sénégalais Bassirou Diomaye Faye a salué l'adoption de la résolution onusienne, qu'il considère comme une avancée significative dans la reconnaissance internationale de l'un des plus grands drames de l'histoire de l'humanité. Pour Dakar, toutefois, cette reconnaissance ne saurait se limiter à une déclaration de principe.
«Cette résolution historique ne doit pas demeurer un symbole, mais ouvrir une nouvelle étape fondée sur la vérité, la mémoire, la justice et la responsabilité partagée », a déclaré Bassirou Diomaye Faye.
À travers cette prise de position, le Sénégal s'inscrit dans une dynamique africaine visant à préparer les débats qui se poursuivront au sein des Nations unies. L'objectif est de parvenir à une approche commune permettant au continent de défendre de manière coordonnée ses attentes concernant la reconnaissance des conséquences durables de l'esclavage et de la traite négrière transatlantique.
Justice historique plutôt que l'affrontement politique
Pour le président sénégalais, la question des réparations doit être abordée sous l'angle de la justice historique plutôt que de l'affrontement politique. Selon lui, il ne s'agit ni d'entretenir les divisions ni de rechercher une quelconque revanche, mais de contribuer à la construction d'un ordre international davantage fondé sur l'équité et la reconnaissance des responsabilités historiques.
«La justice réparatrice n'est pas une démarche tournée contre quiconque, mais une exigence morale et historique au service d'un ordre international plus juste, plus équilibré et plus humain », a-t-il affirmé.
Cette approche rejoint les réflexions en cours dans plusieurs capitales africaines et au sein d'organisations panafricaines qui plaident pour que les réparations soient envisagées dans une acception large. Au-delà de la dimension financière souvent mise en avant dans le débat public, de nombreux responsables africains défendent également des mesures liées à la préservation de la mémoire, à la restitution du patrimoine culturel, au renforcement des capacités de développement, à la transmission de l'histoire et à la reconnaissance officielle des préjudices subis par les peuples africains et leurs descendants.
Un rendez-vous diplomatique décisif
Dans cette perspective, la 82e Assemblée générale des Nations unies apparaît déjà comme un rendez-vous diplomatique majeur. Plusieurs États africains souhaitent y porter une démarche collective susceptible de transformer les avancées normatives obtenues ces dernières années en mécanismes concrets de reconnaissance et de réparation.
Le Sénégal entend prendre toute sa part dans cet effort de mobilisation. « Fidèle à sa tradition d'enracinement dans l'ouverture », le président Faye a réaffirmé la disponibilité de son pays à oeuvrer aux côtés des États africains, des diasporas et des partenaires internationaux engagés dans la promotion de la reconnaissance, de la réconciliation et de la dignité.
Organisée du 17 au 19 juin dans la capitale ghanéenne, la conférence d'Accra rassemble des délégations de plus de quatre-vingts pays. Les travaux visent notamment à dégager des convergences en vue des prochaines échéances multilatérales et à renforcer la coordination africaine sur une question qui s'impose progressivement comme l'un des grands dossiers mémoriels et diplomatiques du continent.
Pour de nombreux participants, l'enjeu dépasse désormais la seule reconnaissance d'un crime historique. Il s'agit aussi de bâtir une volonté commune africaine capable de porter, sur la scène internationale, une exigence de justice mémorielle considérée comme une condition essentielle d'une réconciliation durable avec l'histoire.