Face à une criminalité liée au narcotrafic jugée préoccupante, le gouvernement mauricien dévoile un train de mesures budgétaires destiné à renforcer ses unités antidrogue, moderniser le parc automobile de la police et créer une nouvelle agence de lutte contre le crime organisé. L'exercice budgétaire traduit cette inquiétude par des chiffres : Rs 14,2 milliards seront ainsi consacrées au maintien de l'ordre, un effort financier inédit par son ampleur.
Une flotte vieillissante remise à neuf
Les véhicules et équipements des forces de l'ordre ne répondent plus aux exigences opérationnelles actuelles. Pour y remédier, Rs 125 millions seront injectées dans la modernisation de la flotte automobile de la police, complétées par une enveloppe de Rs 531 millions pour l'achat de matériel technique. Une nouvelle structure, la National Crime Agency, verra le jour, dotée de Rs 200 millions, avec l'ambition de renforcer l'indépendance et l'efficacité de l'appareil policier.
L'ADSU, fer de lance contre les réseaux de trafiquants
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L'Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) concentre l'essentiel des attentions. Elle recevra Rs 436 millions pour poursuivre sa restructuration, engagée pour s'attaquer non plus seulement aux petits revendeurs de rue, mais aux flux financiers des réseaux criminels. Drones de surveillance, analyse financière, coopération renforcée avec la Mauritius Revenue Authority (MRA) et la Financial Crimes Commission : l'arsenal se veut autant technologique que répressif. Signe de la pénibilité reconnue de cette mission, la prime mensuelle de dangerosité des agents de l'ADSU passera de Rs 2 000 à Rs 5 000. Par ailleurs, Rs 85 millions équiperont le Forensic Science Laboratory, tandis que la MRA investira Rs 72,5 millions dans un bateau intercepteur rapide et un scanner de véhicules, pour renforcer une surveillance maritime jugée poreuse face aux trafiquants de la région.
Prévention et soin
Le gouvernement insiste sur une approche globale, articulée en trois temps : prévenir, démanteler, soigner. La National Agency for Drug Control bénéficiera de Rs 80 millions pour ses campagnes de sensibilisation et un système d'alerte précoce reliant hôpitaux et laboratoires. Une enveloppe transversale de Rs 50 millions sera répartie entre tous les ministères, désormais tenus d'intégrer la lutte antidrogue dans leurs politiques. Côté soins, une aile de l'ancien hôpital de Flacq sera reconvertie en centre de réhabilitation et une ligne d'assistance, disponible 24/7, devrait venir en aide aux personnes touchées par la dépendance et à leurs familles.
Satish Buljeeon, président de la Police Fighters Union l Disparités dans les «allowances» : Un traitement à deux vitesses
Le manque de considération accordé aux autres unités de la police, est déploré par le président du syndicat des policiers. Ceux-ci ne bénéficient que d'environ Rs 300 d'indemnité supplémentaire, alors qu'il aurait fallu, selon lui, un montant proche de celui accordé à l'ADSU, soit Rs 5 000. Il estime que le travail accompli par la DCIU et la CID et d'autres unités méritait une meilleure indemnité, au regard de l'ampleur de leurs missions. Satish Buljeeon se déclare néanmoins satisfait des moyens engagés dans la lutte contre la drogue. Il n'a, en revanche, pas évoqué la question du recrutement, alors que la force policière accuserait un déficit d'au moins 2 000 policiers, insuffisance qui continue de peser sur l'effectif des postes à travers le pays.