L'attaque spectaculaire menée le 18 juin contre l'aéroport international Diori Hamani de Niamey, revendiquée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), après celles coordonnées avec les séparatistes du FLA qui avaient frappé le 25 avril dernier des villes stratégiques du Mali, intervient dans un contexte régional particulièrement chargé de symboles. Quelques jours seulement après la signature de nouveaux accords énergétiques entre le Niger et l'Algérie, l'assaut relance une interrogation qui traverse désormais les capitales sahéliennes : quel rôle joue réellement Alger dans les recompositions géopolitiques en cours au Sahel ?
La question est d'autant plus sensible que le JNIM, affilié à Al-Qaïda, a démontré ces dernières années une capacité croissante à frapper les centres névralgiques des États sahéliens. De Bamako à Niamey, les attaques contre des infrastructures militaires, aéroportuaires ou stratégiques témoignent d'une montée en puissance opérationnelle qui défie les dispositifs sécuritaires nationaux et régionaux.
Pour certains responsables et observateurs proches de la Confédération des États du Sahel (AES), cette progression des groupes armés coïncide avec une série d'ambiguïtés attribuées à la diplomatie algérienne. Une lecture que rejette fermement Alger, mais qui nourrit néanmoins un débat géopolitique de plus en plus présent.
Le paradoxe algérien
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L'Algérie se trouve aujourd'hui dans une position singulière. D'un côté, elle demeure l'un des États africains ayant payé le plus lourd tribut au terrorisme islamiste au cours des trois dernières décennies. Son appareil sécuritaire s'est construit dans une lutte acharnée contre les groupes armés issus de la mouvance jihadiste.
De l'autre, Alger continue de défendre une approche privilégiant le dialogue politique, la médiation et les arrangements locaux plutôt qu'une réponse exclusivement militaire aux crises sahéliennes.
Cette doctrine, héritée de son expérience nationale et de son rôle historique dans les négociations régionales, est souvent perçue différemment selon les capitales. Là où Alger revendique une stratégie de stabilisation, Bamako y voit parfois une forme de complaisance envers certains acteurs armés.
Le réchauffement spectaculaire des relations entre Alger et Niamey illustre cette dynamique. Depuis plusieurs mois, les deux pays multiplient les initiatives communes. La relance des activités de Sonatrach au Niger, la réactivation du projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l'Algérie via le territoire nigérien, ainsi que les accords de coopération sécuritaire conclus en 2026 témoignent d'une convergence d'intérêts sans précédent.
Pour le Niger, confronté à la redéfinition de ses partenariats internationaux depuis 2023, l'Algérie représente à la fois une ouverture économique vers la Méditerranée et un partenaire sécuritaire expérimenté.
Du côté d'Alger, le Niger constitue désormais une pièce maîtresse de sa stratégie sahélienne, à la fois pour sécuriser sa frontière méridionale et préserver son influence dans une région où de nouveaux acteurs internationaux gagnent du terrain.
Bamako-Alger : de la médiation à la rupture
Le contraste avec les relations algéro-maliennes est saisissant. Longtemps présentée comme l'architecte des accords de paix de 2015, l'Algérie est aujourd'hui accusée par les autorités maliennes de transition d'entretenir des rapports ambigus avec certains mouvements armés et figures politiques hostiles à Bamako.
L'accueil de responsables du CSP-PSD après la reconquête de Kidal par les Forces armées maliennes, mais également la présence sur le territoire algérien de l'imam Mahmoud Dicko, ont été interprétés comme autant de signaux d'ingérence dans les affaires intérieures maliennes.
La destruction d'un drone malien par les forces algériennes près de Tinzaouatène en avril 2025 a ensuite transformé une crise diplomatique latente en véritable rupture stratégique. Depuis, les deux États se regardent avec une méfiance assumée.
Le procès du «double jeu»
C'est dans ce contexte que prospèrent les accusations de « double jeu ». Pour leurs promoteurs, l'Algérie chercherait à conserver son statut de puissance d'influence au Sahel en maintenant des canaux de communication avec des acteurs non étatiques que les gouvernements de l'AES considèrent comme des ennemis à neutraliser. Pour Alger, cette accusation relève d'une interprétation erronée de sa doctrine diplomatique. Les autorités algériennes rappellent régulièrement que les organisations affiliées à Al-Qaïda ou à l'État islamique constituent également une menace directe pour leur propre sécurité nationale.
Aucune preuve publique n'a jusqu'à présent établi un soutien institutionnel algérien au JNIM. Toutefois, la persistance de zones grises dans les espaces frontaliers et le maintien de certains réseaux d'influence hérités des processus de médiation continuent d'alimenter les suspicions. Au-delà de la question sécuritaire, la controverse révèle surtout une lutte d'influence plus profonde. L'Algérie défend une vision du Sahel fondée sur la médiation régionale, la gestion politique des conflits et l'interdépendance économique.
Les États de l'AES, eux, privilégient désormais une approche centrée sur la souveraineté intégrale, la réponse militaire et le rejet de toute forme de tutelle extérieure, y compris régionale. Derrière les tensions diplomatiques et les accusations réciproques se joue donc une confrontation entre deux conceptions de l'ordre sahélien.
Les attaques de Bamako et de Niamey rappellent que le JNIM demeure l'un des principaux bénéficiaires de ces fractures stratégiques. Car si les États du Sahel divergent sur les méthodes, tous se trouvent confrontés à une même réalité : l'insécurité progresse plus vite que les consensus régionaux censés l'endiguer.