Congo-Kinshasa: Est du pays - En Ituri, comment Ebola perturbe les soins des blessés de guerre

En RDC, le virus Ebola a de graves conséquences sur le système de santé déjà fragile. En Ituri, la province qui concentre 95% des cas selon les autorités congolaises, des milices d'autodéfense communautaire se livrent une guerre violente depuis de longues années. L'hôpital général de Fataki reçoit ainsi de nombreux blessés de guerre. Mais certains ne peuvent plus recevoir de soins appropriés.

Dans les deux salles de chirurgie, il y a un générateur qui tourne sans arrêt. Et puis, parmi les malades, il y a aussi cet homme de 45 ans, allongé : son bras douloureux est très gonflé. L'anesthésiste, Jean Claude Kato, explique qu'il faut changer ses pansements tous les deux jours. « On va l'amputer, on ne peut pas le transférer à Bunia, donc on attend le matériel pour le faire ici », explique-t-il.

À Bunia, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), la clinique Salama - celle dont Médecins sans frontières gère le plateau chirurgical et qui est située à 80 kilomètres - est entièrement fermée pour décontamination. On y a détecté des cas d'Ebola. Alors, les blessés de guerre, on les garde à Fataki.

« Des malades qui étaient alités, internés, ont jugé bon de quitter l'hôpital »

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Mais le docteur Dieudonné Mbussa, le médecin chef de l'hôpital, s'inquiète. Depuis qu'on y a confirmé des cas d'Ebola, les malades désertent les couloirs. « Même les malades qui étaient alités, internés, ont jugé bon de quitter l'hôpital, explique-t-il. Donc, à part les blessés et les malades graves qui sont encore là, on constate une diminution (du nombre de patients). Et maintenant, pour aller acheter des médicaments, surtout des antibiotiques, ça nous pose un problème, car notre ambulance ne fait presque plus de mouvements sur Bunia. Comme à Bunia ça chauffe avec l'épidémie, ça nous bloque un peu ».

C'est tout le système de santé qui pourrait se gripper sous la pression de l'épidémie. Le vrai risque, selon plusieurs soignants, c'est que la peur d'Ebola paralyse les soins ordinaires, et que les patients finissent par mourir, dans l'ombre, d'autres maladies.

La République démocratique du Congo a déclaré le 15 mai une épidémie d'Ebola, la 17e dans ce pays africain de plus de 100 millions d'habitants. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché l'alerte sanitaire internationale deux jours après.

L'est de la RDC, frontalière du Rwanda et au riche sous-sol, est par ailleurs miné par la présence de groupes armés et des conflits depuis plus de trois décennies.

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