Dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), il y a désormais plus de 1 000 cas et plus de 250 décès confirmés d'Ebola Bundibugyo. Tour d'horizon d'une épidémie qui, en cinq semaines, est devenue la plus importante connue pour cette souche du virus.
L'épidémie d'Ebola Bundibugyo qui touche l'Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu,dans l'est de la RDC, a franchi le week-end du 20-21 juin 2026 la barre des 1 000 cas confirmés. C'est déjà la plus grande épidémie jamais recensée pour cette souche du virus, identifiée pour la première fois en 2007.
Et sur le terrain, les défis se multiplient : transport des malades, contamination du personnel soignant, centres de traitement saturés.
Le ministre de la Santé, Roger Kamba, pointe en outre un autre problème : des malades qui arrivent souvent trop tard dans les structures de soins.
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L'équipe de la riposte affirme pourtant se préparer à une nouvelle hausse des cas, le pic de l'épidémie n'étant pas encore atteint.
Le financement, la sécurité autour des enterrements et une possible protection vaccinale croisée restent aussi au centre des préoccupations.
Un cap inédit pour une souche rare
Selon le dernier rapport de situation de l'Institut national de santé publique (INSP), daté du 20 juin 2026, 1 003 cas ont désormais été confirmés et 254 décès enregistrés, soit une létalité globale de 25,3%, répartis dans trois provinces : l'Ituri (916 cas), le Nord-Kivu (84 cas) et le Sud-Kivu (3 cas). L'Ituri concentre 91,3% des cas et 80,7% des décès de l'épidémie, qui touche désormais 34 zones de santé sur 104 dans le pays.
Ce chiffre ne prend tout son sens qu'au regard de l'histoire du virus en cause. Bundibugyo est une espèce distincte de la souche Zaïre, responsable de la grande majorité des 17 épidémies recensées en RDC depuis 1976. Avant celle-ci, Bundibugyo n'avait provoqué que deux flambées documentées : en Ouganda en 2007, avec 131 cas et 42 morts, et à Isiro, dans le nord-est de la RDC, en 2012, d'une ampleur plus restreinte.
Dans un rapport publié début juin, des chercheurs des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (US CDC) sont formels : l'épidémie actuelle est déjà la plus importante jamais recensée pour cette souche, par le nombre de cas comme par celui des décès.
Une létalité qui varie fortement selon les zones
Le virus Bundibugyo est généralement considéré comme moins létal, en moyenne, que la souche Zaïre, responsable de la grande épidémie d'Ebola, en Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016, qui avait causé plus de 11 000 morts. Mais les chiffres de cette épidémie ne confirment pas systématiquement cette idée. Selon l'Institut national de santé publique (INSP), la létalité atteint 41,4% à Mongbwalu en Ituri (91 décès pour 220 cas), contre 16,6% à Rwampara et 16,0% à Bunia. Et au Nord-Kivu, elle dépasse 57%, portée par les zones de Beni (70,6%), Katwa (60,7%) et Oicha (66,7%).
Cette disparité reflète, selon l'INSP, des défis persistants dans la prise en charge précoce et l'accès aux soins, plutôt qu'une différence de virulence du virus lui-même.
Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a lui-même pointé ce facteur. Les malades, explique-t-il, arrivent souvent tard, à ce qu'il appelle la « phase humide » de la maladie. Une prise en charge plus précoce, selon lui, permettrait de sauver davantage de vies. D'où l'urgence, ajoute-t-il, de résoudre les problèmes de transport et d'ambulances qui retardent l'accès aux soins.
Le transport des malades, un goulot d'étranglement
Le manque d'ambulances figure explicitement parmi les défis listés par l'INSP, avec un fossé estimé à 20 structures d'isolement.
Sur le terrain, des ambulances commandées sont arrivées en RDC mais restent bloquées par une longue file d'attente à la douane, selon l'institut.
En attendant leur acheminement, sept ambulances avaient été mobilisées à Bunia. Une ambulance et une jeep étaient par ailleurs arrivés dimanche dernier à Mongbwalu, la deuxième zone de santé la plus touchée en nombre de cas confirmés.
Le personnel soignant, en première ligne
Le coût humain pèse aussi sur les équipes médicales. Selon l'INSP, 78 agents de santé ont été contaminés depuis le début de l'épidémie, et 18 en sont morts, soit une létalité de 23,1% chez les soignants, supérieure à la moyenne nationale.
L'institut attribue ce risque élevé à l'insuffisance des équipements de protection individuelle et de chlore disponibles sur le terrain. Quelques semaines plus tôt, la Division provinciale de la santé avait fait état de 14 décès parmi les prestataires de première ligne : trois médecins et onze infirmiers. Le rapprochement entre ces deux chiffres reste à préciser ; ils ne couvrent pas nécessairement la même période ni les mêmes catégories de personnel.
Le suivi des contacts reste, lui, en-deçà des objectifs fixés : 58% selon le dernier rapport, contre une cible de 95%. Les centres de traitement Ebola (CTE), de leur côté, affichent un taux d'occupation de 89,3% en Ituri, signe d'une capacité d'accueil sous tension.
Une riposte qui anticipe une nouvelle hausse
Malgré ces obstacles, les équipes qui gèrent la riposte affirment se préparer à la suite plutôt que de céder à l'alarmisme. Le pic de l'épidémie n'est en effet pas atteint, ni le plateau qui doit suivre, selon les autorités sanitaires.
Ainsi, neuf centres de traitement Ebola sont déjà opérationnels dans la province de l'Ituri. D'autres sont en construction, et un projet de centre de 200 à 300 lits est à l'étude pour anticiper une éventuelle nouvelle hausse des cas.
Une courbe hebdomadaire de cas confirmés, établie à partir du système de gestion de la riposte (DHIS2), semble pourtant indiquer un ralentissement après un pic atteint à la semaine épidémiologique 23. Cette tendance reste toutefois à confirmer avec prudence : les dernières semaines d'une courbe épidémique sont presque toujours sous-estimées au moment de leur publication, en raison du délai entre la survenue d'un cas et sa notification dans le système.
Pour soutenir les équipes mobilisées, le ministre Kamba a annoncé le doublement de la prime des prestataires engagés dans la riposte. Sur le volet communautaire, 1 200 relais ont été formés et 1 000 sont déjà engagés sur le terrain, et sont mis à disposition des infirmiers dans les aires et zones de santé. Selon le ministre, leur nombre va continuer d'augmenter.
Au-delà d'Ebola, ces relais doivent surtout appuyer la surveillance épidémiologique sur le long terme, un dispositif qui était déjà prévu dans le programme de développement sanitaire du pays.
Le financement, entre mobilisation et appel à la redevabilité
Le budget de la riposte est estimé à 519 millions de dollars. L'État congolais en a déjà versé 50 millions, contre 2,5 millions lors de l'épidémie de 2018-2019, une comparaison que le ministre Kamba met en avant. Il a rappelé le principe d'« un seul plan, un seul budget, une seule coordination », appelant l'ensemble des partenaires financiers à rendre compte de l'usage des fonds reçus.
La sécurité, un obstacle qui ne se limite pas aux groupes armés
Plusieurs incidents ont émaillé la riposte. Le ministre Kamba a évoqué des attaques de certains jeunes de la communauté lors d'enterrements, qui ont conduit la police à positionner des effectifs près de certains cimetières. Deux volontaires de la Croix-Rouge ont été blessés à la tête lors de l'un de ces incidents et évacués à Kinshasa en raison de la gravité de leurs blessures.
« L'insécurité, ce n'est pas que les groupes armés », a souligné le ministre. L'INSP confirme par ailleurs que l'accès à certaines zones reste limité par la présence de groupes armés - notamment de la milice communautaire Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) et des jihadistes des Allied Democratic Forces (ADF) - tout en qualifiant la situation sécuritaire de « calme mais imprévisible » à Bunia et ses environs.
La question de l'immunité à d'autres souches d'Ebola
Sur le plan scientifique, une question reste en suspens : les personnes vaccinées contre la souche Zaïre lors des précédentes épidémies bénéficient-elles d'une forme de protection contre Bundibugyo ? Le professeur Jean-Jacques Muyembe -codécouvreur d'Ebola et Directeur général de l'Institut national de recherche biomédicale de la RDG, a indiqué qu'une certaine protection croisée avec le vaccin Ervebo, développé par Merck contre la souche Zaïre, est envisageable, mais que des études restent nécessaires pour la confirmer. Le ministre Kamba a évoqué une protection croisée possible à hauteur de 40%, tout en précisant que les études sont en cours.
La mise en garde du CDC américain
Dans son rapport de modélisation publié début juin, l'US CDC a testé plusieurs scénarios selon le taux de patients isolés. Si seulement 20% des malades sont isolés, jusqu'à 65% des simulations dépassent 20 000 cas cumulés d'ici fin-août. Si ce taux atteint 70%, le risque chute fortement : seulement 1% des simulations dépassent ce seuil.
Le CDC met donc en garde : sans un effort soutenu pour isoler rapidement les malades, cette épidémie pourrait, dans les mois qui viennent, s'approcher de l'ampleur de celle d'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016.
Les chercheurs soulignent toutefois les limites de leur propre modèle : le nombre réel de décès à la date de calibrage reste incertain, et plusieurs facteurs, comme les changements de comportement des populations, n'y sont pas pris en compte.