Maroc: Braconnage électoral

La moisson électorale a, semble-t-il, commencé bien avant l'heure, semée dans le terreau fertile de la misère sociale. A Casablanca-Settat, sous le paravent de l'action associative, une caste d'élus issus des

partis de la majorité et en quête de légitimité orchestre une campagne électorale précoce et méthodiquement calculée. Le stratagème, lui, n'a rien d'original : transformer l'argent du contribuable en appât électoral.

Les rapports accablants qui s'accumulent aujourd'hui confirment une dérive dénoncée de longue date. Des subventions publiques, censées irriguer le développement local et soulager les populations vulnérables, sont allègrement détournées pour engraisser des viviers électoraux. Le tissu associatif, autrefois creuset des forces vives, se retrouve pris en otage, ravalé au rang de vulgaire succursale de propagande.

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Dans cette abjecte foire aux voix, les règles du jeu démocratique capitulent devant la politique de l'asservissement de ceux qu'on juge corvéables à merci. L'argent public, par essence aveugle aux étiquettes partisanes, sert dès lors à tracer une carte électorale profondément viciée. On ne vote plus pour la noblesse d'une idée ou pour l'ambition d'un projet, mais pour le plus offrant, qui aura le plus généreusement arrosé. L'urne finit ainsi par couronner, non pas le mérite politique, mais une munificence usurpée au Trésor public.

Que l'Intérieur braque enfin ses projecteurs sur ce braconnage électoral est une nécessité absolue. Mais le diagnostic seul ne suffit plus ; l'heure est au bistouri. La loi sanctionne sévèrement le détournement des moyens publics et de l'influence administrative à des fins électoralistes ; il est grand temps de l'appliquer avec rigueur et sans complaisance ni demi-mesure.

Les échéances de 2026 ne sauraient être préparées dans les arrière-boutiques d'un maquignonnage électoraliste. Ceux qui s'acharnent à confondre l'urne et la sébile l'apprendront à leurs dépens : la conscience citoyenne ne se solde jamais sur le marché noir du clientélisme et la véritable démocratie finit inlassablement par démasquer ses faussaires.

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