Au Mali, les habitants d'une dizaine de villages du cercle de Bankass, région de Mopti, dans le centre du Mali, sont de retour chez eux. Ils avaient fui les violences du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et vivaient en situation de déplacés internes depuis près de sept années pour certains.
Après avoir longtemps refusé de conclure des accords locaux avec le groupe lié à al-Qaïda, les autorités locales et coutumières se sont finalement résignées, ces dernières semaines, à se conformer aux règles imposées par les jihadistes afin de ne plus être ciblés par leurs attaques.
À plusieurs reprises, ces dernières années, les jihadistes du Jnim ont arrêté des autocars, libéré une partie des passagers et pris les autres en otage. Le tri n'était pas fait au hasard : ce sont systématiquement les ressortissants des villages refusant de conclure des accords locaux qui étaient fait prisonniers. Les habitants de la commune de Bankass en ont fait la cruelle expérience, lorsqu'ils n'étaient pas tués en essayant d'aller aux champs.
« Les habitants sont de retour »
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Après avoir longtemps résisté, après s'être vidés de leurs habitants, une dizaine de villages du cercle de Bankass ont conclu ces dernières semaines des accords locaux avec les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, rendant possible le retour des populations déplacées. C'est ce que plusieurs notabilités de la zone, directement ou indirectement impliquées, ont confirmé à RFI.
« Depuis la fête de la Tabaski [fin mai, NDLR], on peut compter 14 villages concernés, témoigne, sous couvert d'anonymat, un élu local, joint par la rédaction en mandenkan et fulfulde de RFI. Deux villages peuls de la commune de Kani, un de la commune de Dimbal, et tous les autres villages, dogons et peuls, de la commune de Bankass. Toujours dans le cercle de Bankass, il y a aussi les communes de Diallassagou et Ségué : là-bas aussi, dans beaucoup de villages dogons et peuls, les habitants sont de retour. »
École, voile, prière...
Les règles imposées par les jihadistes correspondent à leur vision de la charia : pas d'école républicaine, voile obligatoire pour les femmes, pantalon court pour les hommes, manière de prier... En échange, les habitants peuvent enfin se déplacer librement.
« Hier, on a eu une très grande pluie, raconte ce même élu local. Et que ce soient les communautés dogon ou peule, maintenant, tout le monde peut aller aux champs pour cultiver. Ceux qui ont des animaux peuvent aller aux pâturages. Il n'y a plus de problème. »
Des centaines de villages sont actuellement soumis à des accords locaux de ce type, dans tout le Mali et notamment dans le centre. Conclus par les autorités locales et les chefs coutumiers, avec l'implication de leaders communautaires et religieux, ces accords sont tolérés voire clairement - mais discrètement - encouragés par l'État, dans les zones où les jihadistes sont en position de force. Ce fut le cas à Bankass.