Ile Maurice: Le MMM rencontre le Premier ministre Navin Ramgoolam ce matin

La réforme de la pension annoncée dans le Budget 2026-2027 continue de faire des vagues au sein de la classe politique. Présentée comme la mesure phare de l'exercice budgétaire du gouvernement, elle vise à rétablir l'âge d'éligibilité à la pension d'État à 60 ans, tout en introduisant un système de ciblage basé sur les revenus. Si la mesure a été accueillie favorablement par certains, elle suscite également des interrogations et des réserves jusque dans les rangs de la majorité gouvernementale.

Dans son discours du Budget, le Premier ministre (PM) et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, a annoncé que la Basic Retirement Pension (BRP) sera remplacée à partir du 1eᣴ janvier 2027 par la State Age Pension (SAP). Selon les nouvelles dispositions, les personnes âgées de 60 ans et plus pourront bénéficier de cette pension à condition que leurs revenus mensuels soient inférieurs à Rs 50 000.Pour les couples dont les revenus cumulés sont inférieurs à Rs 100 000 par mois, l'éligibilité est maintenue, mais avec une réduction de 25 % de la pension combinée.

Le gouvernement justifie cette réforme par la nécessité d'assurer la viabilité des finances publiques face au vieillissement de la population. Pour être éligible à la SAP, les bénéficiaires devront également satisfaire à des critères de résidence plus stricts. Une personne devra notamment avoir résidé à Maurice pendant au moins 15 ans depuis l'âge de 40 ans, dont trois années consécutives précédant immédiatement sa demande.

Cependant, derrière l'argument de la soutenabilité financière, la réforme semble provoquer un malaise au sein même du gouvernement. Plusieurs membres de la majorité reconnaissent, en privé comme en public, qu'il s'agit d'une mesure particulièrement difficile à défendre sur le terrain. Entre les inquiétudes des futurs retraités et les nombreuses questions soulevées par le ciblage des revenus, plusieurs élus redoutent les répercussions politiques d'une réforme qui touche directement une large partie de la population.

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C'est dans ce contexte qu'une rencontre est prévue ce lundi matin à dix heures entre les dirigeants du Mouvement militant mauricien (MMM) et le PM. La réforme de la pension figurera au coeur des discussions. Plusieurs cadres mauves souhaitent obtenir davantage d'explications sur les modalités de mise en oeuvre de la mesure et examiner les ajustements qui pourraient être apportés afin d'atténuer son impact sur certaines catégories de citoyens. La ministre des Services financiers et de la planification économique, Jyoti Jeetun, reconnaît que cette réforme ne laisse personne indifférent.

«C'est clair qu'une réforme de cette nature ne laissera personne insensible, encore moins les personnes directement concernées. Nous, en tant que gouvernement responsable et à l'écoute, nous devons prendre des décisions responsables qui mènent vers des finances publiques saines et soutenables», affirme-t-elle. Tout en défendant le principe de la réforme, la ministre admet que la situation demeure délicate.

«On ne peut pas ignorer le cri du coeur de la population qui est directement affectée. Il y a une partie de la population qui compte sur cette pension pour arrondir ses fins de mois. Nous devons nous assurer de ne pas appauvrir ces personnes qui ont besoin de cet argent pour acheter leurs médicaments ou leurs produits essentiels.»

Selon elle, le gouvernement est conscient que la hausse du coût de la vie demeure un défi majeur. «Nous devons trouver une solution pour que personne ne soit laissé pour compte», insiste-t-elle, tout en rappelant que la réforme était devenue nécessaire dans un contexte de vieillissement démographique et de pression croissante sur les finances publiques.

Jyoti Jeetun.

De son côté, le ministre des Infrastructures nationales et Deputy Leader du MMM, Ajay Gunness, confirme la tenue de la réunion avec le chef du gouvernement. «Effectivement, nous avons une rencontre avec Navin Ramgoolam pour parler de cette réforme en détail et faire ce qu'il y a à faire», a-t-il déclaré. S'il reconnaît la nécessité d'une réforme du système de pension, Ajay Gunness estime néanmoins que des ajustements pourraient être envisagés. «Toute personne raisonnable sait qu'il faut une réforme de notre système de pension. Si des couacs apparaissent en cours de route, nous ne sommes pas un gouvernement insensible. Il nous faut écouter et faire les ajustements nécessaires.»

Ajay Gunness.

Le ministre rappelle que les réflexions sur la soutenabilité du système de pension remontent à l'année dernière et qu'un comité d'experts proposé par Paul Bérenger, alors leader du MMM, composé notamment d'actuaires indépendants, avait déjà été mis en place pour étudier différentes options de réforme. Selon lui, les recommandations formulées à l'époque servent aujourd'hui de base aux changements annoncés.

Interrogé sur le degré de consultation du MMM avant la présentation du Budget, Ajay Gunness précise que les détails complets de la mesure n'ont été communiqués aux ministres qu'au moment du Conseil des ministres précédant la lecture budgétaire. «Aucun ministre des Finances ne dévoile le contenu de son Budget avant sa présentation», fait-il remarquer.

Alors que les débats se poursuivent au sein de la majorité et que les critiques de l'opposition se multiplient, tous les regards seront désormais braqués sur le Prime Minister's Office ce matin. La rencontre de ce lundi pourrait permettre de mesurer l'ampleur des divergences au sein du gouvernement et déterminer si des ajustements à la réforme de la pension sont envisagés dans les semaines à venir.

Ashok subron défend une mesure de «justice sociale»

Le ministre de l'Intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale, Ashok Subron, a salué la réforme de la pension annoncée dans le Budget 2026-2027, estimant qu'elle s'inscrit dans une logique de solidarité et de justice sociale. Réagissant vendredi soir après la présentation du Budget, il a rappelé que Rezistans ek Alternativ avait plaidé en faveur d'une orientation plus à gauche lors d'une rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, après la démission de Paul Bérenger.

Selon Ashok Subron, la réforme de la pension constitue la mesure phare du Budget. Il souligne notamment la réintroduction d'un mécanisme permettant aux Mauriciens d'opter, dès l'âge de 60 ans, pour une pension réduite ou d'attendre afin de bénéficier d'un montant plus élevé. Le ministre explique également que le nouveau système reposera davantage sur les revenus des bénéficiaires.

Ainsi, les retraités disposant de revenus supplémentaires compris entre Rs 14 000 et Rs 50 000 continueront à percevoir une pension de l'État, mais celle-ci sera ajustée en fonction de leurs ressources. Plus les revenus complémentaires seront élevés, plus le montant de la pension publique diminuera.

Ashok Subron estime que cette approche vise à mieux cibler l'aide de l'État vers les personnes qui en ont le plus besoin. «On peut appeler cette formule une forme de justice sociale», soutient-il, ajoutant que le mécanisme s'inspire du modèle de ciblage de la Contribution sociale généralisée.

Khushal Lobine : «Une attaque contre un pilier du 'welfare state'»

Le leader des Nouveaux démocrates, Khushal Lobine, exprime de vives réserves concernant la réforme de la pension de vieillesse annoncée dans le Budget 2026-2027. À l'issue d'une séance de travail tenue dans son bureau hier avec plusieurs citoyens concernés, il affirme que de nombreuses zones d'ombre subsistent autour de la nouvelle State Age Pension (SAP), qui reposera désormais sur les revenus plutôt que sur l'âge.

Selon lui, plusieurs retraités et futurs pensionnés l'ont interpellé au sujet du critère de chargeable income. Certains craignent de perdre une partie de leurs revenus à partir de janvier 2027. Il cite notamment le cas de personnes âgées qui louent une maison. D'autres redoutent un manque à gagner pouvant atteindre entre Rs 3 500 et Rs 5 000 par mois.

Khushal Lobine estime que le gouvernement doit apporter rapidement des éclaircissements sur les seuils de revenus et les modalités d'application de la réforme. Pour lui, le passage d'une pension universelle à une pension sélective constitue un changement fondamental dans la politique sociale du pays. «J'ai toujours cru dans le welfare state. Ce que j'ai compris, c'est qu'il n'y a plus de pension universelle mais une pension sélective. On attaque ainsi l'un des piliers fondamentaux du welfare state établi par le Parti travailliste et Sir Seewoosagur Ramgoolam», soutient-il.

Le leader des Nouveaux démocrates annonce que son parti poursuivra ses consultations afin d'évaluer l'impact réel de cette réforme avant d'adopter une position officielle sur cette mesure phare.

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