En République centrafricaine (RCA), le procès de l'ex-président Bozizé se poursuit devant la Cour pénale spéciale (CPS). Ouvert le 16 juin, il porte sur de présumés crimes contre l'humanité commis entre 2009 et 2013 à la prison civile et au camp militaire de Bossembélé, à environ 150 kilomètres au nord-ouest de Bangui. En exil en Guinée-Bissau, l'ancien chef de l'État est jugé par contumace aux côtés de trois anciens responsables militaires : Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy, présents devant la juridiction. Rencontres avec des victimes et témoins dans cette affaire.
Assis dans la salle d'audience, Jean-Pierre, ancien détenu de Bossembélé, suit avec attention les débats. Plus de dix ans après les faits en Centrafrique, les souvenirs demeurent douloureux. « Mon arrestation a été arbitraire, déclare-t-il. Pendant plusieurs mois, nous avons vécu dans des conditions inhumaines. Nous étions plusieurs centaines de victimes à être battues et torturées. Nous ne mangions qu'une fois par semaine. Je suis tombé malade sans recevoir de soins. J'ai vu plusieurs détenus mourir dans les cellules. Aujourd'hui, mon espoir est fondé sur ce jugement ».
« Tout se paye ici-bas »
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Comme lui, de nombreuses victimes espèrent que les audiences permettront d'établir les responsabilités de chacun.
Marie, dont un proche est décédé après une détention à Bossembélé, attend beaucoup de cette procédure judiciaire. « Tout se paye ici-bas, lance-t-elle. Nous avons souffert pendant des années dans le silence. Mon frère n'est jamais revenu de sa détention. Nous ne cherchons pas la vengeance. Nous voulons simplement que ceux qui ont causé ces souffrances soient jugés et condamnés. La justice doit être rendue pour les victimes et pour les générations futures. Nous attendons vivement l'issue de ce procès ».
Ouverture des débats contradictoires
La Cour pénale spéciale, ou siège des magistrats centrafricains et internationaux, a été créée pour juger les crimes graves commis en République centrafricaine depuis 2003. Le procès se poursuit ce 23 juin avec l'ouverture des débats contradictoires et l'audition d'un témoin.
Ancien chef d'état-major des forces armées, François Bozizé, 79 ans, s'est emparé du pouvoir en mars 2003 après avoir renversé le président Ange-Félix Patassé. Élu en 2005 puis réélu en 2011, il a gouverné dans un contexte marqué par l'instabilité sécuritaire, des rébellions successives et des contestations politiques.
Son renversement en 2013 par une coalition de rebelles, la Séléka, a été suivi par l'une des plus terribles guerres civiles de l'histoire du pays.
François Bozizé a ensuite organisé la création de milices, les anti-balakas, pour tenter de reprendre le pouvoir. Les principales victimes des massacres perpétrés par les deux camps ont été des civils, tués par milliers.
En 2018, l'ONU a accusé la Séléka et les anti-balakas de nombreux crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Fin 2020, François Bozizé a pris la tête d'une nouvelle alliance rebelle, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), qui a menacé le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra avant que l'envoi par la Russie de paramilitaires de la société privée Wagner ne permette au pouvoir de la repousser loin de Bangui.
L'ex-chef de l'État a alors pris le chemin de l'exil, au Tchad voisin, avant la Guinée-Bissau.
Il a été condamné le 22 septembre 2022 par un tribunal centrafricain aux travaux forcés à perpétuité, notamment pour « complot » et « rébellion » en tant que chef de la CPC.