Au Mali, les avocats du journaliste Chahana Takiou ont déposé une demande de libération provisoire. Le directeur du journal 22 Septembre, qui a des problèmes de santé, est en prison depuis le 8 juin pour avoir dénoncé le détournement du droit de la presse par la justice. Un autre journaliste, Abdrahamane Keita, directeur du Témoin, est emprisonné depuis le 9 juin. Il avait déploré que la ville de Kidal soit actuellement contrôlée par les jihadistes du Jnim. Ses avocats n'ont pas entrepris la même démarche. De son côté, la Maison de la presse a établi de premiers contacts institutionnels pour obtenir leur libération et celle d'un troisième journaliste détenu.
« Il a des médicaments », se rassure un proche. « Il est diabétique et souffre de problèmes cardiovasculaires, s'inquiète un autre. L'environnement carcéral n'est pas propice ».
Chahana Takiou avait d'ailleurs un rendez-vous médical prévu de longue date le 10 juillet. Mais son procès doit avoir lieu le 27. Plaidant la « santé fragile » du journaliste, ses avocats ont déposé le 19 juin une demande de libération provisoire auprès du pôle judiciaire anti-cybercriminalité du Mali. Ils attendent désormais qu'une date soit fixée pour l'examen de cette requête.
« Incompréhensible »
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« Chahana garde le moral très haut grâce aux nombreux soutiens de sa famille et de ses confrères », assure-t-on dans son entourage. Ses proches ne décolèrent pas contre le contexte de l'arrestation du journaliste : invité à s'exprimer lors d'une conférence internationale sur les médias, Chahana Takiou avait dénoncé l'utilisation par la justice malienne de la loi sur la cybercriminalité pour contourner le droit de la presse et enfermer des journalistes. Son emprisonnement lui donne tristement raison. « Que les échanges tenus au cours d'une telle rencontre puissent servir d'alibi pour déclencher une procédure contre lui est vraiment incompréhensible », estime un ami du journaliste.
Rejet systématique
La stratégie n'est pas la même pour Abdrahamane Keita, l'autre journaliste emprisonné il y a deux semaines : les avocats n'ont pas demandé sa libération provisoire. S'il ne souffre pas des mêmes pathologies que son confrère, le journaliste préférerait pourtant attendre son procès, prévu à la mi-août, ailleurs qu'en prison. « Le pôle anti-cybercriminalité rejette systématiquement ses demandes », justifie un proche du journaliste. « Il va bien mais les choses bougent trop timidement », soupire un autre.
En parallèle des initiatives judiciaires, la profession est également mobilisée. La Maison de la presse du Mali, qui rassemble toutes les associations des professionnels des médias, s'est fixée pour objectif de faire libérer les deux journalistes et un troisième, Youssouf Sissoko, directeur de L'Alternance, quant à lui déjà condamné en mars à deux ans de prison ferme pour un article mettant en doute des déclarations d'Abdourahamane Tiani, lorsque le président nigérien avait accusé, en janvier dernier, les présidents du Bénin, de la France et de la Côte d'Ivoire d'être impliqués dans une attaque de l'État islamique à Niamey.
La direction de la Maison de la presse, proche des autorités de transition, revendique privilégier « les échanges institutionnels » pour tenter d'obtenir la libération des journalistes. « Des contacts sont en cours », assure un cadre dirigeant de la Maison de la presse, qui préfère ne pas en préciser davantage pour le moment.